Yves Cossic

Que se cache-t-il sous le négationnisme paroissial de Carcassonne ?

Notre vie risque de toucher à sa fin si nous nous taisons alors que le courage du cœur exige de parler. - Martin Luther King

La dernière horreur du XXe siècle “progressiste” fut bien le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994.

Que le négationnisme devienne dans le pays des Droits de l’homme la chose la mieux partagée peut sembler au premier abord un étrange paradoxe : que se cache-t-il sous les arguties d’une propagande souvent moralisante appuyée sur les principes des droits de l’homme ?

La désinformation systématique, les confusions médiatiquement entretenues autour des différents niveaux de responsabilité dans le déclenchement et l’exécution du génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 représentent un crime moral caractérisé. De plus, la propagande ouvertement négationniste est en principe condamnée par la loi.

À l’Hôtel du Donjon, situé à l’intérieur de la Cité de Carcassonne, de nombreuses associations catholiques et prétendument humanitaires ont organisé, le 1er décembre 2007, une soirée de soutien au sous-préfet Dominique Ntawukuriyayo, sous la menace d’une extradition du fait de sa participation avérée au génocide. Les différents intervenants ont pu en toute impunité et en toute bonne conscience développer des thèses négationnistes doublées d’une propagande de la haine et de la vengeance. Pour comprendre la complaisance des autorités françaises envers de telles pratiques négationnistes, il est nécessaire de faire quelques rappels historiques concernant les soutiens de diverses origines dont ont bénéficié les régimes ethnistes de Grégoire Kayibanda et de Juvénal Habyarimana.

Le premier soutien a consisté en la collaboration intérieure directe del’Église catholique depuis l’indépendance ; c’est ainsi que l’idéologie génocidaire fut élaborée par Mgr André Perraudin, d’origine suisse, ancien archevêque de Kabgayi au Rwanda, puis propagée sous des formes euphémisées et hypocrites à travers les mots d’ordre de la « révolution sociale ». En réalité, la révolution sociale n’avait rien de social puisqu’elle visait avant tout à discriminer et à éliminer les membres de la « race des seigneurs ».

Entre 1973 et le génocide de 1994, on voit se développer une tripleintrication de l’Église catholique, du parti unique MRND, et de l’appareild’État. Il n’est pas non plus inutile de rappeler que le premier président du Rwanda, Kayibanda, en tant qu’initiateur de la « révolution sociale », se comporta comme un disciple zélé de l’archevêque Perraudin, qui l’avait formé. C’est aussi ce même Kayibanda qui préconisa dès 1964 « l’extermination par représailles » de la population tutsi, le premier aussi qui qualifia d’« inyenzi » (cafards) les Tutsi réfugiés à l’étranger suite aux premiers massacres de masse. L’origine de cette qualification fera l’objet d’une inqualifiable inversion dans la bouche du premier intervenant de la soirée de Carcassonne.

Le deuxième soutien venu de l’extérieur fut à la fois d’ordre politique et militaire. Jusqu’aux années 1980, c’est l’État belge, ex-puissance coloniale, qui s’était engagé directement et militairement dans les massacres de masse des Tutsi ; à ce sujet, il serait utile de relire les articles de Bertrand Russell publiés dans le journal Le Monde dans les années 1960 ; ce même Russell avait créé un tribunal international à Stockholm afin de juger les crimes de guerre des USA au Viêt-Nam ; ce qui mérite d’être rappelé, car on observe parfois dans la jeunesse rwandaise et française une tendance à l’idolâtrie de la toute puissance impérialiste états-unienne.

Des années 1970 à 1990, le relais en matière de soutien fut progressivement assuré par l’État français ; c’est ainsi que l’opération Noroît fut une intervention décisive dans l’histoire de la tragédie rwandaise : en octobre 1990, c’est l’action militaire française qui permit d’arrêter l’avancée des troupes du FPR à 70 km de Kigali. Au sujet des conséquences stratégiques de l’opération Noroît, les articles de Jean Châtain dans le journal L’Humanité méritent d’être examinés dans le sens d’un souci tenace de la vérité historique. Sans cette intervention, le rapport des forces en présence aurait fort probablement permis de limiter les pertes humaines dans les deux camps et chez les civils à quelques milliers de personnes. Entre 1990 et 1994, la coopération militaire française fut triplée ; la principale contribution fut l’encadrement et la formation des FAR et des milices paraétatiques interahamwe selon les méthodes dites de la « guerre totale » (ou encore guerre révolutionnaire) d’abord expérimentées en Indochine puis en Algérie et enfin exportées en Amérique Latine sur une demande expresse du Pentagone et de la CIA.

