LNR

Témoignages auprès de la Commission d’enquête rwandaise sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi

La Commission d’enquête rwandaise, décidée lors des cérémonies du dixième anniversaire du génocide, a été officialisée le 14 avril 2005. Elle se donne pour « mission générale de dégager le rôle qu’a joué l’Etat Français dans la préparation et l’exécution du génocide rwandais de 1994 ».

Cette commission, dite commission Mucyo du nom de son président, Jean de Dieu Mucyo, ancien ministre de la Justice, a procédé à une série d’auditions publiques et recueilli de nombreux témoignages. Nous présentons ici l’ensemble des dépêches de l’agence de presse Rwanda News Agency, qui a couvert l’événement.

NOTE DE LA RÉDACTION DE RWANDA NEWS AGENCY

La Commission Nationale Indépendante chargée d’enquêter sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda a réalisé une série d’auditions publiques de témoins, une opération qui s’est déroulée en deux phases ; la première portant sur les témoins de contexte, et la deuxième sur les témoins des faits.

L’Agence Rwandaise d’Information/Rwanda News Agency (ARI-RNA) en a fait une couverture spéciale, grâce à la présence permanente de trois correspondants dans la salle des Conférences de la Primature où se sont tenues les auditions. Déo Mungongo a produit les dépêchés en Français que l’on peut lire ci-après, Fred Mwasa des dépêches en Anglais, et Privat Rutazibwa des compte-rendu de synthèse et d’analyse sur les auditions de chaque journée.

SOMMAIRE DÉTAILLÉ DES COMPTE-RENDUS D’AUDITIONS

• « LA FRANCE CONNAISSAIT LA PLANIFICATION DU GÉNOCIDE MAIS A CHOISI DE CAMOUFLER LA RÉALITÉ », SELON UN TÉMOIN

• SYNTHÈSE DES AUDITIONS DU 24/10/2006

• LA FRANCE A DEMANDÉ AUX HUTU DE QUITTER LE RWANDA À LA FIN DE L’OPÉRATION TURQUOISE

• LE SOUTIEN DE LA FRANCE AUX AUTEURS DU GÉNOCIDE S’EST POURSUIVI AU ZAÏRE

• LA COMMISSION D’ENQUÊTE SUR LE RÔLE DE LA FRANCE SATISFAITE DE LA 1ÈRE PHASE DES AUDITIONS

• LE RAPPORT DE LA COMMISSION MUCYO POURRAIT ÊTRE FORT ACCABLANT POUR LA FRANCE

• UN RAPPORT SOLIDE POUR ASSAINIR LES RELATIONS ENTRE LE RWANDA ET LA FRANCE

• IIÈME PHASE DES AUDITIONS DE LA COMMISSION MUCYO SUR LE RÔLE DE LA FRANCE DANS LE GÉNOCIDE DES TUTSI DE 1994 AU RWANDA

• « POUR LES SOLDATS FRANÇAIS, LES TUTSI SONT FONCIÈREMENT MAUVAIS », SELON UN ANCIEN MILICIEN INTERAHAMWE

• SYNTHÈSE DE LA 2ÈME JOURNÉE

• UN EX-FAR A VU DES SOLDATS FRANÇAIS POIGNARDER À MORT DES TUTSI

• UNE RESCAPÉE AFFIRME AVOIR ÉTÉ VIOLÉE PAR DES SOLDATS FRANÇAIS

• SYNTHÈSE DE LA 3ÈME JOURNÉE,

• « ENFIN ON VA S’OFFRIR DU TUTSI », SOLDATS FRANÇAIS DANS UNE BAGARRE AVEC DES ÉTUDIANTS TUTSI À BUTARE EN 1992

• LA FRANCE ACCUSÉE D’AVOIR DISTRIBUÉ DES ARMES AUX CIVILS DANS LA ZONE TURQUOISE

• LA FRANCE ACCUSÉE D’AVOIR COMMANDITÉ LES MASSACRES DES BAGOGWE EN 1992

• JETÉE D’UN HÉLICOPTÈRE FRANÇAIS, UNE RESCAPÉE AVORTA

• LES TUTSI RÉFUGIÉS À BISESERO LIVRÉS AUX MAINS DES TUEURS PAR LES SOLDATS FRANÇAIS

• LA FRANCE REFUSA D’ÉVACUER DES RESCAPÉS À L’AÉROPORT DE KIGALI

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« LA FRANCE CONNAISSAIT LA PLANIFICATION DU GÉNOCIDE MAIS A CHOISI DE CAMOUFLER LA RÉALITÉ », SELON UN TÉMOIN

Kigali, 24 octobre 2006. Dans sa déposition devant la Commission Nationale Indépendante d’Enquête sur l’implication de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda, l’ex-Ambassadeur du Rwanda à Paris, Jacques Bihozagara, a affirmé que la France savait que le génocide était planifié mais que ce pays a choisi de camoufler la réalité.

En appui à son argumentaire, Jacques Bihozagara a d’abord évoqué la rencontre en 1992 entre Paul Dijoud, Directeur Afrique au Quai d’Orsay (siège du Ministère des Affaires étrangères de la France), et la délégation du Front Patriotique Rwandais(FPR) conduite par l’actuel Chef de l’Etat rwandais Paul Kagame. Cette dernière se trouvait à Paris sur invitation des autorités françaises au motif que ces dernières voulaient chercher une solution au problème du Rwanda alors en guerre.

« Vous devez déposer les armes, demander l’amnistie et nous allons négocier par la suite les conditions de votre entrée au gouvernement. Si vous ne déposez pas les armes, vous trouverez tous les vôtres déjà exterminés à votre arrivée à Kigali », avait dit sèchement Paul Dijoud à ses hôtes. À la fin de l’entretien, il avait donné la main à Paul Kagame en disant avec humeur : « On se réverra à Kigali quand vous serez Général assis dans votre fauteuil de Président ».

« Tout ce que ce Monsieur a dit s’est réalisé dans les années qui ont suivi. Prophétie ou apologie du génocide ? C’est difficile de le savoir. Je ne peux pas non plus exclure la thèse selon laquelle Paul Dijoud était au courant de ce qui se tramait étant donné les liens étroits qui unissaient son gouvernement à celui du Président Habyarimana ».

Jacques Bihozagara a également évoqué le Rapport d’Enquête Internationale réalisé en 1993 par plusieurs ONGs parmi lesquelles la FIDH et Human Rights Watch, qui faisaient état des signes avant-coureurs du génocide, des escadrons de la mort s’apprêtant à passer à l’action avec la bénédiction des proches du Président Habyarimana dont notamment son épouse, Agatha Kanziga.

Rappelons que ce rapport tout comme les télégrammes du Général Roméo Dallaire (Commandant en Chef de la MINUAR : Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda) dans lesquels il attirait l’attention de l’ONU sur un génocide imminent, ont été distribués au Conseil de Sécurité des Nations unies dont la France est membre permanent ainsi qu’à l’Union Européenne.

« La France ne peut pas dire qu’elle n’en avait pas pris connaissance », a dit à la Commission l’ancien Représentant du FPR en Europe. Il a révélé que ce Rapport avait été remis dans les mains de l’épouse du Président français François Mitterrand par un groupe de femmes rwandaises à Bruxelles où Mme Mitterrand présidait la réunion de son association France Liberté qui a une branche en Belgique.

Last but not least. Jacques Bihozagara rappelle que la France était présente sur le terrain à travers ses services de coopération et sa présence militaire. « Tous ces éléments mis ensemble montrent que la France était au courant de la planification du génocide mais a choisi de camoufler la réalité », a-t-il insisté.

Les membres de la Commission ont demandé à Jacques Bihozagara ce qui expliquerait, selon lui, cette attitude de la France ? C’est surtout les amitiés particulières entre les Présidents français François Mitterrand et rwandais Juvénal Habyarimana. Des amitiés non expliquées qui tiennent plus d’accointances entre individus que d’affaires d’États. Ces amitiés se sont étendues à leurs fils, Jean Christophe Mitterrand (conseiller à la cellule africaine del’Élysée à l’époque) et Jean Pierre Habyarimana exilé depuis 1994 en France.À cela il faudrait ajouter les intérêts géostratégiques de la France dans la région. Laquelle France cherchait à sauvegarder sa zone d’influence.

SYNTHÈSE DES AUDITIONS DU 24/10/2006

Au cours de la première journée d’audition, trois témoins de contexte ont été entendus par la Commission Nationale Indépendante chargée d’enquêter sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda. Il s’agit respectivement de l’ambassadeur Jacques Bihozagara, du député Gatabazi Jean Marie Vianney, et du sénateur Iyamulemye Augustin.

Représentant du FPR (Front Patriotique Rwandais) en Europe de 1990 à 1994, ministre, ambassadeur du Rwanda en Belgique puis en France, Jacques Bihozagara a décrit le rôle de la France en trois étapes :

• D’octobre 1990 à mars 1994 (avant le génocide) ;

• D’avril 1994 à Juillet 1994 (durant le génocide) ;

• D’Août 1994 à ce jour (après le génocide).

Dans la première phase, Bihozagara accuse la France d’avoir exacerbé le conflit rwandais en soutenant dès le début et de manière inconditionnelle le régime qui sera peu après responsable du génocide. Il formule six accusations précises contre la France :

1° Avoir endurci les oreilles face aux efforts d’explications du FPR et d’autres sources sur la nature du régime de Habyarimana et les raisons profondes de la guerre du FPR. Les officiels français ont préféré parler de « guerre de l’Uganda contre le Rwanda pour créer l’empire Hima-Tutsi » (Alain Jupé) ; de « guerre entre serfs et seigneurs » (François Mitterand) ;

2° Avoir diabolisé le FPR en vue de l’isoler. Le général Quesnot, conseiller à l’Elysée, serait à l’origine du concept « Khmers noirs » pour désigner le FPR.

3° Avoir persécuté et humilié les responsables du FPR en vue de les intimider et les décourager. Ici, Bihozagara évoque l’incident de 1992, lorsque Paul Kagame, à la tête d’une délégation du FPR en France sur invitation offi-cielle de ce pays, se fait arrêter et emprisonner pendant environ 10 heures sans explication, après que sa chambre d’hôtel ait été violemment saccagée par des agents de sécurité français.

4° Un parti-pris manifeste en faveur du régime Habyarimana. Bihozagara cite ici deux exemples : la médiation de la France en 1992 entre le FPR et le gouvernement de Habyarimana où le FPR s’est rendu compte qu’il négociait plutôt avec deux parties sans médiation, la France étant plus radicale que les délégués du gouvernement rwandais. L’autre exemple est que sur toute la durée des négociations d’Arusha, il y avait un diplomate français à l’hôtel Méridien d’Arusha dont le rôle était de conseiller la délégation gouvernementale sur les positions à prendre ou à ne pas prendre.

5° La France a livré une guerre médiatique sans merci contre le FPR, notamment avec les reportages de RFI, spécialement de Jean Hélène. Les journalistes de RFI qui commençaient à comprendre et expliquer correctement la nature du conflit rwandais étaient systématiquement écartés.

6° La France s’est expréssement fermé aux cris d’alarme qui annonçaient l’imminence du génocide, notamment le rapport de la Commission d’Enquête Indépendante de 1993 conduite par des organisations de défense des droits de l’homme, ou encore l’interview émouvante de Jean Carbonare – qui faisait partie de la Commission d’enquête en tant qu’individu indépendant – sur France 2.

Durant le génocide, la France a usé de son influence pour créer l’opération Turquoise sous prétexte de secourir les populations menacées de génocide. Et Bihozagara d’interroger : « Est-ce que le site de Murambi qui héberge aujourd’hui les restes des dizaines de milliers de victimes du génocide en plein coeur de la zone turquoise, est-ce cela la preuve que la France a assuré la sécurité de ceux qu’elle était supposée venu sécourir ? »

Quant à la troisième phase (après le génocide), Bihozagara accuse la France de s’être transformée en repaire des génocidaires et d’offrir un terrain libre aux révisionnistes et négationistes de tout poil. Il s’étonne de l’endurcissement de la France là où des pays et des organisations internationales avec une moindre responsabilité dans le génocide ont préferé demander pardon ou exprimer autrement leur compassion.

Le député Jean Marie Vianney Gatabazi était un agent de l’administration territoriale basé à Byumba, près de la zone des combats entre 1990 et 1994. Il accuse la France de trois choses :

1) Avoir directement participé aux combats. Les soldats français de l’opération Noroît avaient un détachement de 30 à 40 personnes à Gatete (sur la route Base-Kinihira) et ils utilisaient des armes lourdes installées à Kumurambo, secteur Kabingo, commune Cyungo, contre les positions du FPR.

2) Avoir dispensé la formation militaire aux milices responsables du génocide. Selon un témoignage recueilli en mars 1994 d’un officier gouvernemental nommé Innocent Mburuburengero, les Français ont d’abord formé une équipe de Rwandais à Kotakoli dans l’ex-Zaïre. Et ces mêmes rwandais ont formé à leur tour environ 600 miliciens à Kibungo sous la supervision des instructeurs Français.

3) Les militaires Français effectuaient des contrôles d’identité et des perquisitions sur les barrières à Nyabugogo (près de Kigali) et à Kirenge (vers Shyorongi). Aux détenteurs des identités avec mention ethnique « Hutu », les Français disaient : « passez ». Ceux avec mention Tutsi étaient retenus pour interrogatoires près des barrières, et dans la plupart des cas, on ignore ce qui leur est advenu.

Le sénateur Iyamulemye a dirigé le service des renseignements intérieurs à la primature entre 1992 et 1994. Il a révelé que les liens de la France avec le Rwanda se consolident dès la prise du pouvoir par Habyarimana. Il soutient que la France a soutenu militairement le régime de Habyarimana avec octroi d’armes, formation, renseignement militaire etc... .

Les rapports de renseignement établissaient la participation directe des soldats français dans les combats ; avec des armes lourdes. Les militaires Français contrôlaient également le Centre criminel de Recherche et de Documentation où ils s’employaient à faire disparaître les traces et les preuves des crimes et violences dont la montée était fort inquiétante. Les militaires français participaient également aux fouilles et contrôle des identités sur des barrières aux abords de Kigali.

L’ambiance générale de cette première journée d’audition pourrait se résumer à deux aspects importants :

• Les dépositions des témoins Bihozagara et Iyamulemye et les séances de question-réponses qui ont suivi ont été plus longues, plus détaillées et plus précises en termes d’information.

• Outre la confirmation des accusations habituelles contre la France qui se recoupent chez tous les témoins du jour et qui risquent de revenir encore souvent au cours de cette phase d’audition des témoins de contexte, on peut retenir quelques éléments nouveaux suivants :

– Les soldats français contrôlaient le Centre Criminel de Recherche et de Documentation également connu sous les appellations tristement célèbres de « Criminologie » ou « fichier central ». À ce titre, ils se sont rendus plusieurs fois – et systématiquement – coupables de recel des preuves de la criminalité et violence grandissante dans le pays à l’approche du génocide (sénateur Iyamulemye).

– Les soldats français venus rapatrier les étrangers au début du génocide ont évacué par erreur les enfants d’Agathe Uwilingiyimana (ex-Premier Ministre), les prenant pour ceux d’Agathe Kanziga, épouse de Habyarimana.

Arrivés en France, ils se sont rendu compte de leur méprise et ont chassé les enfants qui se sont retrouvés par la suite dans un foyer de demandeurs d’asile en Suisse.

Au deuxième jour de ses auditions publiques, la « Commission Nationale Indépendante chargée de rassembler les preuves de l’implication de l’État français dans le génocide de 1994 au Rwanda » a entendu les dépositions de quatre témoins :

–Kayimahe Vénuste,

– Elysée Bisengimana,

– Nyandwi Désiré,

– Martin Ndamage.

Vénuste Kayimahe était employé du Centre culturel français de Kigali pendant vingt ans jusqu’au déclenchement du génocide. Il est l’auteur d’un livre et de plusieurs autres documents sur le rôle de la France dans ce génocide. Vénuste Kayimahe a fait une déposition riche de détails accablants sur les agissements des officiels français en poste à Kigali à l’époque.

Il accuse la France de complicité de haut niveau dans le génocide. Remontant de 1989 jusqu’à 1994, il cite énormément d’exemples précis qui montrent la responsabilité de la France dans la préparation lointaine et la planification immédiate du génocide.

En 1989 déjà, lors d’une réception officielle en l’honneur des coopérants français à la résidence de France à Kigali, l’ambassadeur Georges Martres pouvait déclarer : « ce pays sera bientôt attaqué par des gens très méchants qui veulent détruire ses infrastructures et tout ce qui fait la fierté de votre coopération ».

Et se tournant vers des coopérants militaires français fraîchement arrivés qui étaient présents à la réception, il ajoutait : « ces militaires français viennent précisément pour empêcher cette catastrophe ».

Des réunions tournantes organisées soit chez l’ambassadeur ou chez d’autres officiels français de l’ambassade ou du centre culturel français réunissaient souvent extrémistes du régime Habyarimana et représentants de la France au Rwanda. « Front commun des Hutu contre le FPR », « défense civile » ; … toutes ces stratégies étaient conçues et débattues au cours de ces séances que le témoin considère comme ayant servi de cadre à « l’élaboration de la stratégie du génocide ».

Elysée Bisengimana, député à l ‘Assemblée nationale, était étudiant à Nyakinama (Ruhengeri) de 1987 à 1992, mais il se trouvait chez lui à Kamembe (Cyangugu) au moment du génocide. Son témoignage porte sur les deux périodes.

Étudiant à Nyakinama, il a vu des soldats français former des recrues rwandaises ainsi que des miliciens. Cela se passait sur le terrain de sport du campus même, parce que c’est là qu’étaient hébergés les Français.

Il a également vu des soldats français sur des véhicules portant des armes lourdes en direction de Cyanika, vers la ligne de front.

Bisengimana a été aussi témoin de l’entrée des soldats français à Cyangugu. Il a constaté une collaboration très rapide entre miliciens Interahamwe et soldats français, collaboration qui a progressivement marginalisé les militaires et les gendarmes rwandais.

Soldats français et Interahamwe ont ensemble effectué des patrouilles, contrôlé les identités sur les barrières, appelé la population à fuir le pays devant l’avancée du FPR, détruit et pillé la ville de Cyangugu.

Bisengimana décrit globalement le rôle de la France comme un soutien aux auteurs du génocide et une tentative de contrer ceux qui voulaient arrêter le génocide. Complicité de génocide somme toute.

Nyandwi Désiré est également député à l’Assemblée nationale, et chefd’un projet de l’État à Gikongoro durant le génocide. Nyandwi a fait une courte déposition, et ses réponses aux questions des commissaires étaient tout aussi chiches et réservées.

Il accuse les soldats français d’avoir commis des pillages à Gikongoro. Habitant Rwamagana mais travaillant à Kigali tous les jours en 1992, il a également croisé plus de cinq fois des soldats français transportant des armes lourdes vers le front au Mutara.

Martin Ndamage, colonel dans l’armée rwandaise actuelle et ex-FAR,Martin Ndamage accuse l’État français d’avoir accordé un soutien inconditionnel au régime de Habyarimana et son armée lors des combats contre le FPR. Il a été personnellement témoin de l’implication directe des soldats français dans la formation militaire et paramilitaire ou dans les combats à Nyakinama, Kinigi, Cyeru et Gabiro.

Il accuse également la France d’avoir soutenu le gouvernement qui a commis le génocide. Co-auteur de la fameuse déclaration de Kigeme qui condamnait le génocide et se désolidarisait du gouvernement Sindikubwabo-Kambanda, Ndamage et quelques-uns de ses collègues ont été brimés et humiliés par les soldats français à Kavumu (près de Bukavu) parce qu’ils avaient manifesté l’intention de rentrer au Rwanda après la prise du pouvoir par le FPR.

LA FRANCE A DEMANDÉ AUX HUTU DE QUITTER LE RWANDA À LA FIN DE L’OPÉRATION TURQUOISE

« Les soldats français de l’opération Turquoise ont demandé à la population hutu de quitter le Rwanda pour ne pas être exterminée par les militaires du FPR qui venaient de mettre en déroute les forces génocidaires », selon un témoin interrogé par l’Agence Rwandaise d’Information (ARI).

Jean Damascène Nyandwi est originaire de l’ex-province de Gikongoro qui faisait partie de la Zone Humanitaire Sûre (ZHS) mise en place par la France à travers l’opération Turquoise. Il vivait à Kanombe dans la périphérie de Kigali avant de retourner à Gikongoro en 1993. Des centaines de milliers de personnes à majorité hutu s’y étaient réfugiées pendant le génocide à la demande du gouvernement génocidaire qui fuyait l’avancée du FPR.

Jean Damascène Nyandwi a révélé à ARI qu’un grand meeting populaire avait alors été organisé à Isumba, commune de Nyamagabe, ville de Gikongoro. « Si vous ne fuyez pas vers le Zaïre, les Inkontanyi (nom des soldats du FPR, ndlr) vont vous égorger », avaient dit les soldats français de l’opération Turquoise au cours de ce rassemblement. Les soldats français qui ne connaissaient pas le Kinyarwanda s’adressaient à la population rassemblée une main à la gorge en signe d’une machette qui égorge.

Jean Damascène Nyandwi a indiqué également à ARI que les soldats français de l’opération Turquoise pourchassaient les Tutsi au motif que ce sont les soldats du FPR qui ont infiltré la ZHS. « Les personnes capturées ont été conduites vers une destination inconnue jusqu’aujourd’hui. J’ai comme l’impression que les Français avaient même des appareils qui leur permettaient de savoir là où les gens s’étaient caché », a déclaré Jean Damascène Nyandwi.

Jean Damascène Nyandwi a également déclaré à ARI que, dans la province de Gikongoro, les soldats français ont appris aux miliciens Interahamwe, fer de lance du génocide, comment creuser des tranchées dans lesquelles ils devaient se cacher à l’arrivée des militaires du FPR. Et ce, durant les trois mois du génocide des Tutsi en 1994

Jean Damascène Nyandwi accuse les Français d’avoir entraîné dans les années 1992 les Interahamwe. Jean Damascène Nyandwi qui faisait le travail de constructeur à cette époque-là sait de quoi il parle car il détenait la carte de la CDR (Coalition pour la Défense de la République, parti extrémiste hutu, coresponsable du génocide).

« À cette époque-là, il était impossible de trouver un job si tu n’as pas de carte attestant que tu es membre de la CDR et du MRND », nous a-t-il déclaré. Jean Damascène Nyandwi qui vivait en 1992 à côté de Kanombe, ville de Kigali, accuse la France d’avoir entraîné aussi bien les ex-Forces Armées Rwandaises que les miliciens interahamwe.

Les interahamwe Mutombo, Katabirora Jean, Shagaye qu’il connaissait bien lui avaient dit qu’ils étaient formés par les Français pour qu’ils soient en mesure le moment venu de barrer la route au FPR. « D’ici peu, la sang va couler à flot », aimaient-ils dire à leur retour de la formation supervisée par les Français à Kanamba et à Gishwati selon le témoignage de Jean Damascène Nyandwi.

Quelques mois avant le génocide, les interahamwe Mutombo, Katabirora Jean, Shagaye ont tué un certain Straton Byabagamba l’accusant d’aider les Tutsi à obtenir des documents leur permettant de rejoindre le maquis du FPR.

À la question de savoir comment il distinguait les ex Forces Armées Rwandaises des Interahamwe, Jean Damascène Nyandwi dit que la distinction était facile à opérer. Outre que lui-même faisait partie de la CDR, il y a le fait que les militaires regagnaient leurs casernes et les Interahamwe leurs villages après la formation. C’était donc deux groupes distincts.

Les reporters de l’Agence Rwandaise d’Information ont rencontré Jean Damascène Nyandwi dans les locaux de la Commission rwandaise sur le rôle de la France dans le génocide de 1994. Il était venu de sa propre initiative pour apporter sa contribution dans la recherche de la vérité sur le rôle de la France dans le génocide.

LE SOUTIEN DE LA FRANCE AUX AUTEURS DU GÉNOCIDE S’EST POURSUIVI AU ZAÏRE

La France a continué à soutenir les forces génocidaires exilées au Zaïre selon le témoignage du Colonel Martin Ndamage devant la Commission rwandaise d’enquête sur le rôle de la France dans le génocide de 1994.

Membre des ex-Forces Armées Rwandaises, Martin Ndamage est cosignataire de la Déclaration de Kigeme qui condamnait le génocide et se désolidarisait du gouvernement qui était entrain de le commettre. Le gouvernement de l’époque décida de démettre de l’armée tous les signataires de la Déclaration de Kigeme et de les mettre hors d’état de nuire.

Redoutant des affrontements entre dissidents et forces loyalistes à Kigeme (ex-province de Gikongoro) qui faisait partie de la zone sous contrôle des soldats français de l’opération Turquoise, la France décida d’évacuer Martin Ndamage et quelques uns de ses collègues vers Kavumu (30 Km au nord de Bukavu au Zaïre) où elle avait établi une base militaire.

Après la défaite des forces génocidaires et leur exil au Zaïre, Martin Ndamage et ses collègues demandèrent de rencontrer le général Roméo Dallaire puisqu’ils voulaient retourner au Rwanda. Les soldats français s’y opposèrent mais Martin Ndamage et ses collègues finirent par rencontrer à Kavumu le général Roméo Dallaire qui commandait les forces de l’ONU au Rwanda.

Martin Ndamage et son groupe furent humiliés par les soldats français à Kavumu après qu’ils aient pris la décision de rentrer au Rwanda de commun accord avec le général Dallaire. « Nous ne pouvons pas continuer à rester avec vous ici alors que vous vous opposez à votre gouvernement », avaient dit sèchement les soldats français de l’opération Turquoise.