Durant les cent jours du génocide, l’interventionnisme français a pris la forme d’une participation d’unités spéciales, en particulier les COS et les DAMI, aux opérations militaires par l’encadrement et le conseil des FAR et des milices interahamwe. Ces unités spéciales étaient en liaison directe avec l’Élysée, et cela en dehors de tout contrôle d’autres instances politiques, en particulier le Parlement.

Ces informations montrent à quel point le soutien de l’État français a pu encourager l’engagement des génocideurs vers la solution finale de 1994.

Le troisième soutien est d’ordre diplomatique : appui des partis de la démocratie chrétienne européenne, des milieux extrémistes du Vatican, (en particulier l’Opus Dei), non intervention des USA et des Nations Unies. La non intervention en acculant les quelques soldats onusiens du Général canadien Dallaire restés au Rwanda après le 7 avril 1994 à une impuissance désespérée équivaut à une complicité de fait.

Tels sont les rappels historiques indispensables pour comprendre comment les orateurs de l’Hôtel du Donjon ont pu en toute bonne conscience pratiquer le mensonge négationniste.

La soirée fut techniquement très bien organisée, avec des longueurs, probablement calculées pour éviter des prises de parole susceptibles de semer le doute dans l’esprit des auditeurs. L’essentiel de l’auditoire était composé de paroissiens carcassonnais acquis d’avance aux thèses négationnistes des défenseurs du sous-préfet génocideur.

Un bref article dans le Midi Libre, intitulé « La bonne parole des proches de Ntawukuriryayo », par sa tournure vaguement ironique, nous laisse comprendre qu’il s’agissait bien d’une soirée de propagande tout à fait partiale.

Le premier intervenant, Ildefonse N., s’est présenté comme chercheur en psychologie et a offert au public un exposé plutôt confus sur l’évolution des conflits ethniques depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours. Parmi les contrevérités les plus choquantes, nous avons relevé les trois principales :

La présentation du président Kayibanda comme un idéologue de la liberté et de la démocratie populaire (ce mot doit être traduit par majorité ethnique manipulée). Il oppose également ce parti-pris prétendument “démocratique” au patriotisme des Tutsi qu’il interprète comme une sorte de nostalgie de la monarchie rwandaise.

Les interahamwe sont présentés comme des gens du commun, simplement engagés en tant que « pionniers de la démocratie ».

L’origine du terme inyenzi (cafard), utilisé depuis Kayibanda par la propagande raciste pour désigner les Tutsi, est attribué aux Tutsi eux-mêmes.

Le deuxième orateur, bien plus redoutable par son art de la démagogie et de la mise en scène, était M. Matata. Le leitmotiv de son intervention insiste particulièrement sur le fait que, depuis l’installation du régime FPR, les Hutu sont victimes à la fois d’une injustice systématique et d’une désinformation dans les médias internationaux, en particulier ceux de la Grande-Bretagne et des États-Unis.

Dans cette soirée, le coup d’audace de M. Matata a consisté à prétendre que les massacres des Hutu durant l’avancée des troupes du FPR entre 1990 et 1994 se seraient déroulés à huis clos comme l’extermination des Juifs à Auschwitz. La possibilité d’une telle imposture négationniste s’appuie principalement sur le fait de prétendre que « dans chaque camp, on a tué aveuglé-ment » ; en d’autres termes, l’équilibre des massacres permettrait, dans l’esprit de l’orateur, d’excuser le génocide d’un million de personnes. Mais l’orateur ne cesse d’insister sur le fait que les massacreurs incontrôlés du FPR bénéficient d’une totale impunité, alors que les Hutu seraient harcelés par la justice mise en place depuis 1994. Or, il est notoire que le FPR s’est toujours montré intraitable envers ses soldats pris sur le fait de se venger ; par ailleurs, la justice rwandaise intérieure et les Gacaca ont fait preuve d’une assez grande clémence envers les génocideurs.

Dans une envolée pathétique, l’orateur Matata rend un hommage plus qu’appuyé à l’aide de la France aux populations hutu lors de la fuite protégée par l’opération Turquoise, de l’armée génocidaire. Il va même jusqu’à qualifier la France de « seul pays civilisé ». Il rend également hommage au Père Blanc Guy Theunis qu’il connut en tant que prétendu militant des droits de l’homme ; en vérité, Theunis est le maître à penser des Pères blancs pour la région des Grands Lacs ; en tant que directeur de la revue Dialogue et en tant qu’administrateur de la radio Amahoro, installée au Gabon après la génocide, il diffuse une propagande négationniste visant à blanchir les génocideurs [voir les n° 48 et 49 de la revue Golias publiées en 1996].

Enfin, l’orateur Matata propose de lancer en France une pétition en faveur du sous-préfet génocideur dans le but d’éviter son extradition, et destinée à être adressée au président Sarkozy.

La dernière intervention marquante fut celle de Christiaan De Beule, ex-jésuite et coopérant au Rwanda durant de très nombreuses années jusqu’en 1994. L’orateur vante tout d’abord les réussites du régime Habyarimana : stabilité de la monnaie, développement rural, décentralisation, et enfin installation du multipartisme sous l’égide de François Mitterrand au Sommet de La Baule les 19-21 juin 1990. Selon M. De Beule, l’intervention militaire Noroît a permis de sécuriser le pays suite à l’attaque des troupes du FPR.

Le mensonge négationniste apparaît surtout au niveau de l’interprétation des causes qui vont déclencher le génocide, interprétation largement répandue dans les médias occidentaux (voir les articles de Jean Hélène à la une du Monde) : le déclenchement serait dû à une simple réaction de colère populaire, à un désir de vengeance devenu vite incontrôlable suite à la mort du président Habyarimana ; l’argumentation jésuitique en faveur de cette thèse, qui prétend excuser l’horreur d’un génocide par le spontanéisme de la colère, se réfère à certains faits comme le déplacement à l’intérieur du pays « de milliers de paysans hutu entre 1990 et 1994 suite aux attaques du FPR » ; de ce déplacement forcé aurait résulté une « accumulation de frustrations extrêmes », d’où la formation d’une « masse critique » à laquelle il ne manquait qu’une étincelle pour provoquer l’explosion des massacres en série. L’étincelle, bien sûr, sera l’avion présidentiel abattu.

Or, un génocide ne peut en aucune façon être compris comme un fait social et politique tenant de la génération spontanée, même si les articles de Jean Hélène dans Le Monde insistent sur le caractère ancestral de la haine ethnique au Rwanda. Il faut reconnaître que ce type d’interprétation des causes du génocide est monnaie courante puisque il domine dans la hiérarchie catholique, y compris au Vatican, chez les Pères blancs, dans l’entourage politique du président Mitterrand (gauche et droite confondues), dans la démocratie chrétienne européenne, et même dans de nombreuses ONG humanitaires.

Dans le journal flamand De Volkstrant du 26 juin 1995, les propos de l’évêque de Ruhengeri, Phocas Nikwigize, illustrent bien la duplicité de la hiérarchie catholique. Il prétend trouver un ultime alibi dans une distinction tout à fait casuistique entre une trop humaine pulsion de vengeance criminelle et le commandement chrétien qui interdit de tuer :

« Ce qui s’est passé en 1994 est quelque chose de très humain. Quand quelqu’un t’attaque, il faut que tu te défendes. Dans une telle situation, tu oublies que tu es chrétien, tu es alors humain avant tout. »

Une telle duplicité nous laisse plus que perplexes au sujet des discours moralisateurs du repentir et du pardon qui font l’objet d’une large diffusion dans les milieux négationnistes. En vérité, le 7 avril 1994, on assiste à une réactivation brutale d’une haine ethnique entretenue par des décennies de propagande. Contrairement à ce que prétendent les thèses spontanéistes, l’effectuation d’un génocide implique un rapport de commandement – obéissance qui exige lui-même toute une organisation ; elle va de la transmission des ordres par les médias (Kangura, RTLM, etc.) jusqu’à l’appareil d’État dans son ensemble (du gouvernement central intérimaire jusqu’au simple bourgmestre en passant par les militaires et les milices). C’est précisément le rôle effectif de cette organisation que le discours négationniste de l’ex-jésuite Christiaan De Beule évite d’évoquer.