À la tombée de la nuit, Ndamage et son groupe furent brimés, désarmés et expulsés de la tente où ils logeaient au motif qu’ils s’opposent à leur gouvernement. Le gouvernement dont parlaient les soldats français c’est celui qui venait de commettre le génocide et qui se trouvait en exil à l’est du Zaïre.

L’analyse de ce témoignage fait ressortir l’idée que la France voulut maintenir les forces génocidaires dans les hauteurs du Kivu (est de la RDC) et les préparer à reconquérir par la force le pouvoir au Rwanda.

LA COMMISSION D’ENQUÊTE SUR LE RÔLE DE LA FRANCE SATISFAITE DE LA 1 ÈRE PHASE DES AUDITIONS

La Commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda se dit satisfaite du bon déroulement de la première série des auditions qui s’achève ce mardi.

« Nous sommes satisfaits des résultats atteints au cours de cette première phase des auditions. Nous avons recueilli beaucoup d’éléments d’information dont nous ne disposions pas. Cette phase a eu un énorme écho. Les gens nous ont appelés de l’extérieur et de l’intérieur du pays en vue de témoigner de leur propre initiative », a déclaré à ARI le président de la Commission, Jean de Dieu Mucyo.

« Les témoins de contexte que nous avons entendus étaient des cadres à différents niveaux. Leurs témoignages nous ont permis de savoir davantage sur la planification du génocide sur le plan militaire, politique et diplomatique. Certains de leurs témoignages corroborent les informations que nous avions recueillies sur le terrain », a ajouté Jean de Dieu Mucyo.

Jean de Dieu Mucyo a indiqué à ARI que la Commission qu’il dirige a entendu au total 20 personnes dans le cadre de l’audition des témoins de contexte qui s’est déroulée du 24 au 31 de ce mois. Au cours de la séance de ce mardi quatre témoins ont été entendus.

Il s’agit du Député Aaron Makuba du PSD (Parti Social Démocrate, deuxième formation politique au parlement) ; d’un autre Député qui fut responsable administratif dans l’ex-préfecture de Byumba ; de l’Avocat Mugemana Jean Marie Vianney qui fut tour à tour Ministre de la Justice et Ministre de l’Intérieur avant le génocide.

Le dernier témoin auditionné aujourd’hui était Marc Rugenera qui fut Ministre des Finances avant et après le génocide. Il dirige actuellement la SORAS (Société Rwandaise d’Assurance, une compagnie privée).

LE RAPPORT DE LA COMMISSION MUCYO POURRAIT ÊTRE FORT ACCABLANT POUR LA FRANCE

À l’heure du bilan de la première phase des auditions débutées le 24 et clôturées le mardi 31 octobre, « des preuves détaillées, précises et irréfutables » de l’implication de la France dans le génocide des Tutsi s’accumulent selon des sources proches de la Commission Nationale Indépendante Chargée deRassembler les Preuves de l’Implication de l’État français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994.

UN BILAN DES AUDITIONS LARGEMENT POSITIF :

« Nous avons largement atteint nos objectifs », a déclaré, visiblement satisfait, le Président de la Commission Jean de Dieu Mucyo aux journalistes de l’Agence Rwandaise d’Information lors d’un entretien exclusif dans son bureau de Kacyiru, à la clôture de la première phase des auditions.

« Nous avons reçu beaucoup d’informations nouvelles, les témoins auditionnés nous ont indiqués d’autres témoins, et la publicité médiatique autour de cette première phase d’audition a déclenché une dynamique intéressante ; des gens nous appellent de l’étranger comme de l’intérieur du pays, d’autres viennent jusqu’à nos bureaux de leur propre initiative pour nous fournir des informations utiles »,a ajouté le président de la Commission.

Interrogé sur l’inquiétude selon laquelle les auditions à huis clos ont pu briser cette dynamique ainsi que le flot des informations déclenché par les deux premiers jours des auditions publiques, le Président de la Commission a répondu : « le huis clos a certes ralenti un tout petit peu la dynamique. Mais ceux qui avaient reçu l’information continuent encore aujourd’hui à nous appeler. D’autre part, le huis clos a permis à certains témoins de s’exprimer plus longuementet de manière plus détendue. À l’avenir, nous essayerons, dans la mesure du possible, d’alterner auditions publiques et auditions à huis clos pour recueillir le maximum d’avantages de ces deux approches. »

Au total, vingt témoins ont été auditionnés au cours de cette première phase, sept en public et treize à huis clos. Ils sont, pour la quasi totalité, d’anciens responsables à différents niveaux (administratif, politique, militaire). « Leurs dépositions nous ont permis de confirmer avec plus de détails et de précisions un certain nombre d’informations initialement recueillies auprès de citoyens ordinaires lors de nos descentes sur terrain », a précisé Jean De Dieu Mucyo.

Les bons résultats de cette première phase d’audition ont permis à la Commission de prendre deux décisions importantes. La première consiste à prolonger les auditions des témoins de contexte. De nouveaux témoins importants ont été révélés à la Commission lors de cette première phase, d’autres se sont manifestés de leur propre initiative. Parmi ces nouveaux témoins de contexte à auditionner vers fin novembre, des étrangers et des Rwandais de la diaspora.

La deuxième décision importante est d’effectuer de nouvelles descentes sur terrain pour vérifier un certain nombre d’informations nouvelles recueillies auprès de certains témoins clés lors de cette première phase d’audition.

UN RAPPORT QUI S’ANNONCE ACCABLANT POUR LA FRANCE :

L’origine lointaine de cette Commission remonte à avril 2004, dans une résolution de la conférence internationale organisée à Kigali à l’occasion de la dixième commémoration du génocide. Une année plus tard, ladite commission a été créée par loi organique n° 05/2005 du 14/04/2005 avec pour« mission générale de dégager le rôle qu’a joué l’État Français dans la préparation et l’exécution du génocide rwandais de 1994 ».

Depuis lors, la question de fond que se pose tout observateur porte sur la capacité de la Commission à rassembler des éléments de preuve véritablement nouveaux et pertinents par rapport aux nombreuses publications, témoignages et rapports d’enquête sur le rôle de la France dans le génocide.

Sur cette question, les membres de la Commission se montrent d’emblée réservés par déformation professionnelle. Ils ne veulent pas anticiper sur les résultats d’une enquête toujours en cours. Mais certaines indications permettent d’entrevoir que le rapport de cette Commission aura sa spécificité et pourrait comporter des preuves accablantes sur le rôle de la France dans le génocide.

Tout d’abord, l’abondance des informations et publications antérieures sur le sujet constitue un atout pour la Commission qui s’en inspire pour opérer des recoupements, vérifier et confirmer dans le détail une série d’accusations qui auparavant paraissaient trop générales.

La Commission a également l’avantage de mener le gros de ses investigations sur le terrain où ont été commis les crimes présumés de l’État français. Plus de 70 témoins des faits, c’est à dire des témoins et victimes directes des faits reprochés aux soldats et officiels Français ont déjà rencontré la Commission, et leur liste continue de s’allonger.

Des sources proches de la Commission attestent enfin qu’un certain nombre de témoins ont accepté de livrer à la Commission des « preuves détaillées, précises et irréfutables » de l’implication de l’État français dans le génocide, lorsque d’autres anciens responsables politiques et militaires « choisissent la langue de bois et pratiquent la rétention volontaire de l’information de peur de dévoiler leur propre rôle dans le génocide » selon le commentaire d’un observateur assidu de la première phase des auditions.

UN RAPPORT SOLIDE POUR ASSAINIR LES RELATIONS ENTRE LE RWANDA ET LA FRANCE

La loi organique mettant en place la Commission détaille son mandat en son article 5 qui exige entre autres à la Commission de « transmettre au Président de la République le rapport des travaux qui propose également les actions à mener, avec copie à la Chambre du Sénat, à la Chambre des Députés, au Gouvernement et à la Cour Suprême ».

Une fois de plus, les membres de la Commission ne veulent pas anticiper sur les recommandations qui accompagneront leur rapport au moment opportun. Mais à voir la rigueur qu’ils mettent à scruter et à tester la crédibilité de la moindre information qui leur est communiquée, la transparence de leurs auditions qu’ils souhaiteraient pour la plupart publiques, on sent un souci pro-fond d’établir la seule vérité, sans passion ni complaisance ; par delà l’amertume de l’opinion publique rwandaise ou les considérations diplomatiques.

Car, seule cette vérité pourra sauver les relations franco-rwandaises de lourds et profonds malentendus alimentés par une histoire récente très douloureuse et non encore éclaircie et assumée. Poursuivre la coopération sur ces malentendus ne contribue pas à rétablir une relation juste, vraie et durable. Telle semble être également la conviction profonde des membres de cette Commission Indépendante dont le profil semble être des plus rassurants en ce qui concerne la crédibilité, l’objectivité et le professionnalisme de leur rapport à venir (*).

IIÈME PHASE DES AUDITIONS DE LA COMMISSION MUCYO SUR LE RÔLE DE LA FRANCE DANS LE GÉNOCIDE DES TUTSI DE 1994 AU RWANDA

SYNTHÈSE DE LA PREMIÈRE JOURNÉE :

La deuxième phase des auditions de la « Commission Nationale Indépendante chargée de rassembler les preuves de l’implication de l’État Français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 » a débuté ce lundi avec les témoins des faits. La première phase consacrée aux témoins de contexte avait eu lieu du 24 au 31 octobre dernier.

Quatre témoins ont été entendus au cours de cette première journée. Il s’agit de Nzeyimana Isidore, Kaburame Jean Damascène, Dushimimana Jean Baptiste et Nisengwe Orose.

Méthodologie de la commission : Elle reste inchangée depuis la première phase. Le Président de la commission, Jean de Dieu Mucyo débute toute séance en rappelant le mandat de la commission et en présentant ses membres. Il donne ensuite la parole au témoin qui se présente et donne sonrécit en essayant chaque fois de montrer le rôle de l’État Français avant, pendant et après le génocide ainsi qu’au cours de l’opération turquoise.

Le témoin est ensuite soumis à une série de questions des membres de la Commission qui visent généralement à obtenir des précisions, mais également à éprouver la véracité et la crédibilité des témoignages. Seuls les Commissaires sont habilités à poser les questions. Pas de photos, pas d’enregistrement, sauf les services de la Commission.

TÉMOIN N°1 : NZEYIMANA ISIDORE.

Identification : ex-FAR entré dans l’armée en 1986 ; formé à l’artillerie lourde ; a combattu sur les fronts du Mutara, Byumba et Ruhengeri ; réintégré dans la nouvelle armée rwandaise après le génocide ; brièvement emprisonné pour génocide puis acquitté (il avait été confondu à un génocidaire qui portait le même nom) ; démobilisé en 2004 ; actuellement étudiant au KHI (Kigali Health Institute), section Nyamishaba/Kibuye.

Eléments essentiels de son témoignage.

• Au début de la guerre, les Français ont monopolisé la coopération militaire au détriment d’autres partenaires, et ils ont excessivement fourni des ressources à l’armée rwandaise dans ce qui apparaissait manifestement comme une préparation à l’implication directe dans la lutte armée.

Ils ont supplanté les Belges au camp Bigogwe et dans la gestion des autres établissements de formation militaire ; remplacé les Chinois dans la fourniture des pièces d’artillerie ; remplacé les radios des transmissions auparavant fournies par les Belges ; changé le système de communication militaire ; fourni de nouveaux hélicoptères à infrarouge ; ainsi que des blindés. Pour le témoin, les Français ont outrepassé le mandat de coopération militaire.

Ils auraient pu soutenir le processus de paix d’Arusha plutôt que d’appuyer une partie des Rwandais (en l’occurrence le régime Habyarimana) contre d’autres (le Front Patriotique Rwandais).

• Les Français ont participé aux combats : Ils ont notamment organisé les opérations Tam Tam et Hirondelle qui visaient à déloger le FPR de ses positions dans Ruhengeri, Byumba et Umutara. Tam Tam s’est déroulé dans la région de Ruhengeri ; Hirondelle dans la région est (Byumba, Umutara). Sur 12 militaires affectés à un engin d’artillerie, 7 étaient Français et c’est eux qui faisaient l’essentiel du travail de tir, les 5 rwandais se contentant d’apprêter les bombes. La formation technique de ces derniers était généralement insuffisante.

• Les Français ont voulu lancer des bombes à phosphore sur les Inkotanyi (FPR) dans la forêt des volcans ; et c’est le gouvernement rwandais qui s’y est opposé en raison des ravages potentiels de cette arme sur l’environnement (le parc).

• À la question des Commissaires qui voulaient tester la crédibilité du témoignage, le témoin a précisé qu’en tant qu’un des rares spécialistes rwandais de la topographie de l’artillerie, il participait aux réunions des Commandants des bataillons lors de l’opération Tam Tam .

• Les Français ont participé au contrôle des barrières de protection, notamment à Shyorongi. La mission de ces barrières était au début de combattre une éventuelle infiltration de l’ennemi, mais progressivement, elles ont servi à repérer, harceler et tuer les Tutsi.

• Dans leur contact avec la population, les soldats Français étaient particulièrement intéressés par les distinctions entre les Hutu et les Tutsi ; et ils étaient visiblement favorables aux premiers et contre les seconds. « Dans nos discussions avec des soldats Français subalternes, – il y en a qui étaient venus terminer leur formation avec nous a sous l’encadrement des mêmes instructeurs Français –, il apparaissait qu’ils partaient déjà de chez eux avec un brieffing précis sur les ethnies au Rwanda et sur les Tutsi comme ennemis ».

• Les Français ont formé les miliciens Interahamwe et fourni des armes aux civils dans la stratégie d’auto-défense civile. Ces entraînements étaient donnés essentiellement à Gabiro.

TÉMOIN N°2 : CAPORAL KABURAME JEAN DAMASCÈNE.

Identification : Ex-FAR ; entré dans l’armée en 1990 ; formé respectivement aux camps Kami, Bigogwe, et Gako ; a combattu sur le front du Mutara dans le 2ème bataillon Muvumba ; puis déployé à Shyorongi, ensuite à Tumba ; exilé au Congo (Camp Mugunga), puis rentré au Rwanda.

Eléments essentiels de son témoignage :

• Les Français contrôlaient les identités aux barrières de protection. « Ils en avaient une dans le centre de Ngarama. Quand ils lisaient “Tutsi” sur la carte d’indentité , ils faisaient monter le détenteur dans leur camion garé à côté. Ils ont finalement conduit le camion et sa cargaison des Tutsi vers Nyagatare, et on ne les a plus revus ».

• Les Français participaient aux combats. « Ils avaient installlé des mortiers 122 et 125 à Nyagatare, et ils tiraient sur Bwisigye. À l’époque, Nsabimana Déogratias était notre chef, et un certain Uwimana notre Commandant de bataillon. »

• Les Français ont entraîné les Interahamwe. « En 1992, ils ont formé ceux qu’on appelait les DAMI à Gabiro ; ils leur ont ensuite distribué des armes et des uniformes. Ils en ont formé aussi à Rushashi, à Kineza précisément. Un de ceux qu’ils avaient formés, Katarebe – qui était un voisin du village –, m’a raconté tout cela quand il m’a rejoint à Tumba. Il était dans un bataillon d’Interahamwe venus nous seconder à Tumba ».

• Les Français ont réorganisé et réarmé les ex-FAR et les Interahamwe au Congo. « Ils sont venus à notre suite dans l’exil. Ils nous ont créé un camp au Lac Vert séparé de celui des civils. Et ils nous encourageaient à rentrer au pays. Ils nous ont distribué des fusils R5 ».

• Le Français nourissaient les ex-FAR et Interahamwe dans les camps d’entraînement au Congo. « Ce sont les Français qui nous approvisionnaient en vivres. Ils nous apportaient du riz dans leurs camions ; les civils eux mangeaient du maïs (imvungure) ».

TÉMOIN N°3 : DUSHIMIMANA JEAN BAPTISTE.

Identification : ex-Milicien Interahamwe originaire de Gatenga, déployé ensuite à Kigali comme chauffeur et escorte de Twahirwa Seraphin, cousin de Habyarimana et chargé de la protection des dignitaires du MRND dans la ville de Kigali ; exilé à Bukavu, puis à Mugunga ; engagé dans les activités de destabilisation du pays en 1997 ; puis rentré au Rwanda.

Eléments essentiels de son témoignage :

• Ce sont les Français qui entraînaient les Interahamwe.

« L’entraînement des Interahamwe à Kigali a débuté à l’usine Technoserve en bas du camp Muhima. Ensuite il a été déplacé dans le building de Kabuga à Muhima où se trouvait le siège du MRND ; il a enfin été transferé dans la maison du Général Ndindiliyimana près de l’ancienne boîte de nuit Kigali Night. »

« Plus tard, ils ont déclaré que l’ennemi augmentait de force et ils ont décidé d’organiser la formation des Interhamwe au camp Gabiro. Ils nous disaient que c’est un secret absolu. Les hutu originaires du centre (Nduga) et les Tutsi n’étaient pas admis. Moi j’habitais Gatenga. Le bus est venu nous ramasser au niveau de chez Carlos, près de la résidence de Bikindi. »

« Arrivés à Gabiro, nous avons été accueillis par des Blancs qui ressemblaient à des touristes. Ils racontaient à des officiers rwandais qui n’étaient pas dans le secret, que nous allions être formé à la protection du parc et des touristes dans le cadre de l’ORTPN (Office Rwandais de Tourisme et des Parcs Nationaux). Ils nous ont distribué des uniformes. C’est le major Nkundiye qui, du côté rwandais, supervisait la formation. »

« Au camp Gabiro, on y dispensait la formation à trois catégories de gens : des Hutu venus du Burundi (jeunesse du parti Frodebu) ; des soldats qu’on préparait pour le front ; et des Interahamwe. »

« Après la formation, on nous a redéployé dans la ville de Kigali selon la classification de nos résultats au champ de tir. J’avais reçu 16/20. C’est pourquoi on m’affecta à la protection de Twahirwa Seraphin, cousin de Habyarimana et chargé de la protection des dignitaires du MRND. Quand le génocide a commencé, nous disposions déjà de tout le nécessaire : les grenades, les armes et les véhicules. »

• Les Français participaient aux réunions de l’Akazu (noyeau dur composé des proches de la famille de Habyarimana) à l’Hôtel Rebero l’Horizon. Le témoin l’affirme en sa qualité d’ancien chaffeur et escorte de l’un des membres de l’Akazu.

• Les Français participaient aux contrôles des barrières. « Notamment à Gikondo, vers l’entrée de l’Hôtel Rebero l’Horizon où se réunissaient les membres de l’Akazu au moins une fois la semaine ; de même qu’à Shyorongi. »

• Lors de l’opération turquoise, les Français ont rassemblé les armes pour les redistribuer aux ex-FAR et miliciens une fois au Congo.

• Les Français ont largué des Tutsi du haut des hélicoptères dans le parc de Nyungwe.

• Les Français ont recolté du chanvre dans la forêt de Nyungwe, en ont chargé des camions pour expédier le contenu sur des avions à l’aéroport de Kavumu.

• Les Français ont pillé et détruit la ville de Cyangugu.

• Les Français ont ouvert à Bukavu des camps pour les ex-FAR et Miliciens Interahamwe, à savoir Panzi, Sayo et Bulonge qui était destiné à la formation des recrues.

• Au début des opérations des infiltrés en 1997, des soldats Français sont entré jusque dans la forêt de Gishwati pour aider à préparer les attaques de destabilisation du pays.

TÉMOIN N°4 : NISENGWE OROSE

Identification : ex-milicien Interahamwe ; originaire de Kayove (Gisenyi) ; ancien joueur de football de la Commune ; a été recruté comme milicien à Kayove (Stade Bugabo) ; formé au camp Gisenyi, puis au camp Mukamira ; a participé entre autres aux massacres des Tutsi au Stade Gatwaro et à Bisesero (Kibuye) ; exilé au Congo (Bukavu) par Kibuye et Cyangugu ; puis rentré au pays.

Éléments essentiels de la déposition :

• Les Français ont entraîné les Interahamwe.

« Les Français nous ont rejoint au camp Mukamira. Ils supervisaient la formation qui était avant tout le maniement des armes, la tactique, puis l’idéologie. Il nous était enseigné que « le Tutsi est l’ennemi du Hutu ; que s’il arrivait à prendre le pouvoir, les Hutu seraient rayés de la carte du monde. »

• Les Français ont directement pris part au génocide.

« En mai 1994, environ 150 Tutsi ont été emmenés au camp Gisenyi par des Français. Ils étaient chargés dans des bus et des camions en provenance de Mulindi/Byumba. Ils ont été tués par les Interahamwe ; et les véhicules sont rentrés chargés d’armes. » « Les Français sont responsables de la disparition des Tutsi qui s’étaient refugiés à la paroisse Crète Congo-Nil que le curé Français de cette paroisse, Gabriel Maindron leur avait livré. »

• Les Français ont approvisionné en armes les forces génocidaires en plein génocide.

« En avril et mai 1994, le Colonel Nsengiyumva Anatole et le lieutenant Habimana nous ont envoyé deux fois charger des armes apportées par les Français à l’aéroport de Goma. Ils nous entassaient dans les camions de Kabuga qu’on recouvrait ensuite de bâches et ils nous conduisaient à l’aéroport de Goma. J’ai vu plus de 25 soldats Français en tenue militaire. Les armes étaient dans des caisses sur lesquelles il y avait l’image d’une houe. Arrivés à Gisenyi, nous les déchargions : il y avait dedans des grenades, des kalatchnikovs, des R4, des Strings,… »

• Les Français assistaient aux massacres des Tutsi durant le génocide sans intervenir. Selon le témoin, cela s’est passé au stade Gatwaro, Bisesero, et sur le pont de Muregeya à Kibuye.

• Les Français ont couvert la fuite des génocidaires vers le Congo avec leurs armes.

« Sur le pont Muregeya à Kibuye, ils nous ont couvert avec leur artillerie lourde contre les soldats du FPR. Certains fugitifs ont dû rebrousser chemin et emprunter la voie qui longe le lac à cause des affrontements entre les ex-FAR et le FPR. »

• Les Français ont dispensé aux miliciens Interahamwe en exil au Congo des soins de santé.

« Au congo, nous avons reçu l’entraînement des Français qui ont également construit des centres de santé où étaient soignés les Interahamwe. Mon grand frère travaillait dans l’un de ces centres de santé situé au-delà du quartier Mabanga à Goma. Les bâches de ce centre y étaient installées de juillet 1994 à janvier 1995. »

« POUR LES SOLDATS FRANÇAIS, LES TUTSI SONT FONCIÈREMENT MAUVAIS », SELON UN ANCIEN MILICIEN INTERAHAMWE

Un ancien membre de la milice Interahamwe, Nisengwe Orose, accuse les instructeurs français d’avoir inculqué aux miliciens durant la formation l’idée selon laquelle « les Tutsi sont foncièrement mauvais ».

Nisengwe Orose a témoigné ainsi ce lundi devant la Commission rwandaise qui enquête sur le rôle controversé de la France pendant le génocide de 1994. Selon la déposition, les premiers recrutements et entraînements des Interahamwe qui ont exécuté le génocide ont eu lieu en septembre 1993 dans l’ex-Préfecture de Gisenyi d’où Nisengwe Orose est originaire.

« Il y a eu un communiqué diffusé à la Radio Nationale selon lequel tous les jeunes doivent apprendre à manier les armes en vue de sauver la patrie attaquée par l’ennemi (c’est-à-dire le FPR, ndlr) ». Répondant à cet appel, Nisengwe Orose s’était fait enrôler dans la milice Interahamwe. Il avait été formé dans les camps de Gisenyi et de Mukamira.

C’est dans le camp de Mukamira qu’il avait eu des soldats français pour instructeurs. « Les Français nous disaient avec insistance que les Tutsi sont foncièrement mauvais, que s’ils venaient à gagner la guerre, tous les Hutu seraient rayés de la carte du monde. Des cartes avec mention « Turihose » (entendez par-là « nous sommes partout ») au recto et image d’un pistolet au verso nous avaient été distribuées », a-t-il dit devant les sept membres de la Commission.

Durant le génocide, Nisengwe Orose affirme s’être rendu au mois d’avril et de mai 1994 avec d’autres miliciens interahamwe à l’aéroport international de Goma (Est de la RDC) pour recueillir des armes en provenance de la France.

« Vous n’avez rien à craindre, car la France est derrière nous », nous avaient dit de hauts officiers de l’armée dont Anatole Nsengiyumva et le lieutenant Habimana.

Parmi les types d’armes recueillies des mains des soldats français à l’aéroport de Goma, ce témoin a cité des Kalachnikov et des grenades contenues dans des caisses avec l’image d’une houe au dehors. « Toutes ces armes avaient été distribuées aux Interahamwe, ils s’en étaient servi pour tuer les Tutsi ici et là dans le pays », a-t-il fait remarquer.

Durant l’Opération Turquoise, Nisengwe Orose et son groupe avaient été conduits par des soldats français dans l’ex-Préfecture de Kibuye, notamment au Stade Gatwaro et à Bisesero. Deux endroits de triste mémoire où des dizaines de milliers des Tutsi ont péri dans des conditions les plus horribles.

Durant son séjour de deux semaines à Kibuye comme milicien, une semaine de tueries à Gatwaro et une autre à Bisesero, Nisengwe Orose parle des Tutsi qui avaient été regroupés dans les locaux de la paroisse de Crête Congo-Nil par le prêtre français Gabriel Maindron alors Curé de cette paroisse. « Ces Tutsi avaient été par la suite récupérés par des français qui les avaient conduits à un endroit inconnu et ils ne sont jamais réapparus. »

Nisengwe Orose affirme par ailleurs que les soldats français de l’Opération Turquoise avaient aidé les forces génocidaires à fuir vers l’ex-Zaïre. Chemin faisant, les forces génocidaires exécutaient les Tutsi sous le regard des soldats français indifférents.

« Quand nous sommes arrivés au Zaïre, les Français ont mis en place un dispositif pour soigner les Interahamwe. Mon grand frère avait travaillé dans l’un de ces sites de soins situé dans le quartier Mabanga (Périphérie de la ville de Goma, ndlr). Pendant ce temps, les soldats français poursuivaient la formation des miliciens Interahamwe », a-t-il ajouté.

Nisengwe Orose qui fait partie des infiltrés qui déstabilisaient le Rwanda au départ de l’ex-Zaïre est le troisième témoin a être entendu par la Commission rwandaise qui a repris ce lundi la deuxième phase de ses auditions publiques.

« La France recommandait l’usage des bombes à phosphore contre le FPR », selon un témoin.

Après l’attaque du FPR (Front Patriotique Rwandais) en octobre 1990, la France décida d’incendier le Parc des Virunga pour que les rebelles du FPR ne s’y cachent pas, mais le Rwanda s’y était opposé en vue de préserver l’environnement.

C’est ce qui ressort du témoignage d’Isidore Nzeyimana, membre des ex-FAR (Forces Armées Rwandaises, fer de lance du génocide, vaincues en 1994 par le FPR), technicien de l’artillerie lourde, devant la Commission rwandaise qui enquête sur le rôle présumé de la France dans le génocide de 1994 qui a repris ce lundi ses auditions publiques des témoins.

Brûler le Parc de Virunga fut le premier leitmotiv de l’Opération Tam Tam, une opération secrète menée par la France dans la région de Ruhengeri au nord du Rwanda aux côtés des ex-FAR alors en guerre contre les rebelles du FPR actuellement au pouvoir, selon Isidore Nzeyimana.

Dans son témoignage, Isidore Nzeyimana a dit que les rebelles du FPR pratiquaient les tactiques de la guérilla dans leur lutte armée contre les ex-FAR soutenues par les soldats français. Il s’est avéré impossible de les vaincre dans le Parc de Virunga qu’ils avaient déjà infiltré. Et il était impossible de défricher tout le parc à cause de son étendue, note encore le témoin.

Par ailleurs, les Français avaient réalisé qu’il était difficile d’opérer contre le FPR à partir du sommet du Mont Muhabura qui surplombe le Parc de Virunga à cause du froid qui y règne. « J’ai été personnellement envoyé au sommet du Mont Muhabura muni des couvertures fournies par les soldats Français qui nous encadraient. J’y avais passé quatre jours parce qu’il était difficile de faire davantage à cause du froid. Beaucoup de mes compagnons d’armes qui s’y étaient rendus y avaient laissé leur vie », a notamment déclaré Isidore Nzeyimana.

« Au début de l’opération Tam Tam, les Français décidèrent alors de larguer des bombes à phosphore dans le but de faire du Parc de Virunga un désert comme alternative pour mater les rebelles. Les autorités rwandaises de l’époque s’y opposèrent à cause de l’effet nocif de ce type de bombes sur l’environnement », a révélé Isidore Nzeyimana.

Isidore Nzeyimana a parlé de la participation directe des soldats français au combat contre les rebelles du FPR au cours de deux opérations : Tam Tam (Ruhengeri) et Hirondelle (Byumba-Umutara). « Dans chaque groupe de 12 soldats affectés à un engin d’artillerie lourde , il y avait généralement sept français contre cinq rwandais. Et le rôle des Rwandais était secondaire, celui de préparer les bombes pour les Français qui tiraient », a-t-il révélé.

En plus d’avoir appris aux ex-FAR à manier les canons 105, les soldats français ont participé activement aux combats contre les rebelles du FPR à Byumba et Umutara au cours de l’opération Hirondelle.

« À la différence des autres pays occidentaux, la France a outrepassé les termes de l’Accord d’Assistance Militaire qui la liait au Rwanda jusqu’à être impliquée dans les opérations contre les rebelles du FPR », a insisté Isidore Nzeyimana. Presque tous les autres pays comme la Belgique, l’Allemagne, la Chine qui avaient des accords d’assistance militaire avec le Rwanda s’étaient retirés au début de la guerre.

« La France a récupéré leurs bases et leurs équipements militaires, elle a fait venir des équipements plus performants, elle nous a appris à les manier et ses soldats ont participé directement dans toutes les opérations contre le FPR. Ce qui est particulier pour la France. Des pays comme l’Egypte ou l’Afrique du Sud étaient présents au Rwanda mais c’était à la recherche des débouchés pour leurs armes », a témoigné Isidore Nzeyimana.

Du 11 au 19 de ce mois, la Commission rwandaise qui enquête sur le rôle présumé de la France dans le génocide entendra des témoins de faits, c’est-àdire ceux qui déclarent avoir été les acteurs, les victimes et les témoins directs de l’action de l’Etat français avant, pendant et après le génocide. Il s’agit des Rwandais de l’intérieur et de la diaspora parmi lesquels des prisonniers, ainsi que des étrangers.

Le dernier jour des auditions sera consacré à une descente sur terrain, dans les collines de Bisesero. C’est dans l’ex-Préfecture de Kibuye qui faisait partie de la Zone Humanitaire Sûre mise en place par l’Opération française Turquoise où plus de 50.000 Tutsi ont été exterminés après avoir mené une lutte désespérée contre leurs bourreaux.

SYNTHÈSE DE LA 2ÈME JOURNÉE

La deuxième journée d’audition des témoins des faits par la « Commission Nationale Indépendante chargée de Rassembler les Preuves del’Implication de l’État Français dans le Génocide perpétré au Rwanda en 1994 » a vu défiler 5 témoins dont 4 n’ont pas révélé leurs noms au public. L’Agence Rwandaise d’Information (ARI) les identifiera par leur numérotation continue (du 1 er au dernier jour d’audition de la 2ème phase).

TÉMOIN N° 5 : ANONYME.

Identification : Né en 1972, cultivateur, recruté et formé au camp Mukamira en 1991 comme Interahamwe ; transféré en septembre 1991 au camp Gisenyi ; a participé à l’expédition des ex-FAR, Gendarmes et Interahamwe partis de Gisenyi à Kibuye en renfort pour le massacre à Bisesero ; a combattu dans l’armée sans matricule ; s’est exilé au Congo par bateau ; a vécu au camp Bulengo ; est ensuite revenu au Rwanda déguisé en civil ; réside aujourd’hui à Gisenyi.

Eléments essentiels de son témoignage :

• Les Français ont formé les Interahamwe. Confirmant les témoignages recueillis lors de la première journée d’audition, le témoin a indiqué avoir été formé par des soldats français au camp Mukamira. Il a plusieurs fois évoqué la présence d’un capitaine Français qui avait son bureau au camp Mukamira, et de trois ou cinq autres soldats Français qui se relayaient selon les jours.

• Les Français ont fourni les armes du génocide.

Le témoin a également confirmé – comme d’autres avant lui- avoir participé au déchargement d’armes fournies par les Français à l’aéroport de Goma.

• Les Français étaient complices des génocidaires.

Le témoin a évoqué une série de massacres de Tutsi auxquels les soldats Français ont assisté, et d’autres où ils ont joué un rôle actif :

• « Les Français ont accueilli avec joie les Interahamwe partis de Gisenyi en renfort pour tuer à Bisesero. L’accueil a eu lieu au camp de gendarmerie de Kibuye. »

• Un convoi de soldats Français a escorté plus d’une centaine de Tutsis, de Mukamira au camp Gisenyi où ils ont été tués et leurs cadavres jetés dans le lac vert entre Goma et Sake. « Le Lieutenant Habyarimana Alexis qui était chargé de notre peloton m’a dit que c’était des complices arrêtés à Mulindi. Leurs corps ont été jetés au lac vert. C’était vers le 15 avril 1994. »

• Les Français ont continué à former les Interahamwe et les ex-FAR en exil au Congo. Le témoin évoque le camp de Bulengo, où il a vécu.

TÉMOIN N° 6 : ANONYME.

Identification : Ex-FAR, entré dans l’armée en 1989 ; formé à l’Ecole des sous officiers (Butare) jusque mai 1991 ; instructeur au camp Bigogwe ; affecté au bataillon 64 (appelé Zoulou, célèbre pour ses méfaits) ; puis au bataillon 65 au Mutara ; formé à l’artillerie à Mukamira ; retour au bataillon 65 au Mutara ; affecté à Ruhengeri ; exilé au Congo ; retour au pays et réintégration dans l’armée ; inculpation pour génocide ; aveu de culpabilité en 2000 ; condamné en 2006 à 12 ans de prison par Gacaca ; actuellement libre parce qu’il avait déjà épuisé les 12 ans en détention.

Éléments essentiels de son témoignage :

• Les Français ont donné un entraînement militaire et idéologique aux miliciens Interahamwe et aux ex-FAR. Le témoin évoque spécialement les militaires Français du DAMI (Détachement d’Assistance Militaire et d’Instruction) au camp Bigogwe et Mukamira. « Comme instructeur, j’étais une sorte d’intermédiaire entre les Français et les jeunes qu’on formait. Le Français faisait la démonstration d’une tactique sur moi ; ensuite j’appliquais la même tactique sur un autre tout en traduisant. »

• Les Français participaient aux combats aux côtés des FAR. Le témoin indique qu’à trois reprises, il a fait partie de l’équipe chargée de tirer au mor-tier contre les positions du FPR dans la localité de Kirambo (Ruhengeri). « Il y avait en tout 12 mortiers 105, et sur chaque engin étaient affectées 7 personnes. J’étais responsable du numéro 5. J’avais un adjoint français ainsi que deux autres à des postes techniques importants. Ces trois postes étaient particulièrement importants pour chaque engin, et ils étaient toujours occupés par des Français. Les Rwandais n’étaient pas encore bien formés pour manier ces nouvelles armes. La coordination de l’opération était assurée par un général français qui opérait à une certaine distance en compagnie du Colonel Serubuga, et c’est ce général qui nous donnait les institutions par transmission Radio (icyombo). »

TÉMOIN N° 7 : ANONYME.

Identification : Cultivateur, puis milicien Interahamwe formé à Bigogwe et Mukamira ; déployé à la barrière « poids lourds » au début du génocide ; envoyé combattre à Mburabuturo (Kigali) dans l’armée mais sans matricule ; exilé au Congo (Katale, puis Tingi-Tingi), revenu au pays, actuellement installé à Gisenyi.

Éléments essentiels de son témoignage :

• Les Français contrôlaient les barrières de protection . Le témoin les a vus à Shyorongi et Mukamira.

« À Mukamira spécialement, j’ai eu un grave problème. Nous venions de Kigali dans un taxi. J’étais avec mon cousin Mudenge qui travaillait à la limonaderie de la Bralirwa. Les Français demandaient les cartes d’identité… Mon cousin était Tutsi. Les Français lui ont demandé de sortir, et il est resté là. Je ne l’ai plus jamais revu. »

• Les Français entraînaient les Interahamwe. Le témoin affirme qu’au camp Bigogwe, lui et ses collègues miliciens recevaient une formation militaire et idéologique de la part des soldats Français.

• Les Français ont continué à fournir des armes qui ont servi au génocide. Le témoin est revenu sur le déchargement des armes à l’aéroport deGoma. À la question d’un Commissaire qui voulait savoir comment il avait su que ces armes provenaient des Français, il a rétorqué :

« Anatole et Bizumuremyi [officiers dont ils dépendaient, NDLR] sont venus nous dire : “les Français nous ont emmené des armes, venez les décharger”. Arrivés à l’aéroport, j’ai vu des gens habillés en tenue militaire qui parlaient Français. Quand nous commencions à ralentir le rythme de déchargement à cause de la fatigue, on nous a dit : faites vite, l’avion doit bientôt retourner à Bangui. »

Selon le témoin, ces armes ont le plus servi à tuer des civils Tutsi. Comme illustration, il dit qu’elles étaient principalement distribuées à 2000 Interahamwe au camp Gisenyi. Or, seuls 350 d’entre eux ont été envoyés combattre dans l’armée. Le reste a tué des civils dans les communes.

• Les Français ont continué à entraîner militairement les génocidaires en exil, à leur fournir des armes, des vivres et des soins médicaux. Le témoin donne en exemple un Centre de Santé dans lequel il a été lui-même hospitalisé à Katale, près de Goma, un centre de formation militaire dans le même camp, et un avion avec les insignes de l’UNICEF qui avait atterri à Tingi Tingi et qui leur avait livré armes et biscuits.

TÉMOIN N° 8 : ANONYME

Identification : Paysan ; originaire de Kibirizi (Gikongoro) ; vendeur de beignets ; a été arrêté en juin 1994 par des soldats Français à Gikongoro ; torturé puis largué du haut d’un hélicoptère dans la forêt de Nyungwe.

Éléments essentiels de son témoignage :

• Les Français torturaient et tuaient des civils soupçonnés d’être complices du FPR.

« J’étais assis à l’endroit habituel où je vendais mes beignets. D’un coup, un soldat Français m’a pris par la gorge en criant “debout”… Leur interprète m’expliqua que les réfugiés qui étaient à côté leur avaient dit que j’étais un complice des Inyenzi. Ils m’ont conduit dans des maisons où j’ai rencontré douze autres personnes battues et en train de saigner. Je ne sais pas ce qui est advenu à ces douze personnes. On m’a ligoté les mains sur le dos et enveloppé dans un sac jusqu’au cou. Les Français voulaient que je les conduise chez moi à Kibirizi. Ils m’ont jeté dans une jeep, et une deuxième était devant. J’étais allongé, le pied d’un soldat français sur mon coup, son arme sur ma joue. »

De retour de Kibirizi dans les Jeeps, les soldats Français ont fait monter le témoin dans un hélicoptère après l’avoir délié. Il était assis sur le côté, et la portière de l’hélicoptère était entrouverte. L’avion volait à une basse altitude (le témoin a indiqué le niveau du plafond de la salle de conférence où se déroulent les auditions, ndlr) et soudain, on l’a poussé dehors. C’était en plein milieu de la forêt de Nyungwe, à un endroit appellé Mu wa Senkoko.

Le témoin était sérieusement blessé comme le revèlent les traces sur son corps qu’il a exposées à l’assistance. Mais il a réussi à se relever et à s’appuyer sur un bâton pour rentrer chez lui. La forêt de Nyungwe lui était familière pour y avoir travaillé. Mais il lui a fallu toute une journée pour effectuer une distance qui normalement prend 2 heures à pied.

TÉMOIN N° 9 : BUGIRIMFURA CHARLES.

Identification : Ex-FAR dans l’armée en 1981 au Bugesera. Brevet de paracommando à Bigogwe en 1982 ; affecté au bataillon paracommando de Kanombe jusque 1994, déplacé jusque Kibuye, Gikongoro et Cyangugu (Nyarushishi) durant le génocide ; aujourd’hui démobilisé ; reconverti à l’agri-élevage.

Éléments essentiels de son témoignage :

* Les Français contrôlaient des barrières à Karuruma et Shyorongi.

* Les français ont créé et entraîné des corps spécialisés au sein de l’armée pour accomplir des tâches criminelles. Ces organisations travaillaient étroitement avec les escadrons de la mort. Il s’agit du CRAP (Commando de Reconnaissance en Profondeur), du DAMI (Détachement d’Assistance et d’Instruction) et du Commando de chasse.

* Les Français ont entraîné les Interahamwe à Bigogwe et Gabiro.

* Au cours de l’opération Turquoise, les Français larguaient des personnes vivantes du haut de deux hélicoptères dans la forêt de Nyungwe. Le témoin affirme avoir vu deux hélicoptères effectuer au moins cinq tours : un hélicoptère Gazelle des ex-FAR ; et un hélicoptère Puma de l’armée française.

* Les Français ont participé au génocide. Le témoin affirme les avoir vu à une barrière sur le pont de la Rusizi contrôler les identités et empêcher les Tutsi de fuir au Congo. Le témoin soutien que les Français appuyés par les Interahamwe poignardaient des Tutsi et les jetaient dans la rivière Rusizi.

« Pour la France, l’ennemi c’était le FPR et les Tutsi de l’intérieur », selon le témoin N° 7.

Avant, pendant et après le génocide, les soldats français ont appris aux auteurs du génocide que l’ennemi du Rwanda c’est le FPR et les Tutsi qui sont ses complices de l’intérieur du pays, selon le témoin N° 7 entendu sous couvert de l’anonymat par la Commission rwandaise qui enquête sur le rôle controversé de la France durant le génocide.

Ancien membre de la milice interahamwe - fer de lance du génocide dans la Préfecture de Gisenyi, le témoin N° 7 affirme avoir été formé par les soldats français pendant trois mois en 1993 dans le Camp Bigogwe situé à la limite des ex-Préfectures de Ruhengeri et de Gisenyi.

« Nous étions formés par des officiers rwandais et français. « Idéologie », c’était l’intitulé du cours dispensé par les Français. Dans ce cours, ils nous apprenaient comment identifier l’ennemi du Rwanda. Pour nos instructeurs français, l’ennemi c’était le FPR qui venait d’attaquer le pays et les Tutsi qui sont ses complices de l’intérieur ».

« En plus de l’Idéologie, ils nous apprenaient également l’Histoire du Rwanda. Sur le plan militaire, ils nous apprenaient le « combat sans arme ». C’està-dire comment nous devons nous défendre sans armes contre l’ennemi et ses complices de l’intérieur », a-t-il ajouté.

Le témoin N° 7 a indiqué à la Commission que la France avait continué à livrer les armes aux ex-FAR (Forces Armées Rwandaises) et Interahamwe durant le génocide. Au mois de mai 1994, il s’était rendu avec d’autres Interahamwe à l’aéroport international de Goma pour recueillir les armes livrées par la France.

« Nous étions partis dans des bus d’ONATRACOM (Office national de transport en commun, ndlr) et dans les camions de Félicien Kabuga [principal financier du génocide, recherché par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, ndlr] à l’aéroport international de Goma (est de la RDC) pour recueillir les armes des mains des soldats français », a-t-il dit.

« Nous étions partis à Goma à la demande du Colonel Anatole Nsengiyumva qui était responsable de l’armée à Gisenyi. Il nous avait dit que la France venait de nous envoyer des armes. Toutes les armes reçues avaient été distribuées aux Interahamwe de la Préfecture de Gisenyi qui s’en étaient servi pour exterminer les Tutsi », a-t-il précisé.

Après la défaite des forces génocidaires, ce témoin N° 7 s’était réfugié dans la Province du Nord-Kivu (est de la RDC). « J’avais été blessé durant les combats contre le FPR (Front Patriotique Rwandais, qui a vaincu les exFAR/Interhamwe) au Rwanda. Arrivé au Zaïre, j’ai été soigné dans un dispensaire mis en place par les Français à côté de l’aéroport international de Goma ».

« Après la guérison, j’avais rejoint d’autres Interahamwe dans le Camp de Katale (30 Km au nord de Goma, ndlr) pour une formation militaire dispensée par les Français. Ces derniers nous disaient qu’ils vont nous aider à reconquérir par la force le pouvoir au Rwanda ».

En 1996, le Rwanda a expédié ses troupes aux côtés des rebelles congolais de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération) pour, disait-il, stopper les incursions des ex-FAR/Interahamwe au départ de l’ex-Zaïre. « Au mois de novembre 1996, nous étions arrivés à Tingi-Tingi (nord-est de la RDC) fuyant l’avancée de l’AFDL. Un avion de l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’Enfance, organisation humanitaire) avait atterri sur la piste de Tingi-Tingi avec des armes qui nous avaient été distribuées pour que nous puissions contrer l’avancée des rebelles soutenus par le Rwanda », a-t-il révélé.

Les hélicoptères français jetaient les Tutsi dans la forêt de Nyungwe, selon un rescapé.

Un rescapé qui a requis l’anonymat a indiqué ce mardi à la Commission rwandaise qui enquête sur le rôle présumé de la France dans le génocide qu’il a été jeté dans la forêt de Nyungwe par des soldats français de l’Opération Turquoise.

Ce rescapé était commerçant à Murambi (ex-Préfecture de Gikongoro) qui faisait partie de la Zone Humanitaire Sûre (ZHS) mise en place par l’Opération française Turquoise. Il dit avoir été interpellé au bord de la route par les soldats français au motif qu’il était complice du FPR.

Les soldats français l’ont conduit dans un local dans lequel se trouvaient douze autres personnes interpellées. Toutes ces treize personnes ont été battues à mort par les soldats français. Par la suite, les soldats français ont enroulé ce rescapé dans un sac avant de le jeter dans une de leurs jeeps.

Les jeeps sont parties à Kibirizi, à plus de 5 Km de Murambi. Arrivés à Kibirizi, les soldats français ont embarqué le rescapé dans leur hélicoptère dont les portes étaient ouvertes. Parvenus au-dessus de la forêt de Nyungwe, les soldats français ont lâché le rescapé qui est tombé sur les branches des arbres, en pleine forêt de Nyungwe.

Dès qu’il a repris conscience, il s’est levé et il est parti se faire soigner à Kigeme. Il dit que ce trajet, habituellement effectué en deux heures, lui a pris toute une journée à cause des blessures. C’était au mois de juin 1994.

Ce rescapé d’une cinquantaine d’années a ôté son pantalon pour montrer aux membres de la Commission les cicatrices des blessures datant de cette période. Entre avril et juin 1994, la France est intervenue au Rwanda à travers l’Opération Turquoise avalisée par l’ONU.

La France dit que cette opération a permis d’empêcher un génocide total. Mais, le Rwanda accuse la France d’avoir aidé les génocidaires à travers l’Opération Turquoise.

UNEX-FAR A VU DES SOLDATS FRANÇAIS POIGNARDER À MORT DES TUTSI

Depuis le début des auditions publiques de la Commission rwandaise qui enquête sur le rôle présumé de la France dans le génocide, un témoin affirme pour la première fois avoir vu des soldats français tuer les civils tutsi à coups de poignard à Cyangugu et jeter les corps dans la rivière Ruzizi, a établi l’Agence Rwandaise d’Information (ARI).

Ce témoin s’appelle Bagirimfura Charles, ancien membre des ex-FAR (Forces Armées Rwandaises). Tous les témoins qui l’ont précédé ont parlé des ex-FAR et Interahamwe qui tuaient sous le regard indifférent des soldats français et non des soldats français qui tuaient de leurs propres mains.

Bagirimfura Charles faisait partie du bataillon paracommando basé à Kanombe, dans la périphérie de Kigali. Il est arrivé à Cyangugu en route pour l’ex-Zaïre où les forces génocidaires s’étaient réfugiées après leur cuisante défaite devant le Front Patriotique Rwandais en 1994.

Cyangugu faisait partie de l’Opération Turquoise décrétée au Rwanda entre avril et juin 1994 par la France avec l’aval de l’ONU. Dans sa déposition, Bagirimfura Charles affirme en outre que la France a formé avant le génocide des unités spéciales au sein de l’armée rwandaise qui devaient col-laborer avec les escadrons de la mort.

Charles a parlé de trois unités formées par les soldats français. Il s’agit du CRAP (Commando de recherche en profondeur), du DAMI (Détachement d’assistance militaire et d’instruction) et les commandos de chasse.

Ces unités devaient collaborer étroitement avec les escadrons de la mort dont le but était de tuer les Tutsi et les Hutu opposés au régime du Président Habyarimana, selon le témoignage de Bagirimfura Charles.

SYNTHÈSE DE LA 3ÈME JOURNÉE

Au cours de sa troisième journée d’audition, la Commission présidéepar Jean de Dieu Mucyo sur le rôle de l’État français dans le génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda a entendu 6 témoins parmi lesquels un expatrié.

TÉMOIN N° 10 : ANONYME

Identification : Ancien bourgmestre de Karama (Gikongoro) de 1982 à 1994 ; maintenu au même poste par les soldats français durant l’opération turquoise.

Éléments essentiels de son témoignage : 1) Les Français de l’opération Turquoise ont encouragé le génocide des Tutsi à Gikongoro sous prétexte de contrer l’infiltration des combattants du FPR. Selon l’ancien bourgmestre, un colonel de l’opération Turquoise a présidé une réunion de tous les 13 bourgmestres de l’ancienne préfecture de Gikongoro le 3 juillet 1994 au quartier général de Turquoise situé dans les bâtiments de l’ONG « S.O.S Village d’enfants » (Murambi). Il a donné instruction aux bourgmestres de demander à la population de renforcer les barrières des protection ainsi que les patrouilles nocturnes pour dépister d’éventuels Inkotanyi infiltrés. Le colonel français nous a dit : « nous voulons travailler avec vous pour protéger la population. Demandez à la population de nous aider à empêcher les Inkotanyi d’entrer dans cette zone ». Il nous disait cela à l’aide des cartes. Les Inkotanyi étaient déjà à Butare et à Gitarama. « Dites à la population de renforcer les barrières de protection et les rondes de nuit. Nous serons tout près avec nos véhicules et nos avions. » Les déplacés venus de Bugesera, Sake et

Mugesera (Kibungo), Butare et Gitarama entraient nombreux chez nous. Alors le colonel dit : « Les Inkotanyi peuvent enlever les uniformes et se mêler aux déplacés. Alors faites attention à trois choses : contrôlez les identités en mettant de côte les Tutsi ; regardez sur les épaules s’il n’y a pas de traces du port d’armes ; et vérifiez sur les jambes les traces des bottines. » Tous les Tutsi qui avaient pu échapper au génocide dans leurs communes d’origine ont été tués chez nous, parce que nous avons mis en pratique ces consignes. Au mois d’août 1994, après nomination de nouveaux bourgmestres par les Français, nous avons été appelés à une seconde réunion par le même colonel au Centre SOS. Il nous a répété les mêmes consignes en disant :

« renforcez les barrières. Faites de votre mieux pour que les Inkotanyi ne viennent ici et n’exterminent les Hutu rassemblés ici ». Les barrières ont été renforcées et les Tutsi ont continué d’être tués. Des fois, les Français me prenaient dans leurs Jeeps en tant que bourgmestre et pour leur servir l’interprète. Et sur les barrières, ils demandaient comment évoluait la situation. Nous pouvions évidemment voir des corps de gens fraîchement tués encore exposés sur la place. Alors les miliciens répondaient : « nous avons tué des Inyenzi ». Les Français se montraient satisfaits, et nous continuions ainsi les patrouilles. Les barrières les plus dangereuses se trouvaient sur les ponts des rivières comme Mwogo qui séparaient la zone Turquoise des régions occupées par les Inkotanyi. Là les miliciens tuaient et jetaient les cadavres dans les rivières. Je ne doute pas que parmi les cadavres repêchés dans le Victoria, il y ait ceux des Tutsi de Gikongoro. Chez nous, ce sont les Inkotanyi qui ont arrêté le génocide. C’est seulement quand le Lieutenant Colonel Zigira est devenu préfet que nous avons pu nous reposer des patrouilles nocturnes, des barrières et des tueries.