Ce que la bonne parole du Père blanc oublie de préciser, c’est le fait que l’ordre de tuer en avril 1994 visait avant tout une population civile sans défense ; allant du nourrisson jusqu’au plus pacifique des vieillards, tout individu appartenant à l’ethnie tutsi étant considéré comme un ennemi potentiellement dangereux. En cela, la stratégie génocidaire n’a fait qu’appliquer la doctrine de Carl Schmitt, le docte architecte de la Constitution nazie ; cette doctrine deviendra l’une des références des spécialistes de la guerre révolutionnaire ; elle estime que tout individu considéré à tort ou à raison comme ennemi intérieur est un être exterminable.

Le rapport de commandement-obéissance repose à son tour sur un centre de décision politique ; et c’est à ce centre de pouvoir que reviendra l’initiative de déclencher le génocide et de coordonner les forces et les moyens matériels nécessaires à son exécution. L’avion présidentiel abattu selon l’hypothèse la plus probable par les extrémistes des F.A.R. ne représenterait dans cette stratégie génocidaire qu’un alibi sacrificiel, une ultime stimulation des génocideurs, qui étaient déjà prêts et préparés au passage à l’acte. Le meurtre, dès les premières heures, du premier ministre Hutu Agathe Uwilingiymama atteste du caractère foncièrement politique de la responsabilité du génocide. Sa mort tragique comme celle de tous les Hutu démocrates (en particulier ceux qui ont caché des Tutsi au péril de leur vie durant le génocide) ne peut qu’interpeller tous les Rwandais au moment d’Ibuka. Son attitude de courage et d’ouverture ouvre la voix du dialogue à la base, la seule chance d’une prévention efficace sur la durée de l’instrumentalisation de la haine ethnique au service des luttes pour le pouvoir. Le principe abstrait de l’unité nationale n’est pas à lui seul un remède suffisant à l’ethnisme.

De plus, l’effort du peuple rwandais dans sa diversité concrète (celle des mœurs et des activités quotidiennes) pour surmonter les séquelles du trauma de 1994 ne peut se limiter à une catharsis de la réactivité douloureuse des rescapés du génocide et de leurs proches. À l’inverse, du côté des génocideurs, le repentir, quand il existe, réduit ses effets à ceux d’une bonne conscience, qui fait si bon ménage avec l’hypocrisie sociale ordinaire. Pour toutes ces raisons, l’exigence d’un dialogue social et d’un partage des responsabilités politiques est d’une nécessité vitale pour l’avenir du Rwanda.

La dernière partie de l’ intervention de Christiaan De Beule fut consacrée à un hommage à Madeleine Raffin, responsable de Caritas Rwanda de 1968 à 1977 et vice-présidente de l’association France-Turquoise ; en France, elle est membre actif de l’association Les Amis du Rwanda créée depuis le régime Habyarimana, et aussi une amie très proche du sous-préfet Dominique Ntawukuriyayo qu’elle fréquentait dans les conseils paroissiaux de Gisagara. Cette dame charitable fait preuve d’une mauvaise foi blindée en prétendant ne pas faire de politique. Mais quand toute la vérité sera établie concernant le rôle de Caritas au Rwanda avant et pendant le génocide, on se rendra peut être compte que l’apolitisme prétendu de Madame Raffin risque de prendre la tournure d’une partialité militante voire d’une complicité sans faille avec les génocideurs.

Le comportement observable des paroissiens de Carcassonne nous a paru symptomatique d’une « soif de soumission » intellectuelle à la réception des mensonges les plus grossiers. À chaque envolée des orateurs, la plupart des auditeurs répondaient par un hochement de tête approbateur. Ce type d’adhésion caractérisé par une suggestibilité accrue et une diminution extrême de l’activité intellectuelle nous situe bien sur le terrain de la croyance et de la docilité aveugles. La revue Golias (numéro 47 et 48) consacre un article à la critique du négationnisme propagé par le journal Dialogue ; on y cite un extrait du Père Theunis particulièrement éclairant au sujet du conditionnement à l’obéissance aveugle, qui va fonctionner à plein régime durant l’exécution du génocide de 1994 :

« Le peuple chrétien a toujours eu l’habitude d’obéir aux chefs et aux responsables, quand ceux-ci donnaient l’ordre de tuer à cause de la colonisation et du parti unique »

Le négationnisme dans sa forme la plus pernicieuse, celle de la déresponsabilisation politique, est-il l’exclusivité de l’ex-jésuite Debeule et de ses proches ?