2) Les Français ont évacué vers le Congo tous les dignitaires du régime

génocidaire. Pour les haut dignitaires, ils utilisaient leurs hélicoptères, et pour les soldats, ils le faisaient par camions. Même mes collègues bourgmestres sont partis ainsi.

3) Les Français ont nommé de nouveaux bourgmestres et reconfirmé

trois anciens dans la préfecture de Gikongoro sur base ethnique. Les Français ont dû nommer dix nouveaux bourgmestres en remplacement de ceux qui venaient de partir en exil, et confirmer trois anciens dont moimême. Avant de me confirmer bourgmestre, un capitaine français m’a demandé : « es-tu Hutu ? » J’ai dit oui. « Mais tu ferais mieux de t’exiler. Les Inkotanyi sont proches et ils ne vont pas t’épargner. » J’ai répondu non. « Tu es alors Tutsi ? » J’ai dit non. « De quel parti politique es-tu ? » Du PSD [Parti Social Démocrate, NDLR]. « Mais c’est un parti des Tutsi. » J’ai répondu que c’est faux. Même les Hutu sont membres. Et je lui ai cité l’exemple de Frédéric Nzamurambaho qui était président de ce parti et qui était originaire de chez moi. Mais il n’étais pas convaincu. J’ai dû lui sortir ma carte d’identité avec mention Hutu. Et c’est seulement alors qu’il a pu me croire et me confirmer bourgmestre. Ils n’acceptaient pas qu’un Tutsi puisse devenir bourgmestre.

4) Les Français larguaient vivants des civils Tutsi dans la forêt de Nyungwe, après les avoir torturé.

C’était généralement des personnes soupçonnées d’être des Inkotanyi infiltrés ou leurs complices. Ils frappaient atrocement ces gens, leur ligotaient les bras sur le dos, les mettaient dans des sacs et écrasaient avec leurs bottines. Ensuite ils les faisaient monter dans des hélicoptères et les larguaient dans la forêt de Nyungwe. Une fois j’ai demandé à un soldat français pourquoi ils ne les tuaient pas purement et simplement sur-le-champ. Il m’a répondu qu’il y’avait deux raisons : « si nous les tuons ici, il y aura des traces. Ensuite, ça nous donnera un travail inutile de les enterrer. Or, Nyungwe est une forêt bien touffue. »

5) Les Français ont encouragé la population civile à fuir le pays devant le FPR en promettant d’assurer leur protection au Congo.

Vers le 20 août 1994, nous avons eu une autre réunion avec le même colonel français. Il a dit : « nous allons bientôt partir, et le FPR vient. Dites à la population de fuir. Demain nous avons des pourparlers avec le FPR, vous y serez aussi. » La rencontre avec le FPR a eu lieu à Maraba. Le chef de la délégation du FPR, le lieutenant colonel Zigira nous a demandé de rassurer la population, de leur dire que les Inkotanyi n’étaient pas des tueurs, et qu’ils venaient la semaine suivante. Après cette rencontre avec le FPR, les Français ont insisté pour que nous puissions dire à la population que si elle ne fuit pas, le FPR la décimera. Le 21 août 1994, il y a eu un grand défilé organisé par KalimanziraCallixte, un fonctionnaire de l’État, pour remercier les Français de nous avoir protégé. Ces derniers nous avaient distribué à l’avance de petits drapeaux de la France que nous agitions sur un parcours de plus de 4 kilomètres. Arrivés au stade du Centre SOS, le colonel Français a pris la parole pour dire : « notre mission est accomplie. Nous vous avons protéges jusqu’ici, mais maintenant nous allons partir. Si vous ne partez pas, le FPR vous tuera. »

Et comme il connaissait déjà quelques mots du kinyarwanda, il s’adressa directement à la population en disant : « Inkotanyi babi, kwica » (Inkotanyi mauvais, tuer). Et d’un geste de la main sur son cou ; il leur mimait l’acte de trancher la gorge. Ce même soir, une grande partie de la population prit le chemin de l’exil. Le souhait des Français était qu’en arrivant, le FPR ne puisse trouver aucun habitant.

6) La prétendue mission humanitaire de Turquoise n’était pas destinée aux Tutsi victimes du génocide, mais plutôt aux génocidaires Hutu.

Moi je parlais directement aux Français. À plusieurs reprises, ils ont répété : « nous venons protéger les Hutu qui sont ici, pour que les Inkotanyi ne les tuent pas ». C’est ainsi qu’ils ont exfiltrés les dignitaires Hutu responsables du génocide, et qu’ils pouvaient déclarer ensuite : « mission accomplie, personne n’a été tué ». C’est dans le même cadre aussi qu’ils encourageaient la population à fuir.

7) Les soldats français ont violé des filles et des femmes Tutsi survivantes du génocide alors qu’elles étaient encore sous le choc et le traumatisme.

Les Tutsi qui avaient échappé au génocide dans les collines environnantes étaient rassemblés à Karama où se trouvait le deuxième quartier général de Turquoise. Là, les Français choisissaient deux ou trois jolies filles qu’ils gardaient. Elles faisaient la lessive, préparaient à manger, balayaient et préparaient les lits des officiers Français. Quand nous y allions pour les réunions, on voyait ces Français les toucher et leur donner des baisers devant nous, des choses vraiment abominables dans notre culture. Et c’était clair qu’ils en avaient fait leurs femmes. Après environ une semaine, ils les envoyaient rejoindre d’autres survivants à Murambi et ils en prenaient de nouvelles.

Au quartier général de Turquoise à Murambi, la population accourait voir les Français à travers le grillage de la clôture. Pour la plupart, c’était la première fois de voir des Blancs. Alors les Français appelaient les filles parmi ces curieux et descendaient avec elles dans leurs tranchées. Celles qui en ressortaient racontaient que « les blancs les violent “en lèvrette” » (les prennent par derrière).

8) Les soldats français de l’opération Turquoise se sont déguisés en

agents des ONGs et sont revenus au Rwanda en période d’urgence. Ce qui est étonnant, c’est qu’il y en a parmi les soldats français de Turquoise qui sont revenus comme chauffeurs de l’ACF (Action Contre la faim, ONG de droit français). Il y a un que j’ai reconnu et que j’ai approché en lui demandant : « mais, n’est-ce pas que tu étais soldat ici à côté ? ». Il m’a répondu sèchement : « non ». Et la conversation s’est bien sûr arrêté là.

TÉMOIN N°11 : ANONYME. CACHÉ AU PUBLIC MAIS FACE À LA COMMISSION.

Identification : Voix de femme ; survivante du génocide ; vivait à Kigali au moment du génocide ; partie à Gikongoro en août 1994 à la recherche de ses enfants dont elle avait été séparée et qu’une famille amie avait protégés ; a été violée au quartier général de Turquoise à Gikongoro en présence d’un soldat français.

Témoignage :

« En plein génocide, j’ai été séparé de mes enfants. J’avais trouvé quelqu’unpour s’exiler avec eux, et moi je me suis réfugiée à Ndera. À mon retour à la maison, une personne amie m’a dit avoir aperçu mes enfants à Gikongoro. Alors je suis partie les chercher. » Après de longues péripéties, la femme arrive à Gikongoro. Dans la ville de Gikongoro, des Interahamwe de Kigali la reconnaissent et l’encerclent. Au moment où ils la traînent pour aller la tuer, une autre femme qui la connaissait et qui assistait à la scène court alerter deux soldats français qui prenaient de la bière dans un cabaret. Les Français interviennent, délivrent la femme et l’emmènent au cabaret avec celle qui les avait alertés.

Ils y passent environ une heure. L’autre femme prend congé après l’avoirinformé que la famille qui avait ses enfants avait déménagé à Kibeho. À ce niveau, le témoin interrompt son récit et soupire…

« Les Français m’ont finalement mis dans leur véhicule et m’ont conduit chez eux au SOS, et me montrèrent une tente avec un petit matelas où je devais me coucher… Vers 21 heures, un homme, un rwandais, est entré. Il me demande : « pourquoi es-tu là ? » Et je lui dis que je viens de Kigali et commence à lui raconter mon histoire. Tout d’un coup, il se déshabille et je vois qu’il veut coucher avec moi. Je bondis de mon lit pour sortir et j’aperçois au passage un jeune soldat français d’une vingtaine d’années. Quand je le supplie d’intervenir, il m’assène un coup de pied violent qui me projette au sol. Le violeur rwandais venait de se rhabiller du pantalon. » Pleurs… « Il se met à m’injurier, à dire que les Tutsi sont mauvais et me déclare : « je vais te violer, et après je te tue. » Il s’est mis aussitôt à me violer. Lorsqu’il était entrain de me violer, le Français est revenu et s’est mis à nous regarder. Quand j’ai levé les yeux, je l’ai aperçu et il est reparti. » Soupirs, pleurs… . Le violeur s’est ensuite endormi ; et la femme a décidé de sortir la nuit pour ne pas devoir se faire violer à nouveau au réveil de son agresseur. Dehors, un Français l’interpelle : « où vas-tu ? ». « Je vais boire de l’eau. » « Il y avait un robinet à côté. Je bus de l’eau et restai debout près du robinet jusqu’à l’aube. Au matin, le violeur me trouve là et dit : “penses-tu avoir trouvé là-bas un ciel où m’échapper ?” C’était un ouvrier chargé de fendre le bois pour les Français, et il se mit à fendre le bois. Plus tard, des soldats français vinrent me demander comment me conduire à Kibeho récupérer mes enfants. Je ne pouvais pas me plaindre de leur soldat ou raconter ce qui m’était arrivé. Ils m’ont finalement conduit à Kibeho et j’ai récupéré mes enfants. » Pleurs… « Ce qui me fait le plus mal, c’est que je n’ai nulle part où je puisse réclamer justice contre eux. »

TÉMOIN N°12:ANONYME.CACHÉAU PUBLIC, FACEÀ LA COMMISSION

Identification : Voix de femme ; survivante du génocide originaire de

Cyangugu ; réfugiée à Nyarushishi, violée quotidiennement par beaucoup de

soldats français.

Témoignage : Le récit de son parcours durant le génocide et avant de se retrouver à Nyarushishi est particulièrement long et atroce. Pendant plusieurs semaines, elle a sillonné les brousses, les rues et le stade de Cyangugu nue, assoiffée et affamée, avec son bébé. Un jour, des gendarmes au coeur sensible l’ont sauvé des miliciens qui allaient la tuer et lorsqu’ils lui ont donné à manger, elle a failli mourir de l’effet d’inanition. Les gendarmes l’ont réanimée puis elle s’est remise à se cacher. Une fois, un milicien l’a déniché dans la brousse et l’a violée. Elle s’est retrouvée plus tard au stade de Cyangugu d’où elle a été conduite à Nyarushishi avec beaucoup d’autres par le CICR venu de Bukavu, après d’effroyables péripéties. Les français sont venus et ont installé leurs tentes à côté du camp de Nyarushishi. Au bout de trois jours, ils avaient déjà identifié les tentes où il y avait des filles parmi les survivants. Il y avait aussi des gens qui venaient leur indiquer les filles. Au quatrième jour, ils ont commencé à nous conduire dans leurs tentes. Ils commençaient par nous donner des boissons et des cigarettes, ensuite ils nous déshabillaient. Ils m’ont violé cruellement, comme des animaux, et en prenant des photos. L’un mettait son sexe dans ma bouche, l’autre en bas, deux autres sur mes deux seins. Quand un groupe terminait, un autre venait. On se reposait quelques minutes, puis ça reprenait. Tantôt ils me prenaient par devant, tantôt parderrière. À quatre heures du matin ou à l’aube, ils me raccompagnaient dans ma tente. Le lendemain, c’était pareil.

J’ai finalement attrapé une grossesse qui a fini dans une fausse couche. J’avais une infection, mon sexe avait enflé. Une vieille femme du camp m’a soigné avec des herbes et de l’eau salée. Puis les viols ont repris. Il arrivait que celui qui m’a pénétré par le sexe ne termine pas dedans. Alors, il répandait son sperme dans mon dos. Et celui qui m’avait pénétré par la bouche éjaculait dedans. Il me demandait d’avaler en disant : ça ne te ferarien. Et j’avalais. À un certain moment, celui qu’on appelait Colonel parmi eux décida de me prendre pour lui tout seul. Il dit aux autres :

« Celle-ci m’appartient désormais, cherchez d’autres. Je suis resté avec lui environ quatre jours, puis ils sont partis. J’ai continué à souffrir de graves infections. J’ai plus tard été soignée par un médecin. Les Français m’ont laissé un T shirt de tenue militaire. Je le garde encore. »

TÉMOIN N° 13 : MICHEL CAMPION

Identification : De nationalité belge ; hôtelier (propriétaire de l’hôtel IBIS à Butare).

Éléments essentiels de son témoignage :

1) Les Français avaient une aversion particulière contre les Tutsi. Le témoin évoque deux incidents qui se rapportent à 1992, avec l’opération Noroît.

a) bagarre entre soldats français et étudiants Tutsi à l’Ibis à Butare : Il y avait entre 100 et 120 soldats français qui travaillaient à l’ESO (Ecole des sous officiers) et qui se restauraient à l’Ibis chaque jour. Ils mangeaient en trois shifts. Un sous-lieutenant payait collectivement la restauration en francs rwandais, mais les consommations individuelles de bières étaient payées en francs CFA, parce que leur solde était payée dans cette monnaie. Un jour, une bagarre éclate entre eux et des étudiants Tutsi. Poussés par une américaine qui était leur copine et qui était chercheuse dans un pro-jet de John Hopkins University, ces étudiants traitent les soldats français de “Interahamawe de Mitterand”. La bagarre éclate alors à la terrasse de l’Ibis après que des soldats français aient lancé : « Enfin, on va s’offrir du Tutsi. »

Selon le témoignage de l’hôtelier, la bagarre a occasionné beaucoup de casse, et c’est l’auditorat militaire français qui a dédommagé l’hôtel. Un officiel de l’ambassade de France a évidemment annoncé que les soldats français ne viendraient plus à l’Ibis et l’incident a effectivement fait perdre une grosse clientèle à l’hôtel.

b) Incident à la barrière de Nyabarongo. Un jour, je prends en lift un étudiant Tutsi de Butare vers Kigali. Arrivés à la barrière sur la Nyabarongo, un militaire français arrête la voiture et demande la carte d’identité de l’étudiant. Quand il remarque la mention « Tutsi », il lui dit : « sors de cette voiture, et va t’asseoir avec tes frères làbas. » Il y avait effectivement à côté un groupe de Tutsis arrêtés dans les mêmes conditions. J’ai essayé d’intervenir en disant au soldat français : C’est aux gendarmes rwandais de le faire, pas à toi. Ce pays n’est pas un protectorat français. J’ai refusé de livrer l’étudiant et j’ai demandé à voir le chef de poste. Quant ce dernier est venu, il m’a laissé continuer avec l’étudiant.

2) Les soldats français de l’opération Noroît sont revenus au Rwanda de

façon officieuse. Fin mars 1994, j’ai reconnu un lieutenant de l’opération Noroît à l’Ibis. Ca m’a étonné. Il me dit : « J’ai une copine anglaise. Je suis revenu la voir. Je suis à Djibouti. » Une semaine après, l’avion de Habyarimana saute. Le soldat était-il touriste ? Dans une période aussi trouble ? Et dans un pays où les Français avaient officiellement cédé la place à la Minuar ? C’est des coïncidences sur lesquelles on ne peut s’empêcher de réfléchir.

TÉMOIN N°14 : ANONYME

Identification : Né en 1972 ; ancien militaire ; originaire de Muko (Gikongoro) ; menuisier ; un des civils auxquels les soldats français de l’opération Turquoise ont donné une arme.

Éléments essentiels de son témoignage :

1) Les Français ont refusé la protection à six Tutsi qui les suppliaient.

Nous rentrions d’une mission de perquisition d’armes avec des soldats français. Sur la route, nous croisons six Tutsi qui disent provenir de Bisesero. Ils demandent aux Français de les prendre avec eux. Les Français leur demandent de dégager la route. Les Tutsi s’allongent par terre devant les véhicules pour insister. Un soldat français tire en l’air au-dessus d’eux. Les miliciens et la population des alentours accourent avec des gourdins et des houes en entendant le bruit. Les Français demandent à la population de faire partir les Tutsi du milieu de la route et ceux-ci s’exécutent. Les Français poursuivent leur chemin, et les Tutsi sont appréhendés sur-lechamp par les Interahamwe qui certainement vont les tuer.

2) Les Français torturaient des civils Tutsi soupçonnés d’être complices du FPR et les larguaient du haut des hélicoptères dans la forêt de Nyungwe.

Le témoin cite ici le cas d’un commerçant de Kaduha.

TÉMOIN N° 15 : ANONYME.

Identification : originaire de Cyangugu, enseignant, homme d’affaires ; bourgmestre de Karengera ; membre du bureau politique du PSD (Parti Social Démocrate) ; a participé au génocide des Tutsi ; a fait aveu de culpabilité.

Éléments essentiels de son témoignage :

1) Les Français connaissaient le plan du génocide et ils l’ont soutenu. Le témoin rappelle que l’intention d’exterminer les Tutsi avait déjà été annoncée dans les médias, à travers les chansons et les discours lors des rassemblements populaires (meetings). Les français étaient présents, ils observaient, ils savaient. Et curieusement, ils ont continué à soutenir le régime de Habyarimana sur le front militaire, sur les barrières, dans l’entraînement des milices, et la distribution des armes aux même milices.

2) À Cyangugu (Ntendezi), les Français ont suggéré aux génocidaires d’ouvrir les ventres des cadavres qui flottaient sur le lac et d’y loger des pier-res pour qu’ils puissent couler au fond des eaux.

3) Les Français ont pillé puis détruit les champs de cannabis dans la forêt de Nyungwe, et tué les employés qui géraient le projet pour effacer les traces.

4) Les Français violaient des filles et femmes Tutsi.

5) Ils tiraient sur les Interahamwe et leur prenaient de l’argent pillé.

6) Ils ont exfiltré les criminel et encouragé la population à s’exiler.

7) Ils ont continué à entraîner les criminels en exil et à leur fournir des armes.

8) Après leur défaite au Congo, ils ont exfiltré les dignitaires du régime génocidaire hors de la région.

UNE RESCAPÉE AFFIRME AVOIR ÉTÉ VIOLÉE PAR DES SOLDATS FRANÇAIS

Une rescapée a affirmé à la commission rwandaise qui enquête sur le rôle présumé de la France dans le génocide que des soldats français de l’opération Turquoise l’ont violée durant le génocide anti-tutsi d’avril à juillet 1994.

Cette rescapée qui a témoigné derrière les rideaux fait partie des Tutsi qui s’étaient réfugiés dans le camp de Nyarushishi (ex-Préfecture deCyangugu). À leur arrivée au camp de Nyarushishi, les soldats français ont consacré les trois premiers jours à l’identification des tentes qui abritaient les filles et femmes tutsi.

« À la tombée de la nuit, les Français saisissaient les femmes tutsi et les conduisaient dans leurs tentes. Je n’étais pas seule. Nous étions nombreuses. Arrivées dans leurs tentes, ils nous donnaient à boire ou à fumer, il nous photographiaient, après ils nous ôtaient les habits et nous étions par la suite violées », a-t-elle témoigné.

« Ils nous disaient qu’ils allaient montrer les photos prises à leurs femmes restées en Europe pour qu’elles voient la différence entre elles et les femmes tutsi », a-t-elle dit. Cette rescapée dit que les Français ont fait d’elle leur esclave sexuelle au point d’être violée par un groupe de quatre soldats au même moment. Elle était libérée le matin après que plusieurs groupes se soient relayés.

Ceci se passa durant toute la période au cours de laquelle les soldats français de l’Opération Turquoise sont restés au Camp de Nyarushishi. Cette rescapée a finalement attrapé une grossesse des soldats français. Cependant, elle avorta à cause des infections dans ses appareils génitaux parce qu’elle continuait d’être violée.

Depuis le début de la deuxième phase des auditions publiques, aucune réaction n’est jusqu’ici venue de Paris, qui dément toute exaction de ses soldats au cours des trois mois du génocide qui se soldèrent par la mort de plus d’un million des Tutsis.

La France, qui avait envoyé des troupes au Rwanda dans le cadre de l’Opération Turquoise approuvée par l’ONU, nie toute implication et affirme que cette Opération a empêché un génocide total au Rwanda.

« ENFIN ON VA S’OFFRIR DU TUTSI », SOLDATS FRANÇAIS DANS UNE BAGARRE AVEC DES ÉTUDIANTS TUTSI À BUTARE EN 1992

Une chercheuse américaine a provoqué en 1992 une bagarre entre étudiants tutsi et soldats français de l’opération Noroît à l’Hôtel Ibis de Butare, selon le témoignage du Directeur de cet Hôtel, Michel Campion, à la Commission rwandaise qui enquête sur le rôle présumé de la France dans le génocide.

La chercheuse américaine s’appelle Paula Maurowsky et travaillait dans la ville universitaire de Butare sur le SIDA pour le compte de l’Université américaine John Hopkins. Elle avait beaucoup d’amis parmi les étudiants tutsi de la Faculté de Médecine de l’Université Nationale du Rwanda située dans cette ville méridionale du pays.

Michel Campion a indiqué qu’il y avait 120 instructeurs français à l’Ecole des Sous-officiers (ESO) de Butare qui prenaient leur repas au restaurant de l’Hôtel Ibis et leur bière à la terrasse du même Hôtel tous les jours.

La chercheuse américaine incita les étudiants tutsi avec lesquels elle avait de bons contacts à aller s’en prendre à au moins 100 soldats français de l’Opération Noroît qui se trouvaient à la terrasse de l’Hôtel Ibis.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Ces étudiants tutsi sont allé crier sur les soldats français en les qualifiant des « Interahamwe » de Mitterrand. Et aux soldats français de dire : « Enfin on va s’offrir du Tutsi ». Et la bagarre éclata.

Il y eut de la casse et beaucoup d’autres dommages. L’Hôtel Ibis fut dédommagé par l’Auditorat Militaire français. Ce dernier s’en était excusé auprès du Directeur de l’Hôtel Ibis et a promis qu’il n’y aura plus de soldats français qui viendraient à l’Hôtel. Ce qui fût fait.

Michel Campion fit savoir à la chercheuse américaine qu’elle venait de lui faire perdre des clients en incitant les étudiants à s’en prendre aux soldats français. « Tu es en train de recevoir chez toi des gens qui viennent soutenir un régime criminel », avait-elle rétorqué.

LA FRANCE ACCUSÉE D’AVOIR DISTRIBUÉ DES ARMES AUX CIVILS DANS LA ZONE TURQUOISE

Le témoin N° 15 a indiqué à la Commission rwandaise que les soldats français de l’Opération Turquoise ont distribué des armes à des civils hutu dans l’ex-Préfecture de Gikongoro.

Ce témoin qui a requis l’anonymat s’était fait enrôler dans l’armée rwandaise en novembre 1990. Il avait même combattu contre le FPR (Front Patriotique Rwandais, au pouvoir depuis 1994). Après qu’il eût quitté l’armée en juin 1991 pour raison de santé, il s’est retiré dans sa commune d’origine, à Muko, située à Gikongoro.

Quand les soldats français de l’Opération Turquoise sont arrivés à Gikongoro, ils ont demandé à la population s’il y avait parmi elle des jeunes originaires de Gikongoro sachant manier des armes.

Ce témoin N° 15 fait partie des jeunes sélectionnés qui ont reçu des armes des mains des soldats français avec autorisation de posséder une arme dans la Zone Turquoise. La mission assignée aux jeunes sélectionnés était de s’assurer qu’il n’y a pas des soldats du FPR qui s’infiltrent dans la Préfecture.

Le véhicule de la Région Sanitaire de Nyamagabe a été mis à la disposition du groupe. Le carburant utilisé était donné par des soldats français. Par ailleurs, le témoin N° 15 dit que les soldats français ont procédé au remplacement des bourgmestres des communes par ceux de leur choix.

Le témoin N° 15 a parlé également du refus des soldats français de secourir les Tutsi réfugiés à Gikongoro après avoir échappé aux tueries dans les collines de Bisesero. Ces Tutsi ont dû barrer la route en se couchant à même le sol pour contraindre les soldats français à les mettre dans leurs jeeps.

Les soldats français ont alors tiré en l’air pour obliger les Tutsi à dégager la route. Les Interahamwe ont alors accouru vers le lieu après avoir entendu le crépitement. Les jeeps des soldats français ont démarré en laissant ces Tutsi à la merci des Interahamwe et des villageois munis des houes et des massues.

LA FRANCE ACCUSÉE D’AVOIR COMMANDITÉ LES MASSACRES DES BAGOGWE EN 1992

Le témoin N° 19 qui a requis l’anonymat a déclaré à la Commission rwandaise que les soldats français ont participé à la planification et à l’exécution en 1992 des massacres de Bagogwe, Tutsi originaires de Gisenyi.

« Les Français nous ont appris comment fabriquer les massues cloutées que nous avons utilisées pour tuer les Bagogwe en 1992. Ils disaient qu’il faut utiliser les massues pour ne pas gaspiller les munitions contre les civils Bagogwe sans armes », a-t-il dit.

« La guerre contre le FPR (Front Patriotique Rwandais, ndlr) ne se terminerait pas si vous n’exterminez pas les Bagogwe qui sont leurs complices de l’intérieur. Car en fait, les Bagogwe envoient les hommes et les jeunes gens valides rejoindre le maquis du FPR », insistaient-ils.

Cet ex-FAR dit que les instructeurs français leur apprenaient durant la journée les « tactiques » à utiliser pour exécuter les Bagogwe. Ces « tactiques » consistaient à une mission de reconnaissance durant la journée en vue d’identifier les maisons qui hébergent les hommes et les jeunes gens valides. Et la nuit était consacrée aux massacres.

Ce témoin affirme avoir tué au moins 10 Bagogwe au cours de trois attaques auxquelles il a participé avec les soldats français. Il se souvient avoir intercepté un homme au sortir de sa maison, le soldat français avec lequel il était- un sergent- a fait une clé de judo à cet homme et a recommandé par la suite à cet ex-FAR de l’achever avec la massue.

Le témoin N° 19 estime à 400 le nombre de Tutsi tués lors des massacres des Bagogwe survenus deux ans avant le génocide. Il a indiqué qu’il y avait au moins 40 soldats français au CECODO (Centre d’entraînement des commandos).

Il y avait au moins un soldat français dans chaque section qui allait opérer contre les Bagogwe.

Précisons que ce témoin était membre des ex-FAR (Forces Armées Rwandaises). Il s’est fait enrôler dans l’armée en 1991 et sa formation militaire a été dispensée par des instructeurs français au CECODO du Camp Bigogwe. Les instructeurs français se trouvaient au Rwanda dans le cadre de l’Accord d’assistance mutuelle qui existait entre le Rwanda et la France.

JETÉE D’UN HÉLICOPTÈRE FRANÇAIS, UNE RESCAPÉE AVORTA

Un rescapé a affirmé ce jeudi à la Commission rwandaise qui enquête sur le rôle présumé de la France dans le génocide de 1994 que son épouse a avorté après avoir été jetée d’un hélicoptère de l’armée française à côté du lac Kivu.

Cultivateur de son état, ce rescapé qui a requis l’anonymat s’était fait interpeller en compagnie de son épouse à Gikongoro en juin 1994 par les soldats français. Ces derniers les conduisirent à la base militaire de l’Opération Turquoise située au Village SOS. Lui, son épouse et quatre autres personnes rencontrées sur place furent frappés à mort par les soldats français et ligotés toute la nuit.

Le lendemain dans la matinée, toutes les six personnes furent conduites à Murambi avant d’être embarquées à bord d’un hélicoptère de l’armée française dont les portes étaient ouvertes. Toutes les six personnes furent jetées par terre au fur et à mesure par les soldats français présents dans cet hélicoptère.

La femme de ce rescapé qui était enceinte a dû avorter une semaine plus tard. Le témoin s’est fait briser la colonne vertébrale et a demandé le secours des membres de la Commission pour qu’il accède à des soins. Il n’est plus capable de s’adonner à son travail de cultivateur parce que son échine a été brisée. Par ailleurs, les quatre autres personnes sont mortes.

SYNTHÈSE DE LA CINQUIÈME JOURNÉE

La Commission Indépendante chargée d’enquêter sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda a entendu six témoins au cours de cette cinquième journée d’audition.

TÉMOIN N° 24 : ANONYME

Identification : Originaire de Butare ; simple paysan ; devenu Interahamwe durant le génocide ; aujourd’hui détenu à la prison de Karubanda (Butare).

Éléments essentiels de son témoignage :

1. Les Français ont supervisé la formation des Interahamwe au début du génocide à Kabutare, et les ont encouragé à pourchasser les Tutsi qu’ils appelaient « les Inkotanyi. »

2. Les Français ont encouragé la population de Butare à fuir en leur disant que les soldats du FPR allaient les tuer.

3. Les Français torturaient et larguaient des gens à partir de leurs hélicoptères à Gikongoro.

Le témoin déclare avoir été victime de ces actes à Murambi avec deux collègues ; et avoir vu huit personnes ligotées dans les mêmes conditions à Kibeho.

TÉMOIN N° 25 : ANONYME

Identification : Agé de 16 ans au moment du génocide ; originaire de Kibuye.

Éléments essentiels de son témoignage :

1. À Rubengera (Kibuye), les soldats français violaient des filles parmi les déplacés. Le témoin affirme avoir fait le proxénète en fournissant des filles aux français en contrepartie des biscuits et boîtes de conserve (beefs).

2. Dans le même camp de Rubengera, les soldats Français ont ordonné d’identifier les Tutsi en les appelant Inkotanyi. « Ce sont eux qui provoquent la guerre et l’exil », disaient les Français qui annonçaient également qu’ils venaient secourir les Hutu. Le témoin dit avoir vu un groupe de 12 Tutsi sélectionnés du camp dans ces conditions, et il ne sait pas ce qui leur est advenu.

TÉMOIN N°26 : ANONYME

Identification : Enseignant du primaire à Gishyita ; devenu un Interahamwe de grand renom ; a servi d’interprète au premier convoi des soldats français de l’opération Turquoise à Bisesero autour du 27/06/1994.

Élément essentiels de son témoignage :

1. Les soldats français de l’opération Turquoise n’ont pas voulu secourir les Tutsi de Bisesero.

2. Les soldats français voyaient les Interahamwe tuer les Tutsi et ils ont laissé faire.

3. Les soldats français ont battu un Tutsi à mort sur une barrière de contrôle d’identité à Cyangugu.

TÉMOIN N° 27 : ANONYME

Identification : Originaire de Bisesero (Kibuye) ; enseignant du primaire avant le génocide ; c’est lui qui a parlé au premier convoi des soldats de Turquoise qui ont visité Bisesero autour du 27 juin 1994.

Éléments essentiels de son témoignage :

1. Les soldats Français de l’opération Turquoise ont refusé de protéger les Basesero lors de leur première visite. Ils les ont par contre exposés à une plus grande cruauté des tueurs qui ont intensifié leurs attaques durant les trois jours qui ont suivi.

2. L’opération Turquoise était tout sauf humanitaire, surtout pas pour les Tutsi. Quand ils sont revenus pour la deuxième fois le 30/06/1994, ils n’avaient ni la logistique ni le personnel d’une opération humanitaire : ce sont les jeunes rescapés susceptibles de recevoir des instructions en français qui ont administré les soins aux blessés (nettoyer et panser les plaies, etc…).

Je n’ai pas vu un seul médecin français s’occuper directement des malades. Pour les blessés graves évacués à Goma, j’ai appris plus tard que les français recouraient à l’amputation des membres pour la moindre blessure. Une plaie au bras ou à la jambe, et ils vous amputaient le membre. Je connais un auquel on allait amputer la jambe et qui s’est sauvé. Aujourd’hui c’est un surveillant de prison valide, qui a fait beaucoup d’exercices physiques dans la suite. Un autre avait perdu deux doigts à la suite d’un coup de balle. Ils lui ont coupé la main.

3. Les soldats français ont soumis les blessés graves Tutsi Basesero évacués à Goma, à des traitements dégradants. Ceux qu’ils ont évacué vers Goma, ils les ont installés indistinctement dans une grosse tente à l’aéroport de Goma : hommes, femmes, vieilles enfants… Ils leur ont enlevé les guenilles qui leur restaient et les ont laissé complètement nus.

4. Les soldats français ont coupé les vivres aux survivants de Bisesero pour la simple raison que ces derniers avaient choisi de rejoindre la zone gouvernementale sous le contrôle du FPR.

Nous sommes restés ensemble pendant un mois. Un jour, le chef des soldats français me demande : voulez-vous rester avec nous ou rejoindre la zone gouvernementale ? Lorsque, après concertation avec les autres survivants, j’ai répondu que nous allions dans la zone gouvernementale, ils nous ont coupé les vivres. Le déplacement des survivants vers la zone sous contrôle de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) a duré une semaine et pendant tout ce temps, nous n’avons plus reçu ni nourriture, ni eau de la part des Français.

Ceux qui, tenaillés par la faim, allaient chercher des vivres dans leurs anciennes habitations étaient tués par les Interahamwe.

TÉMOIN N° 28 : ANONYME

Identification : Originaire de Gishyita (Kibuye) ; marié, père de cinq enfants et tuteur de quatre orphelins ; il était un commerçant moyen au moment du génocide.

Éléments essentiels de son témoignage :

• Les soldats français n’étaient pas venu secourir ceux qu étaient exterminés dans le génocide. Le témoin, qui avait une relation de parenté proche avec le bourgmestre de Gishyita (Sikubwabo Charles) et habitait le centre de Gishyita a eu le loisir d’observer l’attitude des soldats français. Ces derniers avaient trois positions à Gishyita où ils sont restés une semaine avant de se résoudre à apporter secours aux derniers survivants de Bisesero. Pendant tous ces jours, les soldats français côtoyaient les tueurs qui montaient à Bisesero tuer des Tutsi et redescendaient. Selon le témoin, les Français étaient parfaitement au courant des massacres contre les Tutsi de Bisesero qui étaient tout proche de Gishyita.

Ils entendaient parfaitement le crépitement des armes. Ils avaient des jumelles. Ils avaient des hélicoptères. Au moins une fois par jour, leurs hélicoptères patrouillaient au-dessus de Bisesero, Gisovu, Karongi, etc…

Le témoin avait caché des blessés Tutsi.

Déçu par l’attitude des Français, il n’a pas songé un seul instant à leur confier ces quatre survivants qui pourtant représentaient un poids réel pour lui. Les Français n’étaient pas venus sauver ceux qu’on tuait. Si c’était le cas, je leur aurais confié ceux que je cachais, parce qu’ils étaient un poids qui me pesait lourdement. Je voyais les tueurs passer à côté d’eux tous les jours, et les Français ne faisaient rien. J’ai compris qu’ils ne pouvaient pas être utiles.

TÉMOIN N° 29 : ANONYME

Identification : Ancien agent du Ministère de l’Education ; originaire de Mubuga ; arrêté en 1995 et actuellement en prison.

Éléments essentiels de son témoignage : Le témoin était très proche des sœurs de Sainte Marie établies à Mubuga, et de ce fait il a pu entrer facilement (sur recommandation) en contact avec les soldats de l’opération Turquoise qui selon lui sont devenus de grands amis. Son témoignage est à ce titre un des rares à ménager les Français :

1. Les soldats Français ont mis de longs délais à intervenir pour sauver les gens à Bisesero. Ils sont arrivés, selon le témoin, le 21 ou le 22 juin 1994, et ils ne sont intervenus à Bisesero que le 30 juin 1994.

2. Les soldats français ont pu secourir des gens. Le témoin cite le cas de deux filles qu’il avait cachées et que les Français ont évacuées, de même que les derniers survivants de Bisesero.

Il ajoute que si les Français n’ont pas été suffisamment efficaces, c’est en

raison de l’absence de l’administration. Par rapport à leur mission humanitaire, il y a des choses que les Français réalisaient, et d’autres qu’ils ne parvenaient pas à réaliser. Ils ont par exemple évacué les deux enfants qui étaient chez moi, et il me revient qu’il y en a qu’ils ont sauvé de Bisesero. Il faut dire aussi qu’il n’y avait plus d’autorité. Les gens pouvaient être agressés, et tués, sans moyen de faire le moindre recours.

LES TUTSI RÉFUGIÉS À BISESERO LIVRÉS AUX MAINS DES TUEURS PAR LES SOLDATS FRANÇAIS

Trois ressortissants de l’ex-Préfecture de Kibuye qui ont requis l’anony-mat ont indiqué à la Commission rwandaise que les soldats français ont livré aux mains des tueurs les Tutsi qui s’étaient retranchés dans les collines de Bisesero pour résister au génocide.

Un rescapé de Bisesero – 27ème témoin à être entendu – a fait savoir que les soldats français de l’Opération Turquoise sont arrivés à Bisesero (ex-Préfecture de Kibuye) le 27 avril 1994. Ce rescapé s’est avancé vers les jeeps des soldats français pour crier au secours. D’autres l’ont rejoint dans l’idée qu’ils allaient être protégés contre les attaques des miliciens interahamwe.

Les soldats français qui étaient lourdement armés ont manifesté peu d’intérêt à leur égard et ont promis aux rescapés de revenir dans trois jours. Durant ces trois jours, presque tous les rescapés de Bisesero ont été exterminés par les miliciens interahamwe.

« Les interahamwe venaient de réaliser qu’il y a encore beaucoup de Tutsi dans les collines de Bisesero parce qu’ils nous ont vu sortir de nos cachettes dans l’espoir d’être protégés par les soldats français. Après le départ des soldats français, les attaques des interahamwe appuyés par les militaires se sont intensifiées jour et nuit. Et quand les soldats français sont retournés à Bisesero, il n’y avait pres-que plus de survivants », a-t-il fait savoir.

« Les soldats français n’avaient aucune intention de nous secourir. Ils ne voulaient même pas nous parler. Ils l’ont fait à cause de la pression d’un journaliste qui était avec eux. Visiblement, ils étaient venus pour autre chose. L’un d’entre eux a même dit que Bisesero est un sanctuaire du FPR », a poursuivi ce rescapé.

Rentrés à Bisesero après trois jours, les soldats français se sont contentés de partager leur ration de combat avec les survivants qu’ils venaient de regrouper à un même endroit. Quand les rescapés de Bisesero ont émis le souhait de quitter la Zone Turquoise pour celle occupée par le FPR, victorieuse des forces génocidaires, les soldats français ont décidé de leur couper les vivres. À cause de la faim, certains rescapés ont dû se rendre dans les champs des environs à la recherche de la nourriture. Chemin faisant, ils tombaient dans les mains des interahamwe qui les achevaient.

Le témoin N° 28 entendu par la Commission habitait à Gishyita, tout près de l’une des trois bases militaires de l’Opération Turquoise à Kibuye. Il dit que les soldats français sont arrivés à Kibuye entre le 21 et le 22 avril 1994. Le témoin N° 28 a des relations de parenté avec Sikubwabwo Charles – génocidaire de renom – qui était bourgmestre de Gishyita.

Le témoin dit que les soldats français ont mis trois jours pour arriver à Bisesero alors que lui parcourt cette distance en quinze minutes à vélo ou en une heure de temps à pieds (quand il descend de Bisesero vers Gishyita). En cours de route, les soldats français faisaient des missions de reconnaissance.

Après avoir rencontré les Tutsis réfugiés à Bisesero, les soldats français sont retournés immédiatement à Gishyita. Du coup, les autorités administratives ont demandé à la population convoquée d’urgence d’intensifier des attaques contre les Tutsis réfugiés à Bisesero.

Ce rassemblement populaire qui a regroupé plus de 4.000 personnes dans le seul secteur de Gishyita eut lieu à côté de la base militaire de l’Opération Turquoise. Les ex-FAR, les interahamwe et d’autres villageois ont alors intensifié des opérations contre les Tutsi à Bisesero avec la complaisance des soldats français.

Le témoin N° 28 a indiqué que les hélicoptères français organisaient des missions de reconnaissance au-dessus des montagnes de Bisesero au moins une fois par jour pendant que les génocidaires exécutaient leur sale besogne.

À en croire le témoin N° 29, les soldats français savaient bel et bien que les interahamwe opéraient en toute quiétude contre les Tutsi à Biseserodepuis le début du génocide. Le témoin N° 29 enseignait à l’École Normale Technique de Kibuye et a eu des relations privilégiées avec deux Colonels français, Diego et Sartre.

Quand les soldats français sont arrivés à Kibuye, le Colonel Diego, qui était leur chef, a demandé au témoin N°29 la route qui mène à Bisesero sur la carte du Rwanda qu’il avait. Ce qui fut fait. Le témoin N° 29 lui a également parlé des Tutsi tués jour et nuit par les miliciens interahamwe à Bisesero. Le Colonel Diego s’est contenté de lui demander de lui décrire les miliciens interahamwe.

L’année passée, le Capitaine Thierry de l’Opération Turquoise est allé à la rencontre du rescapé de Bisesero cité plus haut, soit douze ans après le génocide. « Quand il m’a dit que c’est un ancien de l’Opération Turquoise, je n’ai pas voulu lui parler parce qu’il connaît mieux que moi ce qui s’est passé à Bisesero », a dit ce rescapé.

« Il m’a dit qu’il regrette leurs agissements à Bisesero, que les soldats français nous ont trahi sciemment, qu’ils s’étaient laissés duper par leur gouvernement. Il a alors décidé d’écrire un livre sur l’expérience qu’il a vécue à Bisesero en 1994 »,a encore ajouté ce rescapé.

Pour rappel, c’est plus de cinquante mille Tutsis qui ont été tués à Bisesero après avoir mené une lutte désespérée contre les tueurs durant le génocide anti-Tutsi d’avril à juillet 1994 au cours duquel plus d’un million de personnes ont péri.

SYNTHÈSE DE LA DERNIÈRE JOURNÉE

Ce lundi, 18 décembre, la Commission Nationale Indépendante chargée de rassembler les preuves de l’implication de l’État français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 a entendu six témoins dont un expatrié.

TÉMOINS N° 30, 31, 32, 33 : ANONYMES

Identification : Survivants de Bisesero ; gravement blessés puis évacués à Goma par les soldats Français de l’opération Turquoise dans des hélicoptères, sauf témoin n°32 qui a rejoint le Congo par le lac et a retrouvé les autres blessés graves de Bisesero à Goma pour chercher des soins auprès des soldats Français.

Éléments essentiels de leurs témoignages :

1. Les soldats Français ont infligé des traitements dégradants aux survivants Tutsi de Bisesero gravement blessés, qu’ils avaient évacués vers Goma. Ici les témoins sont unanimes pour affirmer qu’ils ont passé toute une semaine nus et dans la promiscuité. Les soldats Français les avaient dépouillé de leurs guenilles et les avaient placés dans un endroit où ils étaient souvent exposés au froid et au regard des curieux. C’est plus tard que des habitants de Goma (réfugiés rwandais de 1959) et le CICR ont commencé à leur distribuer des habits.

2. Ces survivants prenaient leur douche en groupe et à l’arrosoir. Ici, il y a eu une legère contradiction entre les témoins n° 30 et 33. Le premier parle d’une douche que les soldats Français faisaient prendre à des groupes de dix à quinze personnes, tandis que l’autre affirme que la douche était donnée à tout le groupe des survivants de Bisesero évacués à Goma à la fois, groupe dont il estime le nombre à soixante-dix personnes.

1. Les soldats Français ont expressément affamé les survivants Tutsi de Bisesero évacués sur Goma et ont refoulé les habitants de Goma qui leur apportaient à manger.

2. Les soldats Français amputaient systématiquement les membres à des blessés Tutsi survivants de Bisesero même quand ils pouvaient être soignés et guérir autrement. Un des témoins a vu sa jambe amputée de force malgré ses protestations ; deux autres ont énergiquement refusé et ils sont aujourd’hui bien portants et les membres intègres ; le quatrième témoin a quitté clandestinement le camp pour échapper à l’amputation de sa jambe et il est aujourd’hui en bonne forme.

TÉMOIN N° 34. ANONYME

Identification : Ancien planton de SOS village d’enfants à Gikongoro, lieu devenu plus tard quartier général de l’opération Turquoise.

Éléments essentiels de son témoignage :

1. Les soldats Français torturaient et jetaient des gens de leurs hélicoptères, dans la forêt de Nyungwe. Le témoin cite le cas d’un individu qu’il a vu faire monter dans un hélicoptère, escorté par deux soldats Français et un Rwandais.

2. Les soldats Français tenaient régulièrement des réunions à SOS avec des extrémistes Interahamwe.

3. Les soldats Français violaient des filles. Le témoin recevait souvent des Français de l’argent pour leur chercher des filles et du cannabis.

TÉMOIN N° 35. JEAN LOUP DENBLYDEN

Identification : De nationalité belge ; colonel de réserve de l’armée belge ; arrivé à Kigali le 10/04/1994 dans l’opération belge Silverback (pour l’évacuation des expatriés) ; a servi comme officier de liaison avec l’opération française Amaryllis qui était chargée d’une mision similaire pour les ressortissants Français ; réside aujourd’hui en Suisse comme « senior staff engineer » au sein de « European Organisation for Nuclear Research » à Genève.

Éléments essentiels de son témoignage :

1. L’armée belge a évacué vers Nairobi entre 200 et 300 Rwandais refoulés par l’Armée Française vers une barrière tenue par les ex-FAR à l’entrée de l’aéroport.

2. La centrale de communication du CND (siège du parlement) et de l’aéroport de Kanombe était contrôlée par les soldats Français.

3. L’hôtel de Milles Collines aurait été épargné des attaques durant le génocide parce qu’il hébergeait une « cellule de communication » de l’armée française.

4. Lorsque l’avion du président Habyarimana était abattu le 6/04/1994, les officiels belges n’étaient pas conscients de l’état critique de la situation. La famille de l’ambassadeur était à Kigali d’où elle a été évacuée dans un état de panique. L’attaché militaire de l’ambassade était en vacances en Tanzanie. Un état d’esprit qui n’était pas le même du côté français.

5. Lors du massacre des Bagogwe en 1992, il y avait des soldats Français sur le terrain. Les communications entre Kigali et cette région ont été coupées alors qu’elles étaient sous contrôle français. Il y avait à l’époque quatre ou cinq coopérants militaires dans la région.

6. L’assassinat du lieutenant colonel Ephrem Rwabalinda (ex-FAR qui avait été reçu par le chef de l’état-major personnel de Mitterrand, le général Quesnot, au moment du génocide), peut avoir été commandité par les services secrets français.

LA FRANCE REFUSA D’ÉVACUER DES RESCAPÉS ÀL’AÉROPORT DE KIGALI

Plus de deux cent rescapés furent évacués au début du génocide par les soldats belges de l’opération « Silverback » après avoir été refoulés par des soldats français de l’opération « Amaryllis » basés à l’aéroport international de Kigali.

Le but de l’opération « Silverback » était l’évacuation des ressortissants belges et d’autres expatriés tandis que l’opération « Amaryllis » fut décrétée par Paris pour évacuer les derniers ressortissants français au début du génocide.

Jean Loup Denblyden de l’opération « Silverback », l’officier chargé de liaison avec l’opération « Amaryllis », a été entendu ce lundi par la Commission rwandaise qui enquête sur le rôle présumé de la France dans le génocide.

Jean Loup Denblyden est arrivé à Kigali le 10 avril 1994, trois jours après le début du génocide. Il a dit aux sept membres de la Commission que l’aéroport de Kigali était subdivisé en deux zones, la partie belge et la partie française. Il affirme avoir vu les soldats français refouler les rescapés vers la barrière tenue par les FAR à l’entrée de l’aéroport.

« Les personnes refoulées venaient d’échapper aux massacres dans la ville de Kigali. Elles nous disaient leur peur de se rendre à cette barrière tenue par les FAR. Elles étaient dans une grande panique. C’est ainsi que nous avons décidé de les mettre dans la zone belge avant de les évacuer vers Nairobi », a indiqué Jean Loup Denblyden.

À la question de savoir s’il y avait des gens tués à cette barrière tenue par les FAR, Jean Loup Denblyden dit avoir aperçu des personnes couchées à côté des FAR quand il était monté au balcon de l’aéroport. Il ajoute cependant qu’il ne sait pas s’il s’agissait des cadavres ou pas.

Jean Loup Denblyden se souvient de la colère d’un soldat français chargé de trier les Rwandais. Ce soldat français de l’opération « Amarillys » avait une liste, preuve que les noms des Rwandais à évacuer étaient connus d’avance.

« Ça ne va pas, m’avait dit ce soldat français. Il était fâché de constater qu’il est obligé de refouler certaines personnes. Lui connaissait probablement ce qui se passait à cette barrière », a indiqué Jean Loup Denblyden devant la Commission rwandaise.

Ce soldat français a sollicité l’intervention de Jean Loup Denblyden auprès de sa hiérarchie pour que toutes les personnes menacées soient évacuées. Jean Loup Denblyden s’était alors adressé au Colonel Poncet, chef de l’opération « Amaryllis » au Rwanda.

« Ne te mêle pas dans une affaire française », avait rétorqué le Colonel Poncet. Jean Loup Denblyden estime entre deux cents et trois cents le nombre de rescapés qui ont eu la vie sauve grâce à l’opération belge « Silverback » après avoir été refoulés par les soldats français.

Débutée deux jours après « Amaryllis », l’opération belge « Silverback » a duré quatre jours. L’on ne sait pas le nombre de rescapés refoulés par les soldats français vers la barrière tenue par les FAR avant le début de l’opération belge « Silverback ».