En toute rigueur on peut se demander si les discours théologiques et métaphysiques autour du « mal absolu », du mal inexplicable comme la littérature-jérémiade élaborée a partir des témoignages des victimes et les bourreaux ne participent pas de cette démarche de la déresponsabilisation. Dans le fond, une telle déresponsabilisation revient a une négation de l’intelligence historique. La démarche de Hans Jonas dans Le concept de Dieu après Auschwitz nous situe dans la perspective de ce type d’interprétation de l’histoire, quand il écrit : « quel dieu a pu laisser faire cela ? »

La bonne parole du Père Theunis, qui fut d’une certaine manière reprise en chœur par les intervenants de Carcassonne. L’habitude d’obéir, « la soif de soumission » aux chefs, sont profondément apparentées au besoin de croire ; une étude généalogique sur la très longue durée nous fait découvrir les origines de ce type d’attitude humaine dans les principes formulés par Saint Paul dans l’Epître aux Romains :

« Toute autorité venant de Dieu, nous lui devons une obéissance absolue. »

Par ailleurs , les organisateurs de la soirée venus de toute la France et de la Belgique, ont témoigné dans leur comportement extérieur d’une civilité irréprochable. N’oublions pas à ce propos que la civilité est devenue aux yeux des idéologues les plus en vue de l’ordre moral actuel comme un certain Alain Finkielkraut, la valeur suprême. On notera parallèlement la grande discrétion de ces idéologues quant au négationnisme « officiel », qui recouvre l’histoire du génocide des Tutsi.

Que se cache-t-il sous le négationnisme paroissial proclamé à Carcassonne ? Des manœuvres concertées en vue d’une revanche des mouvances du Hutu-Power et de leurs réseaux de soutien ? Un blanchiment de l’Etat français dans le prolongement du refus de toute enquête parlementaire concernant le rôle exact des militaires sur le terrain entre 1990 et 1994 ?

La multiplicité des associations caritatives et humanitaires et les réseaux de soutien politique qui vont des milieux universitaires jusqu’aux partis politiques majoritaires dans l’Union Européenne est un fait avéré. Aucune dénonciation ferme et efficace du négationnisme n’est revendiquée par les partis politiques de pouvoir du pays des droits de l’homme.

Il nous faut conclure. Le courage du cœur exige de parler, mais le passage du parler à l’agir est inséparable d’un effort de vérité historique. Encore de nos jours, de lourdes inerties s’opposent à la volonté de savoir et d’agir dans la direction d’une réelle autonomie politique et d’une justice sociale effective qui seule peuvent contribuer à neutraliser les passions haineuses et leur instrumentalisation criminelle.

Virginia Woolf dans les Trois guinées nous propose un aperçu saisissant de ces inerties qui, à son époque, conditionnaient l’obéissance servile des femmes et l’hypocrisie des apparences sociales ; elle cite Mary Butt, le Coffret de cristal :

« Car au moment où l’on m’apprenait que le désir d’apprendre allait chez les femmes (nous ajoutons chez les hommes et surtout chez les jeunes) contre la volonté de Dieu, bien des libertés innocentes, des plaisirs innocents étaient refusés en son nom ».

La danse de Nyundo

Ibuka 1994

En souvenir d’une danse offerte par les enfants de l’orphelinat de Nyundo et sœur Athanasie.

Nyundo,

Terre vouée du volcan

Karisimbi,

Terre dure à vivre,

Où la foudre erre à la naissance de l’herbe.

Terre du tendre accueil

Terre lente à fleurir la vie érythrine.

D’une douce et lente si lente pulsation,

L’arc tendu de l’échine

Elance le pur envol des doigts.

Et comme du cratère, rugie,

Une lave fertile,

La claire pulsation du sang danse une libre haleine

Jusqu’au sourire désespéré des morts sans raison.

Le Champ de la nécessité, Yves Cossic, 2005.

Mis en ligne par Yves Cossic
 22/10/2008

N°2 • 2008

La Nuit rwandaise n° 2 • 7 avril 2008 10 euros • 416 pages ISBN : 2-84405-230-4
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