Actuellement, Jean Loup Denblyden est « Senior Staff Engineer » au sein de « European Organisation for Nuclear Research » à Genève (Suisse). C’est le dernier témoin à être entendu par la Commission rwandaise dans le cadre de la deuxième phase de ses auditions publiques portant sur les témoins de fait.

AUDITION DES TÉMOINS NUMÉROS 3 ET 4 : ANDREW WALLIS ET PIERRE JAMAGNE

La Commission rwandaise sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda a auditionné ce lundi deux témoins : le journaliste et chercheur britannique Andrew Wallis ainsi que l’ancien coopérant belge Pierre Jamagne.

TÉMOIN N° 3 : ANDREW WALLIS

Identification du témoin : journaliste et chercheur, Université de Bradford, auteur de « Silent accomplice : the untold story of France’s role in the Rwandan genocide ».

Éléments essentiels de son témoignage :

Le témoin a d’abord décrit la politique africaine de la France fondée selon lui sur « la gloire de la France (le rayonnement de la France ), le calcul stratégique et la peur des anglosaxons. » Des accords économiques et militaires ont été conclus entre la France et beaucoup de pays africains à partir de 1962. Les accords militaires pouvaient être des accords de défense prévoyant des interventions directes de la France, ou alors des accords de coopération militaire. Entre 1962 et 1975, dix-neuf interventions de l’armée française ont été enregistrées en Afrique. Les troupes françaises en Afrique étaient au total 12.000 selon les autorités françaises, entre 16.000 et 19.000 selon les experts.

Pour Wallis, l’intervention française au Rwanda s’appuyait sur une triple motivation : l’anxiété ou la peur des anglosaxons, les difficultés stratégiques et les relations familiales entre Habyarimana et Mitterrand. S’agissant du degré de responsabilité de la France dans le génocide des Tutsi, le témoin affirme que la France est coupable de complicité de génocide, avec les mêmes responsabilités que les criminels eux-même. « La France avait une multitude d’informations sur ce qui se passait sur le terrain ; en outre elle a formé et armé les génocidaires. »

TÉMOIN N° 4 : PIERRE JAMAGNE

Identification du témoin : coopérant belge au Rwanda de 1991 à 1994. Il a travaillé dans le domaine de l’élaboration de la carte pédologique du Rwanda. Il était basé à Kigali, mais a travaillé également à Ruhengeri, Byumba et Bugesera.

Éléments essentiels de son témoignage :

Le témoin a vu en 1992 des soldats français en tenue militaires, couverts de branchages, arborant des fusils d’assaut avec des visages noircis, en direction du front vers Byumba.

En 1993, il a vu plusieurs fois des camions militaires français tirant des canons.

Au cours de ses recherches pédologiques, le témoin est tombé en 1993 sur une position militaire française sur le mont Jali.

Après le départ officiel des soldats français en 1993, le témoin a rencontré un militaire français en civil à l’hôtel Rebero l’horizon.

Un ami français avait confié au témoin que les officiers français désignaient les soldats du FPR par « khmers noirs. »

Vers 1994, les militaires rwandais et les miliciens creusaient des tranchées dans la ville de Kigali. Le chef hiérarchique du témoin lui expliquera que ce sont les Français qui font creuser ces trous.

Le responsable de la sécurité à l’ambassade de France au Rwanda avait déclaré que l’ambassade de Belgique ne prenait pas des mesures de sécurité sérieuses contrairement à l’ambassade de France qui avait toutes les informations du terrain.

Après l’attentat contre l’avion de Habyarimana, la veuve d’un coopérant français ainsi qu’un officiel de l’ambassade de France à Kigali avaient déclaré que ce sont les Belges qui ont abattu l’avion de Habyarimana.

Après la chute de l’avion de Habyarimana, une fête a été célébrée dans la maison d’un officier supérieur des FAR dans le quartier Kiyovu, près de l’endroit où habitait le témoin.

Au début du génocide, des coopérants belges ont vu des Français livrer des armes aux génocidaires à Kanombe lors de leur évacuation.

Selon le témoin, les Français sont complices du génocide. Les autorités françaises avaient un degré de renseignement très élevé. Ils ne pouvaient pas ne pas être au courant de la préparation du génocide. Ils ont assuré l’encadrement, la formation et la livraison d’armes aux génocidaires.

« LA FRANCE A UTILISÉ LA MÊME TACTIQUE QU’HABYARIMANA » UN COOPÉRANT BELGE

Pierre Jamagne qui a travaillé entre 1991 et 1994 dans la coopération belge au Rwanda affirme que le soutien déclaré du Président français Mitterrand aux Accords de Paix d’Arusha était en nette contradiction avec la politique de la France au Rwanda.

« La France faisait ce que Habyarimana disait en Kinyarwanda. Habyarimana parlait de réconciliation en Français et incitait à la haine ethnique en Kinyarwanda. De même, la France soutenait les Accords d’Arusha dans la parole mais continuait à livrer les armes aux FAR et à former les milices extrémistes », at-il déclaré devant la Commission rwandaise qui enquête à charge sur le rôle de la France dans le génocide.

Pierre Jamagne travaillait sur un projet de carte pédologique du Rwanda. Il a été à Ruhengeri, à Byumba et à Bugesera. Il affirme avoir vu en mai 1992 des militaires français à Byumba en tenue de combat, fusils d’assaut, visages noircis. « Plusieurs fois, j’ai vu des camions français se diriger vers la ligne de front dans le nord du pays », dit-il. Pierre Jamagne a parlé des témoignages qu’il a recueillis auprès des autres coopérants. Notamment celui de son collègue de la coopération belge travaillant dans le nord qui a affirmé « l’existence d’une position française à proximité des marais de Rugezi en 1993 », et « avoir vu les Français derrière les canons ».

Après l’attaque de Rulindo qui avait mis la ville de Kigali à la portée du FPR, Pierre Jamagne est tombé sur une position française au Mont Jali au cours d’une recherche pédologique. « C’était une position plutôt défensive. Les soldats français ont mis en place un périmètre de sécurité après l’attaque du FPR sur Rulindo », a-t-il précisé. Pierre Jamagne a évoqué le témoignage d’un ami rwandais dont il n’a pas décliné l’identité selon lequel les soldats français insultaient les FAR parce qu’ils battaient en retraite.

Pierre Jamagne affirme également que les soldats français n’ont pas quitté le Rwanda comme prévus par les Accords d’Arusha. Il a parlé d’une présence dissimulée des soldats français alors que leurs contingents étaient supposés avoir quitté le Rwanda en décembre 1993. « J’ai rencontré un militaire français à Rebero. Coupe de cheveux à la légionnaire ou à la marine. Cette présence m’a étonné car la France s’était engagé à retirer tous ses soldats du Rwanda après les Accords d’Arusha », a-t-il poursuivi.

Pierre Jamagne a ajouté qu’un ami français dont il n’a pas voulu décliner l’identité lui a dit que des instructeurs français à l’état-major des FAR utilisaient le mot « Khmers noirs » pour désigner le FPR. Il a parlé aussi des trous de fusilleurs creusés à Kigali par les miliciens et les forces loyalistes. Le chef de section de son projet, Alain Gallez, lui a dit que les miliciens et les FAR les faisaient à la demande des Français.

Le responsable de la sécurité à l’Ambassade de France à Kigali, Tony Murzi, avec qui Pierre Jamagne avait des contacts privilégiés s’était dit étonné de constater que l’Ambassade de Belgique ne prenait pas de mesures sérieuses de sécurité alors que celle de la France était au courant de ce qui se passait. « L’Ambassade de France suivait tout ce qui se passe dans les quartiers, elle avait un réseau d’information efficace », a-t-il déclaré.

Pierre Jamagne a quitté le Rwanda dans la deuxième quinzaine du mois d’avril pour le Burundi en passant par la frontière rwando-congolaise de la Ruzizi. Le 26 avril, il était déjà à Bruxelles mais il continuait à téléphoner au Burundi à quelqu’un qui était chargé de vendre son véhicule. Fin avril – début mai, Pierre Jamagne a appelé au Burundi mais il a intercepté une conversation entre deux personnes qui s’exprimaient avec un accent français. « Le Rwanda a un gouvernement légitime », disaient-elles. « C’est-à-dire le gouvernement intérimaire qui était en train de commettre le génocide. L’accent était français. C’était des Français. Ce n’était pas des Belges », a-t-il dit.

En avril 1994, l’Ambassadeur de Belgique à Kigali, Johan Swinnen, a dit qu’il va « organiser une conférence de presse parce qu’un grand pays n’a pas joué son rôle dans les Accords d’Arusha ». Cette conférence de presse n’avait pas eu lieu et l’Ambassadeur Johan Swinnen qui est aujourd’hui en poste à Kinshasa n’a pas jusqu’à ce jour révélé le nom du pays auquel il faisait allusion.

Le Colonel Luc Marchal de la MINUAR a affirmé devant la commission d’enquête du Sénat belge que la France a continué à livrer les armes aux FAR au-delà du 6 avril. Bernard Debré, à l’époque Ministre français délégué à la Coopération, l’a également reconnu. Ça montre que la France n’a pas respecté l’embargo, qu’elle a violé les accords d’Arusha. Ça rejoint les affirmations de l’Ambassadeur Johan Swinnen quand il dit qu’un grand pays n’a pas joué son rôle dans les Accords d’Arusha.

Le chef de section de son projet, Alain Gallez, a affirmé à Pierre Jamagne que les Français livraient les armes aux FAR à l’aéroport de Kanombe lorsqu’ils évacuaient le Rwanda. Ce qui est aussi attesté par le Colonel Luc Marchal qui était responsable des casques bleus belges de la MINUAR.

« Luc Marchal dit que cette livraison d’armes n’a pas de rapport avec le génocide. Moi, je ne suis pas de cet avis. Quand vous livrez les armes aux FAR qui collaborent étroitement avec les milices extrémistes, ça renforce le dispositif du génocide », affirme-t-il.

Pierre Jamagne a également évoqué certaines confidences obtenues auprès du Major Edouard Gasarabwe des FAR avec lequel il avait de bons contacts. « Il me demandait pourquoi la Belgique a suspendu la livraison d’armes au Rwanda alors que la France continue de le faire », a confié Pierre Jamagne qui a terminé sa déposition en accusant la France de « complicité de génocide ».

LA DOTATION EN ARMES DES GÉNOCIDAIRES A ÉTÉ FINANCÉE PAR LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS

Martin Marschner von Helmreich, partenaire de la Caisse Centrale deRéassurance (CCR), a indiqué que des sociétés de l’État français ont financé l’achat d’armes utilisées par les forces génocidaires, par l’entremise de la BNP-Paris.

De nationalité allemande, Martin Marschner est né le 4 août 1957 à Hambourg. Diplômé en sciences politiques à Bordeaux, section Economie et Finances, il est arrivé pour la première fois au Rwanda en 1987, afin de rencontrer l’Ambassadeur d’Allemagne à Kigali.

Martin Marschner, qui vit actuellement dans la principauté de Monaco, a été entendu hier, lundi, par la commission rwandaise qui enquête sur le rôle de la France dans le génocide. Il avait signé une convention de courtage financier avec la CCR et déposé jusqu’à 20 milliards des francs français, appartenant à ses clients, soit trois milliards d’euros, faisant de lui le principal partenaire, avec près de 80 % de dépôts.

La CCR a été fondée en 1945 par le général Charles de Gaulle, pour permettre à la France de se développer, en créant une compagne de réassurance auprès de laquelle toutes les autres sociétés pourraient transférer leurs risques. Elle n’a pas de statut juridique propre, elle dépend du trésor public, selon le témoin.

La Caisse Centrale de Réassurance couvre un certain nombre de risques, allant des calamités agricoles à ceux de l’armée française à l’étranger, notamment les risques attenants à la présence de ses navires dans des zones à risque, ainsi que les retraites de l’armée.

Le 29 août 1994, la CCR signalait au témoin qu’elle avait perdu un milliard de francs français appartenant à Rochefort Finances, sa filiale. En tant qu’expert des questions financières, Martin Marschner rétorqua qu’il est impossible de perdre autant d’argent sans fournir d’explication circonstanciée. « Il y a des procédures, des règlements. Vous devez me donner des explications. Qu’est-ce que je vais dire à mes clients ? », demanda-t-il à la direction de la CCR.

Le 14 septembre 1994 survint un coup de théâtre : le trésor public français remboursa cet argent. « Une société étatique qui perd un milliard et, 15 jours plus tard, le contribuable qui renfloue la somme, sans aucun élément d’explication, cela constitue un événement anormal. Le contribuable français a ainsi remboursé l’argent détourné par ses dirigeants pour financer le génocide », a affirmé M. Marschner.

Considérant cette période, courant de janvier à août 1994, et se référant aux rapports de l’ONU et de la société civile française, le témoin a conclu qu’il ne subsiste aucun doute sur le fait que les fonds détournés ont servi à l’achat d’armes utilisées par les forces génocidaires.

Martin Marschner a décrit lundi, devant la commission d’enquête, l’implication financière occulte de la France dans le génocide, les mécanismes de détournement, et les fonds strictement occultes qui ont transité par la BNPen provenance des sociétés de l’État français.

« Si vous trouvez à la BNR [Banque Nationale du Rwanda. NDLR] un document comptable sur la livraison d’armes au cours de cette période, sachez que c’est l’argent de mes clients, détourné, qui a servi à cette opération », a encore déclaré Martin Marschner.

« Ce qui est intéressant, précise le témoin, c’est de constater que moi, qui cherche où est parti l’argent de mes clients, je tombe sur un numéro de compte à la BNP. Vous, qui cherchez d’où est venu l’argent qui a financé les livraisons d’armes aux FAR, vous tombez sur le même compte ! ».

Marschner a émis le souhait de voir l’État rwandais se constituer partiecivile dans le procès qui l’oppose, depuis 1994, à l’État français, du fait que la Caisse Centrale de Réassurance, dépendant du trésor public, a financé de manière occulte le génocide de 1994, dans lequel plus d’un million de Tutsi ont péri.

Dans leurs conclusions, les ONG françaises constituées en Commission d’Enquête Citoyenne (CEC), affirment que la Banque Nationale du Rwanda, dépositaire du trésor de guerre des organisateurs du génocide, a pu tirer des sommes considérables sur la Banque de France et la BNP Paris : FF 2 737 119,65, en six prélèvements, du 30 juin au 1er août, pour la Banque de France, et FF 30 488 140,35, en sept prélèvements, du 14 au 23 juin 1994, pour la BNP.

La CEC se demande également comment la Banque de France a pu procurer des moyens financiers (dont 1 500 000 FF, le 1er août 1994, alors que le gouvernement responsable du génocide, et sa banque, avaient quitté le Rwanda depuis un mois) aux auteurs d’un génocide commencé le 7 avril.

La Commission se demande pourquoi la France et la BNP n’ont pas davantage coopéré avec la commission d’enquête des Nations Unies, à propos de la double livraison d’armes aux FAR, évoquée plus haut, en provenance des Seychelles, à la mi-juin 1994, impliquant l’intermédiaire sud-africain Ehlers et le colonel Bagosora, et dont le paiement est venu de la BNP Paris.

Martin Marschner a fait savoir que toutes ces transactions occultes se sont effectuées alors que l’actuel Chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy, était ministre du budget. Alexis Ruset et Terraillon étaient respectivement président et directeur de la CCR.

Dès qu’il eut la preuve que les 40 millions de francs français, détournés par la filière Rochefort Finances, ont été utilisés dans l’achat d’armes et qu’il eut identifié le numéro de compte à la BNP, Martin Marschner a soulevé, en 1994 déjà, la question des livraisons d’armes vers l’Afrique. Il le fit notam-ment lors d’un entretien avec Paul Dijoud, alors Ministre d’Etat de Monaco. Paul Dijoud qui fut, avant d’être nommé à ce poste, Directeur Afrique au Quai d’Orsay, ne s’est pas inquiété outre mesure.

Paul Dijoud, probablement doué de capacités prophétiques, est également connu pour avoir dit sèchement à Paul Kagame, alors chef de la branche armée du FPR, et à sa délégation, en 1992, « si vous n’arrêtez pas la guerre, vous trouverez tous vos frères déjà exterminés à votre arrivée à Kigali ». Paul Kagame, l’actuel président du Rwanda, avait été invité en 1992 à Paris par la France, désireuse de trouver une solution au problème du Rwanda en guerre.

« Tous savaient, ils ont agi en connaissance de cause », a accusé Martin Marschner, avant de conclure à une implication financière directe de la France dans le génocide.

AUDITION DES TÉMOINS NUMÉROS 6 ET 7 : JACQUES COLLET ET PIERRE RICHARD

La Commission rwandaise sur l’implication de la France dans le génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda a auditionné ce lundi deux journalistes belges, Jacques Collet et Pierre Richard.

TÉMOIN N° 6 : JACQUES COLLET

Identification du témoin : journaliste photographe, né au Rwanda en 1947, a travaillé pour Associated Press, Reuters, Belga, et actuellement, l’Agence France Presse.

Éléments essentiels de son témoignage :

Les Français ont inspiré et encadré le simulacre des combats de la nuit du 4 octobre 1990.

Le journaliste était à l’époque logé avec d’autres journalistes à l’hôtel des Milles Collines. Le lendemain, des soldats Français de la légion étrangère ont déclaré aux journalistes que « cette nuit, ça s’est battu violement ». Selon le témoin qui a fait le service militaire et qui a couvert comme journaliste plusieurs zônes de conflit dans le monde, le rythme des tirs permettait à lui seul de se rendre compte qu’il s’agissait d’un simulacre. Selon Jacques Collet, l’objectif du simulacre était de « permettre des arrestations massives, créer la panique à Kigali et justifier les exactions ultérieures ».

Les soldats Français étaient solidaires des FAR et miliciens Interahamwe dans les combats.

1. Le témoin affirme avoir vu en avril 1994, des FAR déployer des cartes et les scruter avec des parachutistes Français à l’aéroport de Kanombe.

2. Le témoin avait recueilli auparavant des témoignages faisant état de la formation des Interahamwe à Kanombe par des soldats Français.

3. En mai 1994, Jacques Chollet et un collègue journaliste Belge travaillant pour des magazines français voulaient se rendre à Butare par le Burundi. Son collègue s’est alors fait dire par son ami officier Français : « vous allez vous faire flinguer. N’allez surtout pas à Butare, des soldats français des troupes d’élite encadrent encore les FAR qui sont aux abois. S’ils voient un journaliste quel qu’il soit, ils vont l’abattre eux-mêmes. »

4. Vers mai 1994, le témoin a été approché à Bruxelles par deux individus qui prétendaient être respectivement photographe et reporter du journal Crapouillout de l’extrême droite. Ils lui demandaient de les accompagner jusqu’auprès du FPR par le sud du Rwanda. Le témoin s’est rendu compte qu’ils avaient un matériel amateur et a douté de leur identité. L’un de ses interlocuteurs a fini par avouer qu’ils n’étaient pas journalistes, mais qu’ils voulaient qu’il les introduise auprès de Paul Kagame pour lui vendre du matériel militaire performant. Le témoin a refusé leur offre en les référant à la représentation du FPR à Bruxelles. Plus tard, il a su que c’était des éléments de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure). Ils voulaient certainement, selon l ‘analyse du témoin, infiltrer les troupes du FPR ou repérer ses positions.

LES FRANÇAIS SE COMPORTAIENT AU RWANDA COMME EN TERRITOIRE CONQUIS DURANT LE GÉNOCIDE

1. Au début du génocide, une trentaine de journalistes belges et étrangers se trouvaient à l’aéroport de Kanombe d’où ils partaient sous escorte militaire pour faire des reportages et rentrer. Au même moment, les journalistes Français étaient logés à l’hôtel des Mille Collines. Ils circulaient librement en ville sans escorte parce que les FAR et les miliciens Interahamwe les prenaient pour des alliés.

2. Quand les journalistes belges se faisaient escorter par des parachutistes belges en bérêts verts, les Interahamwe se faisaient menaçants sur les barrières en faisant des signes de leur couper la gorge à la machette. Quand ils étaient escortés par des para belges en bérêts rouges, les Interahamwe les prenaient pour des Français et ils levaient le pouce en signe de victoire en disant : « n’abacu, n’abacu » (ce sont les nôtres, ce sont les nôtres).

• Des piolets ont été importés de France pour fendre les crânes des Tutsi durant le génocide. Le témoin s’est étonné d’en voir deux ou trois à Kigali en novembre 1994. Peu après, un témoin lui a révélé qu’environ 50.000 piolets avaient été importés de France durant le génocide. Habituellement conçus pour un usage alpiniste, ces piolets étaient emmenés au Rwanda comme des armes redoutables. Ils auraient servi à fendre les crânes des Tutsi durant le génocide.

• Le témoin a appris récemment d’une personne proche qu’en date du 12 avril 1994, « trois corps de blancs vêtus d’uniformes de l’armée française flottaient dans la rivière Akagera ». Son interlocuteur qui habitait le Buganza (est du Rwanda) les a vus lorsqu’il traversait le même jour vers la Tanzanie.

• La France a continué à approvisionner en armes les FAR et Interahamwe après le génocide. Un cousin du témoin qui est pilote de ligne a confirmé récemment au témoin que des avions avec plan de vol sur l’Egypte n’atterrissaient pas dans ce pays mais plutôt à Goma, où ils déchargeaient des caisses de munitions pour les FAR et Interahamwe. Ceci se passait en 19961997.

TÉMOIN N° 7 : PIERRE RICHARD

Identification du témoin : Journaliste, romancier et chercheur. De nationalité belge, il a écrit un roman et un essai sur le génocide des Tutsi au Rwanda : « Moi, Alexandre Pivoine de Mortinsart, Ambassadeur au Rwanda » en 1993, et « Casques bleus, sang noir » sur les responsabilités de l’ONU dans le génocide en 1996. Comme journaliste, il a travaillé pour la Deutche Welle, le journal l’Humanité, et la Tageszeitung.

Éléments essentiels de son témoignage :

En 1993, le témoin a vu à la sortie de Kigali sur la route de Gisenyi, derrière un barrage tenu par des FAR, des soldats Français armés encadrant ce barrage.

À Gisenyi, le témoin a vu d’autres soldats Français plus détendus, mais un agent humanitaire ami du témoin lui a déclaré que ces soldats Français encadraient des FAR et Interahamwe qui tuaient déjà des civils dans la région.

Après le génocide, le témoin est revenu à Kigali où il a séjourné surtout chez Marc Vaiter qui gérait un orphelinat dans l’enceinte de l’ancienne école française. Ce dernier lui a dit combien il avait été outré par le comportement de Bernard Kouchner. Celui-ci avait proposé à Vaiter de l’évacuer, mais sans les orphelins rwandais dont il s’occupait. Marc Vaiter a choisi de rester. Mais il ne voyait dans les initiatives de Bernard Kouchner au Rwanda durant le génocide, rien qu’un show médiatique.

Dans un témoignage enregistré, le colonel Luc Marshal, ancien numéro 2 de la MINUAR et chargé de la sécurité à Kigali a confirmé au témoin que durant le génocide, des avions français déchargeaient des caisses de munitions à l’aéroport de Kanombe, à destination des FAR.

La France n’était pas disposée à respecter le mandat et le délai de l’ONU pour son opération turquoise. Selon le témoin qui s’appuie sur ses propres enquêtes, six soldats français avaient été fait prisonniers aux combats par le FPR. Au terme des négociations par satellite entre Kagame et Mitterrand, il a été convenu que les Français s’en tiendraient désormais au mandat fixé par l’ONU, s’ils souhaitaient que le FPR ne puisse pas divulguer sa prise de prisonniers de guerre Français.

Selon le témoin, la France n’a pas planifié le génocide en connaissance de cause dès le début. Mais elle savait que des massacres à grande échelle se préparaient, et elle a encadré les génocidaires et leur a fourni les armes et d’autres soutiens. Plus tard, les Français ont décidé en toute hâte d’effacer les traces du génocide. Parce que si le FPR avait gagné et qu’il avait appréhendé les perpétrateurs du génocide, ces derniers auraient tout avoué, même le soutien de la France.

50.000 PIOLETS EMMENÉS DE FRANCE FURENT UTILISÉS DURANT LE GÉNOCIDE

Jacques Collet, un journaliste belge qui a couvert le génocide, a indiqué ce lundi à la Commission rwandaise sur l’implication de la France dans le génocide que des piolets furent importés de France pour fracasser les crânes des Tutsi durant le génocide.

Né au Rwanda en 1947 d’un père belge et d’une mère rwandaise, Jacques Collet a travaillé par le passé comme journaliste à Associated Press, Reuters et Belga. Jacques Collet travaille pour le moment pour l’Agence France Presse. Il a été entendu dans le cadre de l’audition des témoins étrangers par la Commission Mucyo qui doit rendre son rapport avant le 15 octobre de cette année.

« J’ai été surpris de voir des piolets au Rwanda en 1994. Les piolets sont faits pour un usage alpin. Il n’y a pas d’alpinistes au Rwanda. Ce sont des équipements emmenés de la France pour fendre les crânes des gens durant le génocide », a indiqué Jacques Collet à la Commission Mucyo qui instruit à charge sur le rôle de la France dans le génocide.

Les piolets sont des cannes d’alpinistes ferrées à un bout et munies d’un petit fer de pioche à l’autre. Ils ressemblent à un pic et permettent de fendre la neige. Jacques Collet affirme en avoir vu deux ou trois en décembre 1994. Mais d’autres témoignages qu’il a recueillis font état de 50.000 piolets emmenés de la France et utilisés durant le génocide anti-Tutsi de 1994.

« Que fait un piolet au Rwanda », s’est-il interrogé avant de déduire que c’est « des armes importées en grande quantité comme le furent les machettes pour fendre les crânes des gens durant le génocide ». C’est la première fois que l’on apprend que des piolets furent utilisés comme armes de génocide en 1994 au Rwanda où les sports de neige ne sont pas pratiqués.

LA FRANCE ÉTAIT OPPOSÉE À LA PRÉSENCE DES CASQUES BLEUS ET À L’ARRÊT DES MASSACRES

La France refusa de mettre ses soldats de l’opération Turquoise sous le drapeau de l’ONU parce qu’opposée à la présence des casques bleus au Rwanda et à l’arrêt des massacres, selon le témoignage du journaliste et romancier belge, Pierre Richard, entendu ce lundi par la Commission rwandaise sur l’implication de la France dans le génocide.

« La France aurait pu mettre ses soldats de l’opération Turquoise sous la bannière de l’ONU. Pourquoi la France n’a pas accepté la MINUAR [Mission de l’Onu au Rwanda, NDLR] ? Pourquoi a-t-elle décidé de jouer un mauvais rôle seule alors qu’il y a une force onusienne sur place ? », s’est-il interrogé.

Pour Pierre Richard, la réponse est simple : « La France n’acceptait pas la MINUAR. La France ne voulait pas que les massacres s’arrêtent. Si elle avait placé ses soldats sous la bannière de Dallaire, le génocide aurait été évité. »

En appui à son argumentaire, Pierre Richard a évoqué le témoignage de son confrère Jacques Collet selon lequel les milices génocidaires levaient les pouces en signe de victoire au passage des convois de l’armée française et criaient : « N’abacu, n’abacu », c’est-à-dire « Ce sont les nôtres, ce sont les nôtres. »

« Si la France avait mis ses soldats sous la bannière de Dallaire, la Minuar aurait eu plus de poids d’autant plus que les Forces Armées Rwandaises (FAR) et les Interahamwe respectaient beaucoup les Français », a déclaré le journaliste et romancier belge Pierre Richard.

Pire, les avions français venus évacuer les derniers ressortissants français et les Rwandais amis de la France ont continué à décharger des caisses de munitions. Dans une interview avec le colonel Luc Marchal, No 2 de la Minuar et responsable de la sécurité à Kigali, cet officier lui a affirmé que ces armes étaient destinées aux FAR et aux Interahamwe, bras armés du génocide.

Dans son témoignage, Pierre Richard a plus que la certitude que la France n’est pas impliquée dans la planification du génocide. « Que la France soit impliquée dans la planification du génocide, je ne le pense pas », dit-il.

« Les Français ont encadré les FAR, ils ont livré les armes aux tueurs, ils savaient que des massacres à grande échelle se préparaient, de ce côté-là il n’y a pas de doute. Mais ils n’ont jamais réfléchi à la dimension du génocide telle que planifiée par les proches d’Habyarimana », ajoute-il.

Pierre Richard qui compte deux publications sur le génocide de 1994 au Rwanda a été entendu dans le cadre de l’audition des témoins étrangers sur le rôle de la France dans le génocide.

AUDITION DES TÉMOINS NUMÉROS 8 ET 9 : LUC PILLIONEL ET COLETTE BRAECKMAN

La Commission Mucyo sur l’implication de la France dans le génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda a auditionné ce jeudi deux nouveaux témoins étrangers, le suisse Luc Pillionel et la journaliste belge Colette Braeckman.

TÉMOIN N° 8 : LUC PILLIONEL

Identification du témoin : juriste de formation, est arrivé au Rwanda et dans la région en juillet 1994 pour tenter d’évacuer des membres de sa belle famille qui se trouvaient au camp de Nyarushishi dans l’ancienne préfecture de Cyangugu. Dans ce cadre, il a pu cotoyer des soldats Français de l’opération Turquoise.

Éléments essentiels de son témoignage :

L’Opération Turquoise était une opération militaire ; elle n’avait rien d’humanitaire. Le témoin est passé dans les bases militaires de cette opération à Kavumu (en République Démocratique du Congo-RDC) et à Kamembe(Rwanda) lors de sa tentative de récupérer les membres de sa belle famille. À Kavumu, son principal interlocuteur était le colonel Hogard et à Kamembe, le capitaine Guillaume Anselle. Partout il a vu des militaires équipés d’armes sophistiquées que le témoin décrit avec précision ; des hélicoptères Puma et des Transal ( pour Kavumu). Nulle part des mouvements de camions pour apporter l’aide à des populations civiles en détresse, pas de vivres, pas d’ambulances, rien qui puisse faire penser à une opération humanitaire.

La situation des déplacés de Nyarushishi était désespérée. Leur situation était déjà terrible avant l’arrivée des Français, sous la gestion du CICR. Avec l’opération Turquoise, aucune amélioration de leur situation. Ils continuaient à mourir de faim, de soif, de maladies, et leur insécurité s’est accrue. Les hommes disparaissaient tous les jours, et les femmes se faisaient violer d’après les témoignages que le témoin a recueillis auprès de sa belle famille. Les soldats Français n’ont pas permis au témoin d’accéder au camp de Nyarushishi. C’était un témoin gênant tant pour leurs opérations militaires que pour administration chaotique et cynique du camp des déplacés Tutsi de Nyarushishi.

Au sein du camp où se trouvait le détachement de Turquoise à Kamembe, le témoin a vu mardi le 19 juillet une demi douzaine de corps frais gisant au sol dans des flaques de sang non encore séché. Les corps étaient amaigris, en habits sales, signe que les victimes étaient des personnes recherchées durant le génocide. Les soldats Français de l’opération Turquoise n’ont eu aucune réaction.

À l’évêché de Cyangugu où il avait logé cette nuit, le témoin a entendu le cri horrible d’une femme qu’on violait avant de la tuer. Les trois légionaires Français qui étaient de faction et leurs cinq à sept collègues venus en ren-fort pour la nuit n’ont pas eu la moindre réaction, alors que la scène se déroulait à moins de cent mètres.

Un légionaire français de l’opération turquoise , l’un de ceux qui étaient de faction à l’évêché de Cyangugu le 19 juillet 1994 a affirmé en présence du témoin que c’était des « Khmers noirs », donc soldats du FPR, qui commettaient le génocide, et que la France était là pour mettre un terme à cette situation.

TÉMOIN N° 9 : COLETTE BRAECKMAN

Identification du témoin : Journaliste au quotidien belge Le Soir. Elle couvre l’Afrique, spécialement la région des Grands Lacs. Elle a commencé à faire des reportages sur le Rwanda depuis les années 1980.

Éléments essentiels de son témoignage :

En 1992, le témoin a vu à Ruhengeri des soldats Français, visages peints en noir, effectuer des entraînements militaires avec les FAR.

Au cours de ses nombreux voyages au Rwanda, le témoin a reçu de nombreux témoignages sur des soldats Français qui contrôlaient les identités des Rwandais.

La France a créé le Hutu Power, soutenu la CDR et divisé les partis d’opposition. Les visites de Justin Mugenzi à l’ambassade de France à Kigali, et son accueil à Paris en juin 1992 ont été déterminants dans son retournement.

En 1993, dans un entretien avec le témoin, un attaché militaire à l’ambassade de France a déclaré au témoin que « les paras Belges de la MINUAR seraient placés entre deux forces belligérantes et que ça risquait d’être inconfortable pour eux ».

Beaucoup d’informations parvenues au témoin en mars 1994 au Rwanda faisaient état de militaires français restés ou revenus au pays après leur départ officiel du Rwanda en décembre 1993.

La haine contre les Belges et l’assassinat des paras belges ont été provoqués par les Français. Après la chute de l’avion de Habyarimana, des personnes ont appelé à l’ambassade de France à Kigali et se sont fait dire que « l’avion avait été abattu par les soldats Belges ». C’est cette rumeur partie de l’ambassade de France qui a été à la base de l’assassinat des 10 casques bleus belges.

Les militaires belges de l’opération Silver Back ont été interdits par les Français d’atterrir à Kanombe et sont restés deux jours à Naïrobi avant de poursuivre. Au cours de cette période, les Français ont déchargé des caisses de munitions à destination des ex-FAR.

Durant le génocide, les Français ont évacué des dignitaires du régime génocidaire. Ils n’ont pas évacué de Tutsi pourtant menacés. Au contraire, ils se permettaient même de séparer des couples mixtes, c’est à dire, évacuer un ressortissant français en laissant son conjoint Tutsi. Les soldats belges ont par contre évacué quelques Tutsi.

L’aéroport de Kanombe sous le contrôle des soldats français était dans un état crasseux. Les soldats français ont en outre cassé les vitres des magasins « duty free shop » de l’aéroport et pillé des liqueurs.

D’apès des informations recueillies par le témoin, c’est le colonel français de Saint-Quentin qui a récupéré des débris de l’épave de l’avion de Habyarimana abattu.

Les extrémistes Hutu se sont rassemblés à l’ambassade de France avant l’évacuation de Kigali.

Avant de partir, l’ambassadeur français a brûlé et détruit durant la nuit, tous les documents compromettants.

Selon le témoignage de journalistes d’autres nationalités qui se déplaçaient avec les soldats français dans Kigali durant le génocide, les militaires français étaient sans état d’âme. Pour franchir les barrières sur lesquelles on tuait des Tutsi, ils mettaient la musique très fort dans leurs écouteurs et ils continuaient leurs patrouilles sans intervenir.

Avant même que l’ONU ne donne le feu vert à l’opération Turquoise, les soldats Français étaient déjà à Goma et Bukavu.

L’avion de Habyarimana a été abattu par des soldats français du DAMI (Détachement d’Assistance Militaire) au service de la CDR. Un message signé Thaddée,chef de milice à Kigali, parvenu dans la boîte aux lettres du témoin a révélé cette information. Elle confirmait un faisceau de présomptions antérieures de la part du témoin et de beaucoup d’autres observateurs, surtout des militaires belges.

Des uniformes des paras belges ont été volés à l’hôtel Méridien pour être ensuite utilisés par ceux qui ont abattu l’avion du président Habyarimana.

Le témoin a vu à Cyangugu, à la fin de l’opération Turquoise, des gens détruire et piller des biens avant de traverser en RDC, devant le regard indifférent des soldats français.

Le témoin a vu, dans un hôpital à Cyangugu, un médecin français qui voulait continuer à soigner un blessé se faire violemment rappeler à l’ordre par son supérieur qui ordonnait de quitter les lieux, précisant qu’ils n’étaient pas venu pour des actions humanitaires.

Selon le témoin, l’opération Turquoise a servi à convoyer les génocidaires en RDC. Elle n’avait rien d’humanitaire : pas de matériel de génie, pas d’équipements humanitaires, pas d’équipes médicales, de génie, d’épidémiologistes, de psychologues, de psychothérapeutes, pas d’intervention pour sauver des Tutsi...

Le choléra qui a tué environ 40.000 personnes à Goma est, de l’avis des épidémiologistes interrogés par le témoin, une catastrophe programmée, au minimum par bêtise. L’état volcanique du sol où l’on ne pouvait pas creuser de latrines profondes interdisait d’installer des camps de réfugiés en masses agglutinées. Il y a donc eu un manque de précaution coupable.

Quand les réfugiés ont commencé à mourir de choléra, la France a exploité la catastrophe par les services d’information de son armée pour détourner l’attention des opinions publiques occidentales du génocide qui venait de durer trois mois, focalisant l’attention des médias sur les victimes du choléra.

D’après le rapport de mission du colonel Ephrem Rwabalinda auprès du général Huchon, document découvert par le témoin et authentifié depuis lors, il apparaît qu’au moment où se déroule le génocide, les militaires français sont simplement préoccupés par le contrôle de l’opinion publique.

Les Français ont continué de fournir des armes et d’encadrer les extrémistes génocidaires dans les camps au Congo.

La France est impliquée dans des activités de négation du génocide et dans l’exfiltration des opposants politiques et d’anciens militaires de l’APR en défection. En exemple, le témoin a évoqué les propos de François Mitterrand à Biarritz – « les génocides » –, et le rôle d’un officier Français de l’opération Artémis basé à Entebbe dans l’exfiltration d’Abdul Ruzibiza ; de même que celui de l’ambassade de France en Tanzanie dans l’acheminement d’Emmanuel Ruzigana en France où le juge Jean Louis Bruguière lui a immédiatement extorqué un témoignage dans des circonstances rocambolesques.

L’ATTENTAT CONTRE L’AVION DU PRÉSIDENT HABYARIMANA SERAIT L’ŒUVRE DE LA FRANCE

Dans sa déposition devant la Commission rwandaise sur le rôle de la France dans le génocide, la journaliste belge Colette Braeckman affirme avoir reçu un document attestant que l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana a été exécuté par des soldats français avec la complicité des milieux extrémistes hutu.

Colette Braeckman assure la couverture médiatique de la région des Grands Lacs au quotidien belge Le Soir. En date du 29 mai 1994, elle affirme avoir reçu dans sa boîte à lettre un document sur lequel il était écrit que l’avion qui transportait le Président Habyarimana a été abattu par deux militaires du DAMI (Détachement d’assistance militaire et d’instruction, de l’armée française) au service de la CDR (Coalition pour la défense de la République, parti extrémiste hutu).

Selon ce document signé par un certain Thaddée, chef d’une milice à Kigali, le commando qui a abattu l’avion était constitué de quatre personnes, deux soldats français du DAMI et deux rwandais de la CDR. L’un de ces deux soldats du DAMI porterait le pseudonyme d’Étienne. Colette Braeckman a transmis ce document aux gens qui travaillent pour les services de renseignement belges qui ont confirmé l’authenticité du document. Notamment, lefait qu’Étienne est un nom d’emprunt au sein du DAMI.

Le Soir a accepté de publier ce document qui a créé par la suite un tollé dans les milieux politiques français. La France a envoyé à la Belgique une note diplomatique pour exiger des excuses pour « cette fausse accusation ». Chose que le Premier Ministre belge n’a pas fait arguant que dans son pays la presse est libre. Si la France est outrée par les révélations du journal Le Soir, elle peut faire une protestation sous forme de droit de réponse.

Colette Braeckman a indiqué aux sept membres de la Commission que c’est l’Ambassade de France à Kigali qui a fait circuler la rumeur selon laquelle le Falcon présidentiel a été abattu par les Belges. Laquelle rumeur a été à la base de l’assassinat des dix casques bleus belges au début du génocide et à la décision du gouvernement belge de retirer son contingent de la Minuar (Mission des Nations Unies au Rwanda).

Dans sa déposition, Colette Braeckman est revenue sur l’affaire des uniformes volés. C’est surtout pour réagir aux affirmations selon lesquelles des militaires belges auraient été vus sur le lieu du crash. Les Hutu en exil affirment avoir identifié le nom du colonel belge Walter Ballis, chef des opérations adjoint à l’état major de la Minuar, sur l’uniforme porté par l’une des personnes qui ont abattu le Falcon présidentiel.

Colette Braeckman dit que le vol d’uniformes des casques bleus belges à l’hôtel Méridien est une réalité. Le Colonel Walter Ballis n’a jamais été au lieu du crash. Son uniforme avait été volé à l’Hôtel Méridien et utilisé par celui qui voulait s’en servir pour abattre le Falcon présidentiel.

LA FRANCE EMPÊCHA L’ONU DE RECONNAÎTRE LE GÉNOCIDE DES TUTSI DANS SA SESSION DU 29 AVRIL 1994

La journaliste et chercheur britannique, Linda Melvern, a indiqué ce lundi à Kigali que la France s’était opposée le 29 avril 1994 à l’utilisation du mot « génocide » au Conseil de sécurité des Nations unies pour qualifier les tueries d’avril à juillet 1994 au Rwanda.

Dans sa déposition devant les sept membres de la Commission Mucyo qui enquête à charge sur le rôle de la France dans le génocide, Linda Melvern est revenue sur les attitudes et manœuvres diplomatiques de l’Ambassadeur français aux Nations unies, Jean-Bernard Mérimée, durant le génocide anti-Tutsi de 1994.

Après trois semaines de tergiversations, le Conseil de sécurité des Nations unies s’était finalement réuni en date du 29 avril dans une session spéciale de huit heures pour savoir si le mot « génocide » pourrait être utilisé pour qualifier les tueries en cours au Rwanda depuis le 7 avril. C’était à la demande de son président, le néo-zélandais Colin Keating.

Au cours de cette session spéciale, l’Ambassadeur Jean-Bernard Mérimée s’est opposé à ce que le mot « génocide » apparaisse dans la déclaration du Conseil insistant qu’il s’agit d’une guerre civile. « Si vous appelez ça un génocide, vous allez vous ridiculiser », avait dit sèchement le diplomate français.

« Nous faisions confiance à ce que la France nous disait », a affirmé l’Ambassadeur de Grande Bretagne aux Nations unies en 1994, DavidHannay, interviewé par Linda Melvern au cours de ses recherches. À en croire Linda Melvern, les propos de l’Ambassadeur Jean-Bernard Mérimée qui a représenté la France à l’ONU entre 1991 et 1995 ont divisé les diplomates au Conseil de sécurité.

Pour l’Ambassadeur David Hannay de Grande Bretagne interrogé par Linda Melvern, l’Ambassadeur de France voulait dire que « si vous appelez ça un génocide et que vous ne faites rien, vous allez vous ridiculiser ». Dans son interprétation, le diplomate britannique qui avait approuvé la position de la France insinuait le fait qu’aucun pays n’était disposé à fournir des troupes.

« Le Rwanda ne représentait aucune importance. Tous les regards étaient tournés vers l’ex-Yougoslavie où l’ONU avait déployé une importante opération de maintien de la paix forte de 30.000 hommes », a fait savoir Linda Melvern dans sa déposition.

Linda Melvern a rappelé que la Minuar (Mission des Nations unies au Rwanda) disposait de 2.500 hommes, inexpérimentés pour la plupart, avant que la Belgique ne retire son contingent après l’assassinat de ses dix paras et que l’ONU ne décide de réduire sensiblement ses effectifs.

D’autres diplomates interviewés par Linda Melvern ont eu une interprétation différente. Pour eux, l’Ambassadeur français Jean-Bernard Mérimée voulait dire que « si vous appelez ça génocide alors que ce n’est pas un génocide, vous allez vous ridiculiser ». Quoi qu’apparemment ambigus, les propos du Représentant de la France ont empêché l’ONU de reconnaître dès le 29 avril que les Tutsi du Rwanda étaient en train de périr dans un génocide.

Une telle reconnaissance aurait exigé une intervention de ses États membres pour stopper le génocide en cours au regard de la Convention de 1948 sur la prévention et la répression du crime de génocide. Elle aurait également entraîné l’expulsion des diplomates rwandais de l’ONU et la non-reconnaissance du gouvernement intérimaire qui supervisait le génocide.

AUDITION DU TÉMOIN 10 : LINDA MELVERN

La Commission Mucyo sur l’implication de la France dans le génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda a auditionné ce lundi le dixième témoin de la troisième phase de ses auditions publiques, en la personne de Linda Melvern, journaliste et chercheuse britannique.

TÉMOIN N° 10 : LINDA MELVERN

Identification du témoin : Ancienne journaliste d’investigation au Sunday Times de Londres ; professeur honoraire au département de politique internationale de l’université de Galles ; auteur de deux ouvrages sur le génocide des Tutsi du Rwanda : A people Betrayed.The role of the West in the Rwanda’s Genocide, en 2000 ; et Conspiracy to murder. The Rwandan Genocide, en 2004.

Éléments essentiels de son témoignage :

La déposition de Linda Melvern devant la Commission Mucyo était centrée sur le rôle de la France et de l’ancien Secrétaire Général des Nations Unies, l’Egyptien Boutros Boutros Ghali, dans la paralysie du processus de prise de décision du Conseil de Sécurité des Nations Unies entre 1993 et 1994. Une paralysie qui a conduit à l’échec du Conseil quant à la mise en pratique de la Convention de 1948 sur la Prévention et la Répression du Crime de Génocide, laissant périr plus d’un million de Tutsi en trois mois en 1994 ; ce que Melvern considère comme « l’un des plus grands crimes du 20ème siècle ». Les principales sources du témoin sont : les archives des Nations Unies, les documents du Département des Opérations de Maintien de la Paix, notamment tous les messages de terrain envoyés par le commandant de la MINUAR à l’époque, Roméo Dallaire aux Nations Unies et les réponses à ces messages ; de même qu’un document obtenu d’une source anonyme contenant le détail de ce qui était dit au cours des réunions discrètes et informelles du Conseil de Sécurité sur le Rwanda avant et durant le génocide.

• La France s’est servi de Boutros Boutros Ghali comme Secrétaire Général des Nations Unies pour bâtir une « ligue francophone » au sein des Nations Unies et qui a servi efficacement la politique de la France au Rwanda avant et durant le génocide.

1. Boutros Ghali était un ami personnel du Président français François Mitterrand qui avait soutenu sa candidature au poste de Secrétaire Général des Nations Unies, initiative prise par la seule France parmi tous les membres du Conseil de Sécurité.

2. C’est Boutros Ghali qui avait négocié l’entrée de l’Egypte au sein de la Francophonie.

3. Dans ses mémoires, Boutros Ghali affirme qu’après sa désignation comme Secrétaire Général des Nations Unies, la deuxième personne qu’il a appelé était François Mitterand.

1. Boutros Ghali connaissait le Rwanda mieux que quiconque au sein des Nations Unies. Il avait visité pour la première fois le Rwanda en 1983 et toutes les relations diplomatiques entre l’Egypte et le Rwanda étaient construites autour de sa personne. C’est lui qui avait facilité la première vente secrète d’armes au Rwanda par l’Egypte en octobre 1990 pour 5,889 millions de dollars lorsqu’il était vice-ministre des affaires étrangères de son pays.

2. Jusqu’en 1993, l’Egypte avait vendu au Rwanda des armes pour un total de 23 millions de dollars.
4. Lorsqu’en décembre 1999 Linda Melvern interroge Boutros Ghali, alors Secrétaire Général de la Francophonie sur son rôle dans la vente d’armes au Rwanda, il lui répond : « je ne pense pas que quelques milliers de fusils auraient fait la différence ».

• Au cours des réunions discrètes et informelles du Conseil de Sécurité, la France est demeurée systématiquement silencieuse alors qu’en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité, elle en savait plus sur le Rwanda que quiconque des autres membres. Le lieutenant général Roméo Dallaire est convaincu, selon Linda Melvern, que le refus de la France de partager l’information de ses renseignements a coûté la vie à ses casques bleus, et qu’elle avait un effet déterminant sur le processus de prise de décision du Conseil de Sécurité.

1. Les rapports des renseignements belges au moment du génocide montrent que la France avait installé un système d’écoute sur le réseau téléphonique rwandais.

2. Des documents attestent de la présence militaire française au sein du bataillon para-commando de l’armée rwandaise à l’aéroport ainsi que dans des centres d’entraînement militaire.

• La première décision de Boutros Ghali en faveur de la politique française au Rwanda fut de nommer un ami personnel comme représentant spécial de l’ONU au Rwanda, en la personne de l’ancien ministre des affaires étrangères du Cameroun, Jacques Roger Booh Booh.

1. Booh Booh n’était pas impartial. Il était proche de certains ministres du régime Habyarimana et comme représentant spécial de l’ONU, il s’était entouré de conseillers en provenance de pays « franco-africains. »

2. Booh Booh soutenait l’entrée de la CDR, parti extrémiste Hutu, au sein des institutions de la transition.

3. En plein génocide, Booh Booh a envoyé à New York un câble indiquant que la violence relevait du « banditisme ordinaire ».

4. En février 1994, il avait fait un autre compte-rendu à New York prétendant qu’« il n’ y a pas de preuve que la violence croissante avait une motivation ethnique » alors qu’au même moment, l’ONU avait ouvert des centres où des Tutsi prenaient refuge la nuit.

5. Le commandant de la Minuar Roméo Dallaire envoyait à l’ONU des rapports fort détaillés sur la situation au Rwanda qui contredisaient souvent ceux de Booh Booh. Celui-ci s’est employé et a réussi à détruire la crédibilité de Dallaire au siège de L’ONU quelques semaines seulement après le lancement de la mission.

• Le gouvernement français a envisagé un moment le remplacement de Dallaire comme Commandant de la MINUAR.

• Boutros Ghali a insisté pour contrôler le flux d’information provenant des câbles de Dallaire entre les officiels du Secrétariat Général de l’ONU et les membres du Conseil de Sécurité.

1. Il décidait de ce que le Conseil de Sécurité devait savoir sur le Rwanda. Il communiquait au diplomate indien, l’ambassadeur Chinmay Gharekhan, ce qu’il devait à son tour déclarer aux membres du Conseil de Sécurité sur le Rwanda.

2. Le contenu des câbles détaillés de Dallaire sur les risques et les dangers de la situation au Rwanda n’a jamais été transmis aux membres du conseil de Sécurité.

3. Les préoccupations de Dallaire concernant le parti extrémiste Hutu CDR, comme sa longue liste des besoins pour renforcer la MINUAR n’ont jamais été transmis au Conseil de Sécurité.

4. Même les avertissements de Dallaire sur les préparatifs du génocide, notamment le câble du 11 janvier 1994 sur les listes des Tutsi à exterminer telles que révélées par un informateur Interahamwe n’ont jamais été donnés aux membres du Conseil de Sécurité.

5. Des officiels au sein du Secrétariat Général de l’ONU avaient même dit à Dallaire que « ce n’était pas son travail d’écrire des rapports détaillés » sur la situation au Rwanda.

6. Il y avait constamment une tension entre le Secrétariat Général de l’ONU et le Conseil de Sécurité à propos de l’information sur le Rwanda, les membres du Conseil demandant au porte-parole de Boutros Ghali plus d’informations sur la situation. Un membre du Conseil a dû faire appel à Human Rights Watch pour mieux comprendre la situation au Rwanda.

7. Boutros Ghali avait interdit à Kofi Anan, pourtant chef du Département des Opérations de Maintien de la Paix, de faire la moindre déclaration au Conseil de Sécurité. Un jour d’avril 1994, le président du Conseil de Sécurité, le néo-zélandais Colin Keating demande à Kofi Anan de leur donner un briefing sur la situation au Rwanda avant le début d’une réunion du Conseil. Anan répond : « Je n’ai pas l’autorisation du Secrétaire Général pour parler. » Le néo-zélandais devait déclarer plus tard au témoin : « we were kept in the dark. »

8. Le 5 avril 1994, Boutros Ghali a présenté au Conseil de Sécurité un rapport optimiste dans le ton, sur la MINUAR. Il retira de ce rapport 10 pages d’analyse préparées par Dallaire et relevant les déficiences de la Minuar.

• Une autre décision de Boutros Ghali qui a créé la consternation parmi ses proches au Secrétariat Général des Nations Unies, c’est le fait de ne pas annuler une tournée en Europe alors qu’il avait une crise majeure à gérer à propos du Rwanda où deux chefs d’Etat venaient de perdre la vie et où un massacre de masse venait d’être déclenché.

• La France s’est employée à saper la MINUAR.

1. Au cours des premiers jours du génocide, les diplomates français aux Nations Unies suggéraient le retrait total de la MINUAR.

2. Dans un entretien à Bonn le 12 avril 1994 entre le ministre belge des affaires étrangères Willy Claes et Boutros Ghali, ce dernier était d’accord que l’ensemble de la MINUAR soit retiré du Rwanda.

3. Dans un entretien en mars 1994 avec le ministre rwandais André Ntagerura à New York, Boutros Ghali annonçait déjà « le retrait de la MINUAR » à cause des « retards dans le processus de paix ».

4. Le 21 avril 1994, le Conseil de Sécurité réduisait à 240 le nombre des casques bleus de la Minuar. Interrogé par le témoin sur les raisons de son soutien à cette résolution, l’ambassadeur de la Grande Bretagne à l’ONU à l’époque, Lord David Hannay répondit : « We believed what the French were telling us. »

5. Dans un rapport au Conseil de Sécurité le 21 avril 1994, Boutros Ghali recommandait un renforcement massif de la Minuar pour contraindre « les factions » opposées sans proposer des options concrètes d’intervention alors que le département des opérations de maintien de la paix en disposait. Il attribuait les violences au Rwanda à « une garde présidentielle indisciplinée ». Dallaire n’avait pourtant pas demandé cela. Lui demandait 5500 casques bleus, non pas pour arrêter la « guerre civile », mais pour protéger la population civile.

6. En juin 1994, la France annonçait l’opération Turquoise qui fut saluée avec enthousiasme par Boutros Ghali. Dallaire considère que l’opération visait à diviser le Rwanda en deux.

• La France a continué d’appuyer et d’accorder légitimité à un gouvernement génocidaire.

1. Après la mise en place du « gouvernement intérimaire » le 8 avril 1994, l’ambassadeur de France au Rwanda Marlau a déclaré que « ce gouvernement avait épargné le pays d’un coup d’État ». Or l’ambassadeur belge Johan Swennen constatait que « tous les membres de ce gouvernement provenaient des factions Hutu power des partis politiques ».

2. Le lendemain 9 avril, un avion français C130 atterissait à Kigali et déchargeait des caisses de munitions immédiatement rechargées dans des camions de l’armée rwandaise en parfaite coordination, sous le regard étonné d’un casque bleu.

3. Or ce même jour, Philippe Gaillard du CICR déclarait au journaliste Jean Philippe Ceppi « qu’un génocide était en cours au Rwanda ».

Ce qui fit l’objet d’un article dans Libération du 11 avril 1994, encore que le mot « génocide » disparut des médias pour les trois semaines qui suivirent.

1. Durant les trois mois du génocide, le gouvernement français a constamment accordé légitimité au gouvernement génocidaire, jusqu’à accueillir à Paris le ministre des affaires étrangères de ce gouvernement Jérôme Bicamumpaka accompagné de Jean Bosco Barayagwiza de la CDR.

2. Le même Bicamumpaka a été autorisé à prendre la parole devant le Conseil de Sécurité à New York pour renforcer les thèses de la France selon lesquelles « un grand nombre de morts au Rwanda étaient dus à la guerre civile et aux actions du FPR ».

3. Le gouvernement génocidaire était même représenté comme membre non permanent au Conseil de Sécurité pour toute la durée du génocide.

Pour Linda Melvern, le génocide n’aurait pas eu lieu si le mécanisme de prise de décision à l’ONU avait été différent. Les principales puissances occidentales savaient pourtant qu’un génocide se préparait. En février 1994, des officiels américains, français et belges préparaient un plan d’évacuation en urgence de leurs ressortissants. Le soir du 6 avril 1994, un américain est arrivé à Kigali en provenance du Cameroun, avec un plan d’évacuation des ressortissants américains. Les Américains auraient intercepté les communications entre Théoneste Bagosora et Anatole Nsengiyumva entre le 6 et le 7 avril 1994. Ils disposeraient même des images satellitaires des premiers massacres du génocide. Toutes des informations cruciales qu’ils ne veulent pas livrer. C’est la Grande Bretagne qui a proposé la résolution qui a abouti à la réduction drastique des effectifs de la MINUAR. Même si les responsabilités de la France restent criantes et prépondérantes, la journaliste britannique avait raison de demander que les États-Unis et la Grande Bretagne fassent également leurs propres enquêtes sur le génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda, spécialement sur les décisions prises entre octobre 1993 et juillet 1994.

FRANCE-RWANDA / GÉNOCIDE : TÉMOIGNAGE ACCABLANT D’UN FRANÇAIS

Le jeudi 12 juillet 2007, la Commission Mucyo sur l’implication de la France dans le génocide des Tutsis en 1994 au Rwanda a procédé à l’audition publique de son dernier témoin, le onzième de la troisième et dernière phase d’investigation, le Français Jacques Morel.

Identification du témoin : Né en Lorraine en 1942, diplômé des sciences, ayant effectué des études de mathématiques appliquées, ingénieur en informatique, Jacques Morel fut coopérant en Algérie de 1967 à 1969, en qualité d’enseignant à l’Université d’Alger. Il commença à rassembler des documents et à travailler systématiquement sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsis de 1994 au Rwanda à partir de 2001.

Éléments essentiels de son témoignage :

La déposition de Jacques Morel devant la Commission Mucyo fut basée sur de nombreux documents et témoignages, minutieusement recoupés, dont les « archives de l’Élysée sur le Rwanda », récemment déclassifiées, auxquelles le témoin a eu accès, et dont des extraits ont été publiés par le quotidien Le Monde. Le témoin fit cependant remarquer que ces archives déclassifiées ont été filtrées. « On n’y retrouve pas, par exemple, des télégrammes, envoyés deKigali à l’Élysée entre les 7 et 15 avril 1994, période pourtant cruciale, correspondant à la première semaine du génocide ».

M. Morel a d’abord décrit ce qu’il a appelé « l’anatomie » des instances de prise de décisions pertinentes à la politique de la France au Rwanda ; un processus dans lequel le témoin qualifie le rôle du président de l’époque, François Mitterrand, de central. Morel a également cité les officiers de l’étatmajor particulier de M. Mitterrand : l’amiral Jacques Lanxade, le général Christian Quesnot et le général Huchon (adjoint de Quesnot).

Le témoin a encore énuméré une longue série de postes et de fonctionnaires, dont les plus impliqués dans le dossier rwandais furent : Hubert Védrine, Secrétaire Général de la Présidence de la République de 1991 à 1995 ; Jean Christophe Mitterrand et Bruno Delaye, qui se sont succédés au poste de Conseiller à la Présidence de la République chargé des Affaires Africaines, le ministre de la Coopération, Marcel Debarge, le directeur de cabinet au ministère des Affaires Etrangères, Dominique de Villepin, les ambassadeurs au Rwanda, Georges Martres et Jean Michel Marlaud, etc.

Le processus de prise de décisions relatif au Rwanda mobilisait, outre le président de la République et son état-major particulier : a. Un conseil restreint qui se tenait à la présidence, chaque mercredi matin, après le conseil des ministres ; b. Un comité restreint, qui se réunissait à Matignon chaque mardi après-midi ; c. Une cellule de crise, qui se rencontrait au Quai d’Orsay,chaque lundi après-midi, ainsi que d’une réunion hebdomadaire à l’Élysée sur les questions africaines.

Monsieur Morel a souligné que sous la cohabitation, comme sous le gouvernement socialiste, il n’y a jamais eu de conflit majeur sur le dossier rwandais entre les différents décideurs. Aussi, il en conclut que « la politique de la France au Rwanda n’a pas été décidée par des réseaux non contrôlés ou par des militaires français agissant de leur propre chef, mais par l’exécutif, le Président de la République et le gouvernement ».

Le témoin s’est ensuite étendu sur « la physiologie », c’est à dire le fonctionnement de ce système de prise de décisions pour y relever les éléments suivants :

1. Dès 1990, la France fait la guerre non pas contre le FPR, mais contre les Tutsi en tant que peuple. Citant des extraits des archives susmentionnées, le témoin constate qu’« à l’Élysée, on tient le même langage que les extrémistes à Kigali ». Pour Mitterrand et ses proches collaborateurs, « l’ennemi de la France c’est le Tutsi ». Une perception exprimée par le chroniqueur militaire du journal Le Monde, Jacques Isnard, selon lequel « Tout Tutsi est un rebelle en puissance ».

Dans un article du 29 juin 1994, cité par Morel, Jacques Isnard écrivait à propos de la zone Turquoise : « Pour l’instant, les Français interviennent dans une zone où il demeure un semblant d’État ou des autorités hutues, mais où des risques, encore indécelables, pourraient survenir à terme. Ainsi, qui peut leur garantir d’être à l’abri d’“infiltrations” du FPR ? Dans ces actions à but humanitaire, destinées à rassurer et à secourir la population en l’approchant au plus près, un Tutsi peut s’avérer un combattant du FPR en puissance ».

2. La France est avertie du projet de génocide des Tutsis, mais continue cependant de soutenir le régime qui le prépare, sans chercher à l’en dissuader. Dans une note du 11 octobre 1990 à Mitterrand, l’amiral Lanxade préconise le retrait d’une des deux compagnies envoyées début octobre 1990, pour que « nous ne paraissions pas trop impliqués » si « des exactions graves envers la population étaient mises en évidence dans les opérations en cours ».

Le chef d’état-major particulier de Mitterrand venait d’être informé par l’attaché à la Défense français à Kigali, que « les paysans hutus, organisés par le MRND [le Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement, au pouvoir, NDLR], ont intensifié la recherche des Tutsis suspects dans les collines, et que des massacres sont signalés dans la région de Kibilira, à 20 kilomètres au nord-ouest de Gitarama. Le risque de généralisation, déjà signalé, de cette confrontation, paraît ainsi se concrétiser ».

Autre fait relevé par le témoin, qui confirme la connaissance détaillée du projet du génocide par les autorités françaises, l’envoi, par l’ambassadeur Georges Martres, le 15 octobre 1990, au Quai d’Orsay et au chef d’état-major particulier de Mitterrand, d’un télégramme dans lequel il utilise les termes de « génocide » et d’« élimination totale des Tutsi ». L’ambassadeur prévient, trois ans et demi avant qu’elle n’ait lieu : « selon toute vraisemblance, l’élimination physique à l’intérieur du pays des Tutsi, 500.000 à 700.000 personnes, par les Hutus (...) ».

3. La France contribue à la mise en place des réseaux dits d’autodéfense, en fait, l’appareil d’exécution du génocide. Selon Jacques Morel, « les militaires français encouragent la formation de ces groupes d’autodéfense dès octobre 1990. Le colonel Galinié, attaché aux questions relatives à la défense, loin de déplorer les massacres perpétrés par des paysans hutus, organisés par le MRND en groupes d’autodéfense, suggère de... les aider ! ».

« Les Colonels Gilbert Canovas, Bernard Cussac et le Général Jean-Claude Thomann ont recommandé l’organisation de l’autodéfense. D’autres témoignages prouvent que les militaires français y ont participé », affirme le témoin, pièces en main.

« Le plan d’un réseau de défense civile fut établi par le général rwandais Augustin Ndindiliyimana en 1990. Il comprend la formation d’une milice dans chaque commune, la distribution d’armes aux civils, l’affectation de ces miliciens aux barrières sur les routes, et la création d’un Conseil de sécurité dans chaque préfecture. C’est l’appareil d’exécution du génocide qui se met en place. »

Citant, une fois de plus, les archives de l’Élysée, le témoin a démontré que, dès le 7 avril 1994 au matin, les dirigeants français savent que les massacres vont éclater. Le matin du 7 avril, les participants à la réunion interministérielle à Paris semblent, selon Bruno Delaye, bien conscients de ce qui va se passer au Rwanda : « Matignon et le Quai d’Orsay souhaitent, dans cette nouvelle crise rwandaise qui risque d’être très meurtrière, que la France ne soit pas en première ligne et limiter notre action à des interventions à l’ONU. »

4. Mais c’est la France qui a créé « le Front commun des Hutus contre le FPR », le « Hutu power ». Citant une note du 2 mars 1993, le témoin montre que c’est le ministre de la Coopération, Marcel Debarge, qui, en visite à Kigali le 28 février 1993, appelle le président Habyarimana, son premier ministre et les « Hutu du Sud » à établir un front commun contre le FPR.

Dans une note du 2 mars 1993, Dominique Pin , un fonctionnaire del’Élysée, relate en ces termes le voyage à Kigali du ministre de la Coopération : « Après les nettes et sévères mises en garde de M. Debarge (urgence d’arriver à un compromis politique et de présenter un front uni face au FPR dans les prochains jours, illusion sur le succès possible d’une 3ème force, car le FPR, minoritaire, imposera, s’il l’emporte, une politique totalitaire, rappel des objectifs limités de l’intervention militaire française), le Président et l’opposition ont cependant accepté de collaborer et de définir ensemble la position que défendra le Premier ministre (rwandais, hutu) lors de sa rencontre avec le chef du FPR à Dar es Salam le 3 mars. »

5. La France a soutenu la CDR (Coalition pour la Défense de la République), un parti ultra extrémiste et ultra raciste hutu, et lâché Habyarimana. Le témoin cite à l’appui le télégramme du 11 mars 1993, dans lequel l’ambassadeur de France, Georges Martres, soutient le parti CDR, représentant du « nationalisme hutu », qui est « exclu, de façon tout à fait arbitraire, du pouvoir politique de transition ».

« La CDR, poursuit l’ambassadeur, condamne Habyarimana pour avoir signé un cessez-le-feu qui prévoit le départ des troupes françaises. L’ambassadeur estime que Habyarimana “a finalement tout raté” ». « Il restera, conclut-il, à la CDR à se trouver un autre chef qu’un président usé par vingt années de pouvoir. »

La France a donc lâché Habyarimana et envisage son renversement, une année avant son assassinat, comme le fait remarquer Jacques Morel. Elle continuera de soutenir le gouvernement intérimaire en plein génocide et longtemps plus tard. Pour le témoin, il ne fait aucun doute que « la France est, dès octobre 1990, partie prenante dans le processus génocidaire ».

LE JOURNALISTE BELGE JEAN-PIERRE MARTIN ENTENDU PAR LA COMMISSION MUCYO

Kigali, le 17 avril. Jean-Pierre Martin de RTL-TV, la plus grande chaîne de la communauté française de Belgique, vient de livrer des témoignages accablants contre la France à la Commission Mucyo qui enquête à charge sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda. Jean-Pierre Martin est arrivé au Rwanda pour la première fois comme journaliste en 1985, et s’y rendit entre cinq à six fois par an depuis 1994.

Jean-Pierre Martin a été au Rwanda après l’offensive du FPR (Front Patriotique Rwandais) d’octobre 1990. Il était alors responsable de l’Afrique centrale et du Moyen-Orient à RTL-TV. Il affirme avoir été témoin de la brutalité répressive du régime Habyarimana sur la minorité tutsi. Il a parlé notamment des civils Tutsi arrêtés, parqués comme du bétail dans les jeeps de la gendarmerie et amassés au Stade, au motif qu’ils étaient des complices du FPR sous l’attitude complaisante et participative de l’armée française.

« En 1990, la Belgique a arrêté son intervention militaire au Rwanda contrairement à la France qui a envoyé ses soldats et continué à soutenir le régime Habyarimana dont la brutalité contre la minorité tutsi était connue de tous », ditil. « Je pense que ça a été la décision la plus importante prise par les autorités de mon pays. C’est ce qui explique, à mon avis, le ressentiment anti-belge grandissant depuis 1990 à l’intérieur du Rwanda, prélude à l’assassinat des dix casques bleus et civils belges en 1994. »

Ce journaliste belge dit avoir été témoin à trois reprises des rafles et des coups portés contre des civils Tutsi à Kigali sous la barbe des soldats français : àcôté de l’État-major, Chez Lando et au Grand Rond Point du Centre-ville. « Les soldats français étaient présents mais ils ne sont pas intervenus », constate-t-il.

En 1990, Jean-Pierre Martin s’est rendu sur la ligne de front à la frontière rwando-ougandaise, mais il a dû rebrousser chemin au niveau de Gabiro parce que pris sous le feu des soldats zaïrois qui combattaient aux côtés des ex-FAR. « Je n’ai pas vu des soldats français sur la ligne de front parce que je n’y suis pas arrivé. J’ai surtout travaillé à Kigali. Mais certains de mes collègues qui sont allés jusqu’à la ligne de front m’ont parlé de la participation directe des soldats français au combat. »

Jean-Pierre Martin a été à Kigali au début de l’installation de la MINUAR (Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda) fin 1993. « J’étais avec mon collègue Jacques Collet. Entre février et mars 1994, toutes les preuves sur la préparation du génocide étaient là. Il fallait être un mauvais ambassadeur ou un attaché militaire médiocre pour ne pas le savoir. Durant cette période, je n’ai pas vu des soldats français. D’autres font état de la présence des soldats français notamment des instructeurs français en février 1994, certains soldats belges avouent en avoir la conviction » , dit-il.

Pour ce journaliste belge, les massacres d’une centaine de personnes à Kigali après l’assassinat de Félicien Gatabazi (à l’époque président du PSD, Parti Social Démocrate) en février 1994 montraient que des tueries de grande ampleur étaient imminentes. « Le premier bataillon belge qui a été à Kigali jusqu’au mois d’avril 1994 n’était pas dupe. Dans les entretiens que j’ai eus avec eux, ils me parlaient de la propagande anti-belge, de l’impossibilité de désarmer les Interahamwe et de la présence des soldats français à Kigali », précise-t-il. Jean-Pierre Martin a dû alerter les autorités belges (Premier Ministre,Ministre des Affaires étrangères, Secrétaire d’État à la Coopération) sur ce qui se tramait.

Jean-Pierre Martin savait que quelque chose de flagrant, de terrible allait se produire mais pas un génocide. L’une des autorités belges rencontrées lui avait dit qu’elle prenait bonne note, que ça recoupait ce qu’il avait glané comme information. Jean-Pierre Martin est revenu au Rwanda le 9 avril 1994 après la déflagration de l’avion qui transportait le Président Habyarimana et le début du génocide d’avril à juillet 1994 au cours duquel plus d’un million des Tutsi ont péri.

Jean-Pierre Martin affirme que les journalistes belges ont travaillé dans des conditions on ne peut plus difficiles. Lui, son collègue Jacques Collet et Marie-France Cros de la Libre Belgique étaient indésirables au Rwanda. « Les journalistes français étaient accueillis en héros, ils venaient et allaient où ils voulaient, alors que pour nous comme pour les journalistes de la BBC c’était une question de vie et de mort. »

Pour la petite histoire, au mois de mars l’Ambassadeur de Belgique à Kigali a demandé au Président Habyarimana de fermer l’émetteur de la RTLM (Radio Télévision Libre des Mille Collines) qui incitait à la haine et aux tueries génocidaires contre les Tutsi. En réaction, le Président Habyarimana avait demandé au diplomate belge d’ordonner d’abord la fermeture de RTL-TV qui employait Jean-Pierre Martin.

Dans sa déposition, Jean-Pierre Martin a également parlé des relations tendues entre l’Ambassade de Belgique et celle de France à Kigali, plus d’échange d’informations, même avant le génocide. Un détail. Les Belges avaient programmé un vol pour aller récupérer les corps des coopérants belges tués près du Camp de Bigogwe au nord du Rwanda et mener une enquête sur les conditions de leur assassinat. Les Français les en avaient dissuadé.

Jean-Pierre Martin a affirmé devant les sept membres de la Commission Mucyo avoir vu entre le 10 et 11 avril une ou deux batteries anti-aériennes à l’aéroport qui tiraient sur la ville alors qu’une batterie anti-aérienne est faite pour un autre usage. « Ce sont les Français qui nous disent où nous devons tirer », lui avait alors dit sèchement un ex-FAR qu’il avait interviewé.

De l’avis de Jean-Pierre Martin, « au début du génocide, l’on avait l’impression que ce sont les Français qui faisaient tout, qui organisaient toutes les opérations. Ils avaient quadrillé toute la ville, il y avait un soldat français à chaque 100 mètres. L’objectif était de créer la panique, de faire peur à la population. Grâce à ce climat, les services spéciaux rwandais ont pu rafler des personnes, les enfermer dans les cachots de la gendarmerie. »

Un autre fait. Jean-Pierre Martin qui est resté au Rwanda les neuf premiers jours du génocide accompagnait les soldats belges qui allaient chercher des expatriés à évacuer. Il affirme avoir vu une femme enceinte éventrée. « Deux soldats français étaient à 50 mètres de là, ils n’ont rien fait, sauf rigoler comme s’ils étaient au cinéma. »

À propos du comportement des militaires français à l’aéroport, Jean-Pierre Martin dit qu’ils contrôlaient totalement l’aéroport. Il a parlé d’une forte connivence entre militaires et journalistes français. « Les journalistes français se prenaient pour des militaires ; et des militaires français se prenaient pour des journalistes. Il y avait même des officiers spécialement chargés des médias. » Ceci, alors que les journalistes belges étaient tout simplement marginalisés ; ils ne pouvaient même pas manger ; ils avaient de la peine à trouver un endroit où poser leurs sacs de couchage.

« L’on se méfiait des journalistes belges qui ne faisaient pas allégeance à la France, ils étaient écartés de toutes les missions. Les missions les plus éclairantes étaient faites uniquement par des journalistes français. A titre d’exemple, nous ne pouvions pas filmer qui montaient dans les avions français. Et ça se faisait généralement la nuit. Alors qu’il n’y avait pas ce genre de problème avec les avions belges. Tout se faisait dans la transparence. »

Dans sa déposition, Jean-Pierre Martin a parlé également des scènes de beuveries. Déjà surpris de constater qu’il y avait une bouteille de vin dans la ration de combat de chaque soldat français alors qu’un militaire au combat doit rester tout le temps en état d’éveil. Pire, officiers et journalistes français ont forcé la porte du magasin « duty free shop » situé au premier étage de l’aérogare pour se servir des boissons alcoolisées.

Jean-Pierre Martin n’a pas été dans la Zone Humanitaire Sûre mise en place par l’opération Turquoise dans les préfectures de Gisenyi, Kibuye et Gikongoro. Donc, il n’a pas de témoignages sur les agissements de militaires français de l’opération Turquoise. Cependant, il dit avoir été choqué par « la récupération de cette option pseudo humanitaire ».

Retrouvez l’intégralité du Rapport Mucyo sur ce site :

Le Rapport Mucyo

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(*) « La Commission est composée de sept (7) personnes, comprenant le Président, le vice-président et le Secrétaire, tous nommés sur base de leur compétence et de leur discernement, sans tenir compte de leur nationalité. La Commission est dotée des experts et d’autres personnels qui appuient ses membres dans l’exécution de leurs tâches. » (art. 4 de la loi organique n° 05/2005 du 14/04/2005). Les sept membres de la Commission sont :

1. Jean De Dieu Mucyo : Président, ancien Ministre de la Justice et ancien Procureur Général de la République ;

2. Jérome Ngendahimana : vice-Président, ancien officier des ex-FAR, ancien membre de la direction des FDLR et actuellement Général de brigade dans l’armée rwandaise ;

3. Géraldine Bakashyaka : Secrétaire, juriste de formation et ancienne de la Cour Suprême ;

4. José Kagabo : Historien, Professeur à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) / Paris ;

5. Jean Paul Kimonyo : Docteur en sciences politiques de l’université de Montréal/Canada, ancien attaché de presse à la vice-Présidence de la République, ancien directeur du Centre de gestion des conflits / UNR, coordinateur et rédacteur principal du rapport 2005 du PNUD sur le développement humain/BurundI ;

6. Jean Damascène Bizimana : Docteur en droit de l’Université de Toulouse / France ;

7. Alice Rugira : juriste, précédemment haut cadre dans une grande compagnie d’assurance, la Sonarwa.

Mis en ligne par LNR
 23/10/2008

N°2 • 2008

La Nuit rwandaise n° 2 • 7 avril 2008 10 euros • 416 pages ISBN : 2-84405-230-4
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Pour le quatorzième anniversaire du génocide des Tutsi du Rwanda, la revue Médias, dans sa livraison du Printemps 2008, consacre trois pages à la défense de Pierre Péan, journaliste réputé, auteur de Noires fureurs, blancs menteurs, paru en 2005 aux Mille-et-une-nuits (...)

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